Serge Aurier
Le défenseur parisien, même pas impressionné de croiser la route de Cristiano Ronaldo. | Miguel Medina - AFP

Le défenseur de la Côte-d'Ivoire Serge Aurier trouve enfin la bonne carburation au PSG

Publié le , modifié le

En ouverture de la 12e journée de Ligue 1, le Paris SG, leader du championnat, se rend ce vendredi soir (20h30) au Roazhon Park, pour y défier le Stade Rennais, avec la ferme intention de rester invaincu cette saison. A son poste de latéral droit, Serge Aurier a pris une nouvelle dimension cette saison dans l'effectif des champions de France. Au point de détrôner, à ce poste, le Néerlandais Gregory van der Wiel. A quelques jours aussi du match retour contre le Real Madrid en Champions League, le défenseur ivoirien revient sur ses nouvelles ambitions, tout en concédant qu'il a longtemps joué "avec le frein à main", la saison passée, du côté du Parc des Princes.

Que ressentez-vous lorsque vous êtes acclamé par le public parisien aujourd’hui ?

Serge Aurier : Cela fait plaisir… C’est clair que ce n’est pas arrivé souvent depuis que je suis arrivé au PSG. Aujourd’hui, les supporters sont contents de mes performances et de ce que je peux apporter à l’équipe. C’est une satisfaction personnelle d’être applaudi, au même titre que les autres joueurs. Quand c’est comme ça, forcément, tu prends confiance. Tu joues, tu te lâches plus… Je sens que les gens aiment mon style et m’encouragent pour que je puisse réaliser une grande saison.

Entendez-vous les « Wooouuuh » d’admiration du public lorsque vous faites parler votre puissance ?

S.A. : Oui, j'entends tout… Le public vient certes pour voir du beau jeu, mais les fans sont aussi derrière des types qui mouillent le maillot sur le terrain. Et c’est mon cas : j’aime bien tout donner quand je suis dans un club et, surtout, ne pas avoir de regrets.

Avez-vous la sensation de plus vous lâcher cette saison, après une première année de découverte à Paris ?

S.A. : C’est vrai que la saison dernière n’était pas la même. Peut-être que j’avais un blocage ou je me mettais trop de pression. J’avais parfois la peur de mal faire. En fait, je me prenais trop la tête ! Cette année, j’essaie de profiter au maximum de mon temps de jeu et de montrer que je peux me fondre dans une équipe bourrée de talent.

Peut-on parler de déclic ?

S.A.: Pas un déclic, je ne dirais pas ça. Simplement, la saison dernière, je n’ai pas pu réaliser des performances comme je l’avais imaginé au départ. Certains choix, certaines performances sur le terrain ne correspondaient pas à ce que le staff attendait de moi. J’ai quand même très bien fini la saison. Pour le peu de matches que j’ai disputés, j’ai été efficace notamment sur mes passes décisives. J’ai joué 12 matches à l’époque, pour 5 passes « déc’ ». Pour une première saison, c’est positif. Après, j’avais comme un goût d’inachevé. Je n’aime pas revenir sur ce que je fais. Je préfère me donner des objectifs, donc je n’ai pas gambergé et me suis vite projeté sur la suite.

"Je n'ai pas besoin qu'on me prenne par la main"

Le défenseur du PSG, Serge Aurier
Le défenseur du PSG, Serge Aurier

Dans quel domaine deviez-vous progresser ?

S.A. : La régularité ! Etre performant à tous les matches te permet de mieux gérer l’essentiel et de ne pas t’éparpiller. D’autant que la saison est longue. Je me dois d’être le moins en difficulté possible dans mon rôle de défenseur. Je travaille, je travaille, comme je l’ai toujours fait. Pour l’instant, ça paie.

Le message du staff, Laurent Blanc et Jean-Louis Gasset, a-t-il compté dans votre retour au premier plan ?

S.A. : En fait, je suis revenu à l’entraînement avec d’autres ambitions. Je suis véritablement reparti de zéro. A partir de là, c’est plus facile de me juger sur ce que je fais depuis le début de saison. La saison dernière, j’ai débarqué dans un groupe déjà en place. C’était difficile de bousculer la hiérarchie. J’ai essayé, mais ça demande du temps et de la patience. Malgré tout, j’ai gardé mon calme. De temps en temps, avoir des encouragements venant du staff, c’est important. Mais je n’ai pas besoin qu’on me prenne par la main pour m’indiquer ce qui va ou ce qui ne va pas. Je fais ma propre autocritique sans concession. Je sais me remettre en question. Pour avoir plus d’importance dans ce groupe-là, mais remercier aussi le club qui m’a fait confiance en levant notamment mon option d’achat, je me devais de revenir plus fort et montrer autre chose.

Dans quels domaines avez-vous le plus progressé depuis votre arrivée à Paris ?

S.A. : Dans beaucoup de domaines… J’ai gardé mes qualités naturelles, celles pour lesquelles le PSG m’a recruté. Ma puissance, mon agressivité sur l’homme et surtout l’envie de tout donner à chaque match. Je n’ai rien changé de ce point de vue-là. J’ai progressé dans les données tactiques de l’effectif. Je me suis bien fondu dans la masse. Je n’avais jamais évolué avec de tels joueurs, dans un schéma que je découvrais. A Toulouse, c’était un système en 3-5-2 où j’avais tous mes repères. On me voyait plus offensivement qu’en défense. Il fallait trouver un juste équilibre. En plus, j’ai un vestiaire qui m’apprécie. Forcément, ça change beaucoup de choses.

La découverte d’une compétition comme la Champions League, était-ce un plus pour grandir encore plus vite ?

S.A. : Oui, bien sûr ! Lors de ma première saison, je n’ai pas eu le plaisir d’y goûter. C’est une compétition pour laquelle j’étais attendu aussi. Je sais que certaines personnes doutaient de mes capacités à relever le défi à ce niveau. Cette C1, c’est un rêve de gosse. On a tous envie d’entendre, avant chaque coup d’envoi, cette musique-là qui chante dans les têtes. C’est un plus indéniable, d’autant que c’est un objectif du club de la remporter un jour. J’y prends un plaisir fou…

Pensez-vous vraiment que certains observateurs doutaient de vos capacités à aller très haut ?

S.A. : Je le sais pertinemment… Je ne suis pas quelqu’un qui m’exprime beaucoup et ne fais pas de bruit dans les médias. Certains journalistes, malgré mon début de saison positif, continuent de me critiquer. Je ne cherche pas à lire ce qu’ils pensent de moi, mais ça te revient toujours en écho. Aujourd’hui, à travers mes performances régulières, j’ai fait taire beaucoup de personnes. Mais je ne suis pas dans le délire de savoir qui parle mal de moi, ce qui m’importe, c’est d’être bon en match. Je n’aime pas faire le « kéké ». Mon truc, moi, c’est le terrain. Point barre.

" "Ibra", c'est un faux débat..."

Zlatan Ibrahimovic
Zlatan Ibrahimovic

Que répondez-vous à ceux qui affirment que le Real vous a récemment donné une leçon tactique ?

S.A. : Franchement, en France, je ne comprends pas. Dans d’autres pays, ils sont derrière à fond leurs équipes et encensent leurs clubs, même si la prestation est moyenne. Nous, on en a pris plein la gueule dans la plupart des articles. C’est la mentalité dans ce pays… On n’a quand même pas affronté une équipe du dimanche matin. C’était le Real Madrid ! Ce sont les meilleurs au monde, avec le Bayern et le Barça. Faire 0-0 contre cette équipe-là, ce n’est pas une honte. Les gens s’attendaient peut-être à ce que l’on gagne 2 ou 3 à 0. Arrêtons le délire ! Alors, d’accord, on a manqué de réussite, peut-être de folie aussi. Mais l’opposition était magnifique. Le match était fermé, car les deux équipes n’ont pas pris beaucoup de risques. Il faudra nous juger plus tard, lors des matches à élimination directe au printemps. Le plus important pour nous, ce n’est pas de flamber contre le Real, sans qualification au bout. Le PSG vise le dernier carré de cette Champions League, pas autre chose.

Zlatan Ibrahimovic est-il, selon vous, sur le déclin ?

S.A. : Quand on regarde ses  « stats » sur les derniers matches, rien ne l’indique. En football, la réalité, ce sont les chiffres. Et Zlatan est toujours au top, en terme de buts. Beaucoup attendent à ce qu’il nous fasse gagner la Ligue des champions. Mais ça ne repose pas que sur un seul attaquant, plutôt sur un collectif. « Ibra », c’est un faux débat. Je le trouve bien. Ses performances en Ligue 1 sont toujours égales. On ne peut pas critiquer un jouer comme lui qui a fait…

(On le coupe) Oui, mais logiquement, ses performances déçoivent en Champions League, vous ne trouvez pas ?

S.A. : Mais il n’y a pas que lui. On nous attend tous au tournant ! Comme je l’ai dit, on mise sur un collectif, sans trop nous attarder sur les exploits individuels. On essaie de rester solidaires. De toute façon, mardi, si on gagne à Madrid, dans l’euphorie, tout le monde dira que l’on va gagner cette Champions League. Et tout ça, grâce à Zlatan ! Tout ce que je sais, c’est que c’est un compétiteur qui ne lâchera rien. Lui veut nous emmener très haut, je vous l’assure.

Justement, comment imaginez-vous ce match retour à Madrid ?

S.A.: La tâche s’annonce compliquée. Le Real va évoluer à domicile, dans son stade fétiche. Les Madrilènes vont récupérer deux armes essentielles devant, avec Karim Benzema et Gareth Bale. Ce sera un autre match que celui disputé au Parc. Je pense qu’il y aura des buts cette fois. Mais nous avons les atouts pour éviter la défaite.

Quelle sensation avez-vous ressentie en croisant Cristiano Ronaldo ?

S.A.: C’est un joueur que j’admirais quand j’étais jeune. Je l’apprécie toujours. C’est la classe mondiale C’est impossible de se comparer à lui. Je n’ai pas été impressionné, parce que je n’étais pas là pour ça. Mais, par son courage, par son travail et son talent, on ne peut être qu’admiratif. Mais ça ne m’a pas fait une sensation énorme, comme si je découvrais un nouveau monde. Cela fait plaisir de jouer contre lui, mais ce n’est pas une fin en soi. Si tu rêves en entrant sur le terrain, tu passes à côté de ton match.

Est-ce un futur partenaire ?

S.A.: (Il se marre)… Je n’en sais rien. Demandez-le à mes dirigeants !

Nicolas Gettliffe