Gérard Lopez : "On a donné le bâton pour se faire battre à un moment stratégique"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Gérard Lopez
Gérard Lopez, le président du LOSC. | AFP

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Il avait décidé de ne pas faire de vagues pour ne pas qu'on lui reproche de prêcher pour sa paroisse. Gérard Lopez s'est livré au cours d'une conférence de presse organisée ce lundi, aux côtés de Bernard Caïazzo et Waldemar Kita. Estimant que le football français se tire une balle dans le pied en n'empruntant pas le même chemin que ses voisins européens, le président du LOSC déplore un manque de concertation de la part des instances gouvernantes et espère une reprise rapide des activités.

La décision de l'arrêt du championnat

"Il est clair qu'on a été mis devant le fait accompli, et je trouve ça dommage. On s'est senti pressé de décider de quelque chose alors qu'on voyait bien que les autres [grands championnats européens, ndlr] ne le faisaient pas."

Son refus de réagir à chaud

"Une des raisons pour lesquelles je n'ai pas réagi à chaud, et ça aurait été assez brutal, c'est que je ne voulais pas qu'on considère que je ne pense qu'à mon club (...). Les gens aiment bien dire que je ne parle que d'argent. J'ai un passeport espagnol, je suis Luxembourgeois, j'habite au Royaume-Uni et je fais des affaires en Russie (...). Néanmoins, c'est extrêmement frustrant de ne pas avoir joué le championnat jusqu'à sa fin, parce que j'avais l'intime conviction que la dynamique hyper positive allait nous amener une deuxième fois d'affilée en Champions League."

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Les conséquences de l'arrêt du championnat

"Ce qui est très grave c'est qu'on essaie de rattraper notre retard sportif et économique sur les autres championnats européens et qu'on donne le bâton pour se faire battre à un moment stratégique. A un moment où les autres prennent le temps pour se dire 'qu'est-ce qu'on va faire ? qu'est-ce qu'on doit faire ? Comment le fait-on ? Et si on ne sait pas, on ne fait rien et on attend', nous on y va. Je ne jouerai pas les victimes mais on est à la réception d'une décision gouvernementale qui a dû avoir ses raisons mais qu'on n'avait pas vu venir. Aujourd'hui, elle va nous ralentir encore plus. On va envoyer deux clubs en Europe, pas du tout préparés par rapport à tous les autres qui, eux, continuent à jouer (...).

On essaye tout le temps d'aller pleurer à l'UEFA pour qu'ils rajoutent [au championnat de France] une place en Champions League. Il va y avoir un effet de domino à court terme et à moyen terme sur le plan sportif. Si on n'avait été 2 ou 3 des 5, j'aurais sans doute eu la même position mais pas les mêmes arguments. Mais là on se retrouve tout seul. Alors, ce n'est pas dit que les autres championnats aillent jusqu'au bout, mais ce qui est certain, c'est qu'on a choisi un chemin différent de tout le monde et ce sont les clubs aujourd'hui qui sont les plus lésés par la situation. Cette résultante me fait mal, et même au-delà de mon club."

L'absence de concertation avec la gouvernance

"La décision a été prise par le gouvernement. Je ne la critique pas. Ce n'est pas à moi de le faire. La question c'est de savoir sur la base de quelle information, de quelle concertation ou de quel dossier [elle a été prise]. Je ne peux pas imaginer qu'une telle décision soit prise sans information. (...) Il y a bien eu une concertation mais c'était le jour d'après. C'était post-mortem."

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Pourquoi la France n'a-t-elle pas suivi ses voisins européens

"Je suis assez proche du gouvernement anglais. Il n'est pas revenu à la Rome antique, mais il utilise le foot pour un effet inverse [de celui du foot français] : pour donner quelque chose à voir aux gens. C'est la même chose en Allemagne, un autre gouvernement que je connais bien. Peut-être qu'on ne place pas le foot au même niveau que nos voisins européens, que ce soit culturellement ou socialement.  Cela va bien au-delà des questions de qualification en Coupe d'Europe. Peut-être que ça touche à la question fondamentale du foot en France. Si c'est vraiment ça, c'est encore plus dommage."

L'heure d'enfiler le bleu de chauffe

"Tout en haut de la pyramide, il y a les matches à grands enjeux avec des stades remplis. En dessous, il y a des matches avec des stades remplis, avec moins d'enjeux. En dessous, il y a le huis clos puis les matches amicaux. Et encore en dessous de ça, il y a l'entraînement. Si on fait tout ça pour que nos joueurs s'entraînent et qu'ils jouent à la ba-balle à droite et à gauche sans qu'il n'y ait un minimum de compétition, [ça n'a pas de sens]... Mon staff me dit toujours que s'ils ne jouent pas pour quelque chose, peu importe ce que c'est, ils ne font pas ce qu'ils aiment et nous non plus."