Di Maria, Ibrahimovic et Aurier célèbrent le but contre Lyon 13122015
Angel Di Maria vient féliciter Zlatan Ibrahimovic, auteur d'un doublé, en compagnie de Serge Aurier | FRANCK FIFE / AFP

La domination du PSG nuit-elle au foot français ?

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Attendu, le record national de 33 matches d'affilée sans défaite établi par le Paris Saint-Germain est logiquement salué dans toute la presse ce matin. Néanmoins, ce record soulève une question qui s'est posée dès l'arrivée en 2011 des richissimes investisseurs qataris. Les centaines de millions d'euros injectées dans le club de la capitale ne font-elles pas plus de tort au foot français ?

Il n'aura fallu que deux ans aux nouveaux propriétaires du PSG pour voir leurs investissements porter leurs fruits, avec un premier titre de champion de France, le premier d'une longue série. Sans compter que les Parisiens ont également brillé dans les Coupes nationales, remportant deux Coupes de la Ligue (2014 et 2015) ainsi qu'une Coupe de France en 2015, pour un inédit triplé, et même un quadruplé avec le Trophée des Champions remporté pour la troisième année d'affilée…

Depuis maintenant trois ans, il faut bien dire que l'équipe emmenée par Laurent Blanc écrase presque tout sur son passage. La victoire de mercredi contre Lorient (3-1) ne représente pas seulement une indéniable performance et un record historique. Cette série de 33 matches sans défaite a aussi de quoi faire trembler tous les acteurs du football français. Il suffit de comparer ce record au précédent, jusqu'alors détenu par le grand Nantes du milieu des années 1990. A l'époque, l'équipe de Loko, Karembeu, Pedros, Ouédec ou encore N'Doram, avait enchaîné 32 matches avec "seulement" 19 succès et 13 nuls. Cette fois, le rouleau-compresseur parisien a signé pas moins de 30 victoires pour "seulement" trois nuls ! Patrice Loko l'a fait remarquer récemment dans une interview à l'AFP. "Nous on a gagné, mais pas survolé" comme le PSG, a estimé l'ancien attaquant des Jaune et Vert (et plus tard du PSG).

Plus fort que Nantes en 1995

Symbolisé par un but magnifique au Parc des Princes contre le grand PSG de Weah, Ginola, Ricardo, Valdo et Rai, la réussite des Canaris reposait avant tout sur une philosophie de jeu, un centre de formation de grande qualité, et des joueurs qui s'entendaient parfaitement sur le terrain. Il n'était pas (encore) question de grandes vedettes achetées à grands coups de millions d'euros. Cette réussite s'était construite dans la durée, face à une concurrence lyonnaise et parisienne pourtant redoutées.

Comme cela a été le cas durant sept ans avec l'OL des années 2000 (champion de France de 2002 à 2008), lorsque le club de Jean-Michel Aulas "pillait" les meilleurs joueurs de l'hexagone, cette ultra domination risque de durer. Aulas avait d'ailleurs déclaré en 2012 que "le PSG a des moyens disproportionnés pour le football français à court terme. Face à Paris, les clubs de Ligue 1 vont connaître deux saisons difficiles. Lorsque le patron lyonnais s'exprimait, il pensait que le fair-play financier allait finir par réduire les écart. Mais quatre ans après cette déclaration, il est difficile de lui donner raison. Contrairement à l'OL, le PSG ne se contente pas de débaucher les meilleurs joueurs de L1… La domination a donc pris une toute autre ampleur et pourrait bien perdurer dans le temps, tant les moyens mis à disposition du club sont colossaux. Après 24 journées, le PSG compte 24 points d'avance sur Monaco, accessoirement deuxième budget de L1 avec 250 millions d'euros (contre 490 M pour le PSG).

Le PSG a tué le suspense

Si ces investissements et les arrivées de grands noms ont eu le mérite d'attirer le feu des projecteurs sur le championnat de France, il n'en demeure pas moins que l'intérêt même de ce championnat est bien moins important. Depuis maintenant trois ans, la question n'est plus de savoir qui sera champion, mais qui sera deuxième, voire troisième… A chaque match du PSG, la question n'est plus de savoir si les Parisiens vont gagner, mais combien de buts va marquer Ibrahimovic ! La formation du géant suédois a déjà comptabilisé 61 buts (et seulement 11 buts encaissés) soit 26 réalisations de plus que son premier poursuivant, l'ASM. Avant chaque début de saison, rares sont les bookmakers à parier sur un autre champion que celui-ci. Il n'y a plus de suspense, et vu l'appétit d'ogre des Parisiens, même l'intérêt des Coupes nationales est désormais en danger.

On pourrait toujours estimer que l'arrivée des investisseurs qataris à Paris a insufflé un nouvel élan au foot français. Il est vrai que sans eux, Ibrahimovic, Thiago Silva, Di Maria, David Luiz, ou Cavani ne seraient probablement jamais venus en L1. Mais passée la suprématie nationale, le rayonnement du PSG au niveau international n'est pas encore marquant. Médiatiquement, le club parisien fait parler, mais sportivement, il reste pour l'instant décevant. En butant à chaque fois en quart de finale de Ligue des Champions, le PSG ne permet pas au foot français de devenir un acteur majeur. A contrario, le FC Nantes avec ses moyens financiers plus modestes, avait atteint les demi-finales de C1 (battu in extremis par la Juve).

Romain Bonte