Une photo d'Emiliano Sala à la Jonelière
Une photo d'Emiliano Sala à la Jonelière | AFP

La tragique destinée d'Emiliano Sala, le "guerrier" argentin

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Redoutée, l'annonce dans la nuit de la confirmation officielle de la mort d'Emiliano Sala suscite la douleur dans le monde du football. La peine est d'autant plus grande que la personnalité du footballeur argentin et son parcours n'inspiraient que le respect.

Un accent rappelant plus le Superclasico que le derby de l'Atlantique, un visage fin, des yeux gris-vert rieurs, une barbe naissante et des cheveux toujours soignés. Emiliano Sala a commencé ses gammes de footballeur alors qu'il n'avait que 5 ans, dans son village argentin de Progreso. Et dès ses premières touches de balle, ce fan de Gabriel Batistuta n'avait qu'une obsession : marquer des buts. A 15 ans, ses talents d'attaquant lui permettent d'intégrer une école partenaire des Girondins de Bordeaux, puis de tenter sa chance sur le Vieux continent.

Il a tout juste 20 ans lorsqu'il pose ses valises sur les rives de la Garonne, à quelques milliers de kilomètres de sa province de Santa Fe. Nous sommes en 2010 à Bordeaux, et le jeune homme découvre le foot à la française. Comme beaucoup d'autres jeunes sud-américains, Emiliano Sala a choisi de s'exiler en Europe, pour se donner tous les moyens de réaliser son rêve et vivre de sa passion.

"Au début je ne cache pas que c'était difficile", racontait-il dans un entretien accordé au site du FC Nantes. "Je n'avais que 20 ans, j'étais loin de la famille, je devais apprendre une autre langue. Ce n'était pas facile mais je me suis accroché pour un rêve et beaucoup travaillé pour arriver où je suis", disait-il. Sala s'est aussi inspiré de sa maman, qu'il considérait comme un modèle, avec une grosse force mentale, "toujours proche de nous et qui donnait tout ce qu'elle pouvait, sans calculer". Cette personnalité caractérisait presque trait pour trait Emiliano Sala, décrit par ses coéquipiers comme une personne soucieuse des autres.

"Emi", c'était surtout un homme attachant, soucieux des autres. "C'est un garçon tellement attachant, tellement sympa, gentil, respectueux, un vrai guerrier qui aimait beaucoup le club" confiait son entraîneur Vahid Halilhodzic à Ouest France. "Que ce soit sur ou en dehors du terrain, c'était quelqu'un qui s'entendait avec tout le monde. Il était généreux, dans le partage, dans le collectif", expliquait son ex-coéquipier à Nantes, Yacine Bammou dans L'Equipe. C'est essentiellement grâce à cette mentalité que ce joueur a pris une place à part dans le cœur des supporteurs et de ses coéquipiers. A ses débuts, Sala était capable d'encourager ses partenaires qui étaient en difficulté sur le terrain, alors que lui, devait se contenter du banc.

Et sa carrière n'a pas connu que des hauts. Sans doute déçu de ne jamais avoir été appelé en sélection nationale (ni même chez les espoirs), Sala a néanmoins toujours gardé cet esprit de guerrier. Mettant à profit ses qualités de joueur puissant, aimant la profondeur, l'Argentin qui bénéficie en outre d'un bon jeu de tête, a progressé petit à petit. Prêté à plusieurs reprises, il ne bronche pas et travaille encore. 18 buts avec Orléans en National, puis 18 buts avec Niort en Ligue2 et enfin la découverte de l'élite avec les Girondins le 9 août 2014 (contre Montpellier). Il officie par la suite à Caen et enfin Nantes.

En trois saisons et demie à la Beaujoire, le N.9 n'a pas tardé à séduire son entourage. Auteur de six buts pour sa première saison, il en plantera 12 (+ 3 en Coupe de la Ligue) la saison suivante et en fera de même en 2017-2018 (+ 2 en Coupe de France). Cette saison, sans doute la plus aboutie avec 12 buts (+ 1 en Coupe de la Ligue) à mi-parcours, l'attaquant qui bénéficie même d'un chant à son honneur, imaginait sans doute rester encore un peu. Mais le monde du football (ou des affaires) est ainsi fait qu'il n'a pas vraiment eu la possibilité de refuser l'offre (17 M d'€) de Cardiff City. Même l'entraîneur Vahid Halilhodzic avait du mal à cacher son émotion de le voir partir.

Avant de rejoindre le club gallois -18e de Premier League-, "Emi" tenait à dire au revoir à ceux qui l'ont accueilli pendant un peu plus de trois ans. Une dernière photo avec ses anciens coéquipiers du FC Nantes, des collègues devenus amis, des embrassades avec le staff du centre d'entraînement, et Emiliano Sala prenait la direction de l'aéroport, emmené par son ami depuis Bordeaux Nicolas Pallois. Il était 21h23 lorsque le signal de son monomoteur, un Piper Malibu PA46, a été perdu. Et de Progreso à Cardiff en passant par Bordeaux ou Nantes, de Gabriel Batistuta à Diego Maradona en passant par Kylian Mbappe et tant d'autres, c'est tout le monde du football qui perdait une belle personne.

"Je suis navré d'apprendre cette nouvelle si triste", a écrit Diego Maradona sur Instagram. Nous étions nombreux à conserver une once d'espoir, pour toi Emiliano. Je remercie les supporteurs du monde entier pour leur soutien. Hasta siempre Emiliano". "Quelle douloureuse nouvelle. Mes condoléances aux membres de la famille, aux amis, aux compagnons d'Emiliano Sala dans ce moment si difficile. Nous sommes avec vous", a tweeté le président argentin Mauricio Macri, ancien président du club de Boca Juniors. Parmi les hommages les plus forts, reste celui de Gabriel Batistuta, l'idole d'Emiliano Sala."Quelle tristesse, c'est la pire des nouvelles. Repose en paix, Guerrier. Mes condoléances à la famille et aux proches d'Emiliano Sala".

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