Zlatan Ibrahimovic
Zlatan Ibrahimovic s'en est pris à Lionel Jaffredo dimanche après la défaite cotnre Bordeaux | NICOLAS TUCAT / AFP

Ibrahimovic ne devrait pas échapper à une suspension

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Auteur d’une violente charge contre l’arbitre dimanche, après la défaite du PSG à Bordeaux (3-2), Zlatan Ibrahimovic risque d’être suspendu plusieurs rencontres. La commission de discipline de la Ligue étudiera le dérapage de l'attaquant parisien ce jeudi. Adepte de la provocation, ce dernier n'aura pas beaucoup d'arguments à faire valoir.

"Suite à l'envoi du rapport des officiels, la commission de discipline de la LFP étudiera lors de sa séance du jeudi 19 mars les propos tenus par Zlatan Ibrahimovic", a annoncé lundi la Ligue dans un communiqué attendu et logique, tant le géant a défrayé la chronique la veille au soir. 

"Pays de merde"

Quatre-vingt-cinquième minute de jeu entre Paris et Bordeaux, dimanche en début de soirée. Les deux équipes ne se sont pas encore départagées (2-2) quand Lamine Sané fait une passe en retrait volontaire en direction de Cédric Carrasso. Le girondin, après un geste d’hésitation, prend le ballon de la main sous les yeux d’un Zlatan Ibrahimovic ahuri. Le portier n’en a évidemment pas le droit, mais l’arbitre de la rencontre, M. Jaffredo, est dans le rond central. Il ne voit pas l’action et ne siffle rien. Trois minutes plus tard, Diego Rolan coule le PSG.  Dans le paddock du stade Chaban-Delmas, Ibrahimovic laisse échapper sa colère. "En quinze ans de foot, je n’ai jamais vu un tel arbitre dans ce pays de merde, lâche-t-il, furieux. Ce pays ne mérite pas le PSG". Un dérapage incontrôlé qui prendra vite d’énormes proportions, au point de pousser Patrick Kanner, le ministre des Sports, à réagir dans la foulée sur Twitter. Même les médias étrangers (Marca, la Gazzetta dello Sport) en font leur Une.

"Qu'il joue au foot et qu'il la ferme"

Les images sont certes ‘volées’ (Zlatan ne s’exprime pas en zone mixte, devant un micro, en interview), mais l’attaquant parle en anglais, preuve qu’il veut que son message soit entendu et compris par tous. Il sait que la dimension médiatique de chacune de ses paroles est immense, et que ses propos à l’égard de la France et des Français ne passeront pas. Il sait, aussi, qu’il risque une lourde sanction. Alors, dans la foulée, il s’excuse. Avant 22h, le PSG publie un communiqué où sa vedette admet qu’il s’est exprimé "sous le coup de l’énervement, et tout le monde sait qu’à ce moment-là les mots peuvent dépasser la pensée". "Mes propos ne visaient ni la France ni les Français, j’ai parlé de football et non d’autre chose (…) Je tiens à m’excuser si des personnes se sont senties offensées". Ces regrets ne suffiront pas.

Ce lundi matin, encore, des personnalités politiques tiraient à boulets ouverts sur le Parisien, à l’image de Jérôme Guedj. Interrogé sur Europe 1, le président PS de l’Essonne s’est exclamé : "C’est inacceptable, espèce de caprice de star du foot. Qu’il joue au foot et qu’il la ferme !" "Ceux qui considèrent que la France est un pays de merde peuvent la quitter, c’est aussi simple que ça", a renchéri Marine Le Pen sur France Info.

Le syndicat des arbitres s'indigne dans une lettre ouverte

Ce lundi matin, le Syndicat des arbitres de football d’élite (SAFE) s’est indigné des propos du Suédois, publiant par la voix de son président, Stéphane Lannoy, une lettre ouverte sans équivoque. Il rebondit notamment sur l’épisode Serge Aurier, qui avait déjà indigné l’arbitrage tricolore plus tôt cette semaine. "Il est des fois où garder le silence est préférable à toute autre forme de réaction, et l'on s'abstient sagement (…) On pensait avoir connu un sommet de déchaînement médiatique après Chelsea - PSG et le déferlement de déclarations en tous genres et de tous bords. On pensait avoir tout entendu. Mais non (…) L'équation est simple : passe en retrait = arbitre le plus nul en 15 ans = pays de merde. Après M. Kuipers mercredi (de quel pays donc alors ?...), M. Jaffredo dimanche, et, en bout de ligne, puisque la coupe n'est pas assez pleine, la France toute entière. Rien n'est jamais trop grand pour l'ego surdimensionné".

Il poursuit : "Le retentissement (de ces propos) est terrible (…) Ils nous indignent. Nous montons donc ici au créneau avec cette lettre ouverte pour alerter tous les amoureux du ballon qu'il est temps de faire évoluer les mentalités. Il est temps de prendre conscience qu'on ne peut tout dire, tout faire et tout accepter pour on ne sait quel prétexte. Qu'importe le fait de jeu, il y a des limites à ne pas et ne plus franchir. Si l'arbitre de rugby fait bien partie du jeu, il est grand temps qu'enfin, au football, chacun reconnaisse la place de l'arbitre, l'accepte et la respecte."

Le précédent Jérémy Menez

Alors, quelle sanction pour Ibrahimovic ? Il s’en est pris à la France ("pays de merde"), ce qui n'arrange pas son cas sans que cela soit un véritable motif de suspension sportive. En revanche, il a enfoncé M. Jaffredo ("jamais vu un tel arbitre (…) réveillez-vous, on ne joue pas en amateurs !"), a insulté le quatrième arbitre ("trou du c**") et a provoqué un puissant tollé médiatique. Le syndicat des arbitres s’est indigné, et, dans l’Equipe, le président de la commission fédérale des arbitres, Erci Borghini, s’est dit "choqué". En outre, Zlatan est sous le coup d’un sursis après sa suspension consécutive à son tacle sur Romain Hamouma en février.

La commission de discipline de la Ligue étudiera son cas ce jeudi, suite au rapport des officiels (même si M. Jaffredo se trouvait dans les vestiaires au moment de la tirade). Cela signifie que le Conseil national de l’éthique (CNE), placé sous l’égide de la Fédération française de football (FFF), ne saisira pas l'affaire. 

Tous les voyants sont donc au rouge pour Ibrahimovic, dont la réputation de provocateur n’est plus à faire. En mai 2013, Jérémy Menez avait été suspendu quatre matches pour avoir insulté M. Chapron. Pas sûr, donc, que le géant suédois soit de la partie pour le Classico face à l’Olympique de Marseille, le 5 avril prochain.

Gaétan Scherrer @GaetanScherrer