Ketkeophomphone, leçon de vie et douleur angevine

Ketkeophomphone, leçon de vie et douleur angevine

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Pour lancer la 13e journée de Ligue 1, ce vendredi soir (20h30), la LFP a réservé la soirée avec une affiche du grand Ouest : Angers SCO acueille le Stade Rennais. Promus cette saison, les joueurs du Maine-et-Loire surprennent, avec une étonnante place sur le podium au classement, la troisième en compagnie de Lyon et Saint-Etienne. Dans l'effectif angevin, un attaquant ne passe pas inaperçu. En raison d'un patronyme en quinze lettres et des origines laotiennes inédites. Retour sur le parcours émouvant, semé de joies et de drames, du numéro 14 du SCO.

Quarante-deux points ! Au Scrabble, le nom de famille du joueur du jour rapporterait gros. Et c’est sans parler des cases bonus, “Mot compte double“ ou “Lettre compte triple“. Billy Ketkeophomphone a d’abord fait parler de lui grâce à son patronyme. Long et rare. L'attaquant angevin possède, en effet, des racines peu banales dans le milieu du foot. Il est originaire du Laos, un pays asiatique coincé entre Thaïlande et Chine, Viêt Nam, Birmanie et Cambodge. Ses parents sont venus s’installer en France il y a une trentaine d’années. «Je n’ai jamais encore pu m’y rendre. Nous étions cinq dans la famille (trois sœurs et deux garçons) et nous n’avons jamais pu y aller tous ensemble. Mais j’aimerais y aller bientôt.»


Une découverte qui pourrait se faire, via la sélection. “Ketkeo“ - diminutif utilisé sur son maillot en match – revendique la volonté d’évoluer sous le maillot de la 176e nation au classement FIFA. «Ça me plairait de jouer pour le Laos. Je n’en ai pas encore eu l’occasion, mais si on me demande, ce sera avec plaisir. Je ne suis pas forcément régulièrement tous leurs matches, mais je m’y intéresse quand même. Les résultats ne sont pas terribles. Ils perdent souvent contre la Thaïlande, le Cambodge…» Aujourd’hui, le numéro 14 du SCO retrouve ses racines quand il rentre en région parisienne, chez ses parents. «Quand je retourne chez eux, je suis super content de manger toutes les spécialités. Ce sont souvent des plats à base de soupes, de vermicelles, de pâtes, de viandes ou de poissons. Mon plat préféré ? Le Khao Poun, mais je ne sais pas quel est le nom utilisé en français...» Un aveu prononcé avec un petit sourire gêné. Le jeune homme tatoué est des plus réservés. «C’est vrai que je suis quelqu’un de calme. On est comme ça dans la famille. Sur le terrain, il ne faut pas que je sois comme dans la vie. Je suis plus à l’aise quand je connais bien les personnes.»


Pour lui, le foot commence dès l’âge de huit ans, à Bussy-Saint-Geoges, une commune plutôt proche de Disneyland Paris. Rapidement, c’est le petit Billy qui fait office d’attraction. À treize ans, il intègre la prestigieuse école de l’INF Clairefontaine. Tous les week-ends, son père, chauffeur de taxi, traverse la région parisienne d’est en ouest pour venir le chercher. «Dans ma promotion, il y avait notamment Yacine Brahimi, aujourd’hui au FC Porto, et Sébastien Corchia, le défenseur du LOSC. On apercevait assez souvent les joueurs de l’équipe de France. On ne pouvait pas vraiment les approcher, mais on les voyait à l’entraînement. Une fois, Thierry Henry et William Gallas étaient venus nous parler dans nos bâtiments.» Après trois ans dans les Yvelines, il prend la direction du centre de formation du RC Strasbourg.

Début des galères

«La ville me plaisait et il y avait de bonnes installations au centre de formation. Il y avait tout là-bas pour réussir et progresser.» En Alsace, après avoir effectué ses gammes chez les jeunes, il découvre le monde pro. Le 1er décembre 2009, il entre après le repos contre Bastia. Son premier match en Ligue 2. Le seul de la saison. Le Racing, quant à lui, est relégué en National. «Pour nous les jeunes, c’était dur. On rêve du monde pro et, descendre en National, c’était compliqué. Mais cela nous a permis de jouer en équipe première.» Durant une saison, le milieu offensif engrange les apparitions et marque à onze reprises en championnat et en coupe. Malheureusement, en fin d’exercice, c’est la catastrophe. Le club est obligé de déposer le bilan.


“Ketkeo“ a anticipé. Direction Sion et la Raiffeisen Super League suisse à l’été 2011. Et, là encore, c’est la galère. Le club helvète est interdit de recrutement par la FIFA. Ayant aligné ses recrues (dont Pascal Feindouno et Billy Ketkeophomphone) à plusieurs reprises, il est pénalisé de 36 points et les joueurs “en cause“ sont suspendus. «On s’entraînait comme le reste de l’effectif, on était payés mais, le week-end, on ne jouait pas. Au mois de janvier, j’ai demandé à mon agent si je pouvais partir. Un accord a été trouvé avec Tours et j’ai pu résilier mon contrat avec Sion sans problème.»


De la ville et du club, le Franco-Laotien reconnaît ne pas connaître grand-chose. Tout juste savait-il que le club évoluait en Ligue 2. « J’ai fait quelques matches les six premiers mois. C’était bon de retrouver le plaisir de jouer et de ne plus me poser de questions.» La saison suivante (2012-2013), il éclate pleinement avec l’arrivée d’Olivier Pantaloni aux manettes du club tourangeau. Seulement, “Ketkeo“ souhaite découvrir la Ligue 1.
 

Drame familial

Ne rien lâcher ! Un leitmotiv pour le jeune homme d'origine asiatique. Encore plus depuis l'été 2013. Lui et son ex-compagne sont devenus parents de deux petites jumelles : Ella et Rose. Hélas, ce bonheur s’est rapidement estompé. « On a appris trois, quatre jours après la naissance d’Ella qu’elle avait des problèmes au niveau du cerveau. Plus les jours passaient et plus il fallait profiter d’elle. On essayait d’être le plus avec elle, car on savait qu’elle allait partir dans les prochains jours. Cette histoire me permet de relativiser les choses dans le foot et même dans la vie. J’essaye de prendre les choses à la légère et de me dire qu’il y a pire que le quotidien dans la vie.» Un événement dramatique qui, désormais, lui donne la motivation nécessaire pour avancer. «Cela a eu une vraie influence sur mon caractère. Je sais pourquoi je me bats tous les jours. J’ai une obligation de réussir. Je veux qu’elle soit fière de moi, de sa sœur. Je veux lui montrer que je ne lâcherai pas. Pour elle. C’est une réelle source d’inspiration. Je suis sûr qu’elle est avec nous tous les jours.»


Aujourd’hui à Angers, Billy a enfin découvert cet été, après son transfert chez le promu, le parfum de l’élite. Son rêve de toujours. Titularisé à sept reprises par Stéphane Moulin (dix matches au total), son entraîneur au SCO, le Franco-Laotien a même marqué son premier but à ce niveau, le 3 octobre dernier, contre Bastia (victoire d’Angers, 1-0). A 25 ans, Billy n’est plus seulement un joueur au nom exotique. Le talent de Ketkeophomphone est d’abord mis en avant. Une reconnaissance pour lui. A force de patience et de courage.
 

(avec Rémi Chevrot)

Nicolas Gettliffe