Labrune Vincent 062011
Vincent Labrune | AFP-Julien

Et si l'OM s'était complétement trompé ?

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Les dirigeants phocéens avaient axé leur politique sportive sur le recrutement de jeunes joueurs talentueux. Aujourd'hui, Marseille n'est pas au mieux en Ligue 1 et pourrait bien devenir le club français auteur du plus mauvais parcours de l'histoire de la ligue des champions. Et si le tournant négocié par l'état-major marseillais n'était pas le bon ?

C'est vrai, il est toujours plus facile de critiquer après coup. Mais lorsque la débâcle est totale, la remise en question ne devient-elle pas légitime ? Cet été, Vincent Labrune, le président marseillais, a décidé d'investir des sommes onéreuses dans des joueurs qui n'avaient pas - ou que très peu - prouvé, s'inspirant des politiques impulsées par le Borussia et les Gunners :" Arsenal ou Dortmund, c'est exactement la même chose", avait-il expliqué en octobre dernier. "Que ce soit dans la politique de recrutement et le projet de jeu qui l'accompagne. Même avec des moyens inférieurs à leurs concurrents nationaux, cela ne les a pas empêchés de bâtir des équipes compétitives sur la durée, dans l'ombre des gros, et de pouvoir aujourd'hui les regarder dans les yeux". Sauf qu'en Ligue des Champions, l'OM n'a jamais soutenu le regard. 

Du "Bayern du sud" au "Dortmund du sud" 

De son vivant, Robert Louis-Dreyfus avait un rêve : faire de l'OM le "Bayern du sud". Un souhait concrétisé dans les faits par le recrutement de joueurs confirmés (Laurent Blanc, Dugarry, Pirès, Leboeuf, Weah, Dehu, Meriem, Barthez, Drogba, Lizarazu, Cissé, Koné...) perpétué par Jean-Claude Dassier dès son intronisation en 2009. Lucho Gonzalez et Gaby Heinze débarquent sur la Canebière, Gignac et Rémy suivront un an plus tard.

La rupture stratégique est opérée par Vincent Labrune, qui débarque en 2011, justifiée par une situation économique désastreuse. Exit les gros salaires, bonjour les paris. Une fracture qui atteint son point d'orgue cet été, avec l'arrivée de joueurs pas nécessairement moins chers, mais plus jeunes et potentiellement très forts. Florian Thauvin, une vingtaine de matches de L1 dans les jambes, est recruté à prix d'or (15M€), Imbula, qui a encore moins prouvé au haut niveau, aussi (8M€). Sans oublier Mario Lemina, 20 ans, grandement estimé par Christian Gourcuff et acquis par le club marseillais pour 8M€. Seul Dimitri Payet (8M€), tête de gondole du mercato d'été, pouvait être qualifié de joueur confirmé. 

A quasiment mi-parcours, le constat n'est pas brillant : Imbula, éjecté de l'équipe de France espoir pour des problèmes de comportement, squatte le banc de l'OM après des débuts prometteurs, Lemina n'a été titulaire qu'une seule fois depuis son arrivée (mardi soir à Arsenal), et dans le même temps, Payet souffre toujours d'inconstance. Seul Thauvin (4 buts en 14 matches) justifie les espoirs placés en lui. On appelle ça l'arbre qui cache la forêt. Pour égaler le Borussia, selon le souhait de Vincent Labrune, le chemin est encore long. Très long. 

Une stratégie vouée à l'échec ? 

Vincent Labrune dirait sans doute que la viabilité de son projet ne peut se juger que sur le long terme. Qu'il faut être patient. Peut-être. Mais en attendant, que fait-on ? On regarde une formation phocéenne mettre les deux genoux à terre après chaque rencontre de Ligue de Champions ? Force est de constater que l'effectif de l'OM n'est pas taillé pour la C1. Et encore, quand il pourra la jouer, les deux premières places de Ligue 1 semblant promises aux cossus parisiens et monégasques pour les prochaines années. Et si, finalement, l'OM n'était devenu qu'un tremplin, à l'instar de n'importe quel club du championnat de France ? Certains joueurs comme Stéphane M'Bia, lors de leur arrivée à Marseille, ne s'en sont pas cachés : le club phocéen offre à ses "footeux" une meilleure visibilité, qui attire de fait, l'oeil des recruteurs des gros clubs étrangers. 

On pourrait aussi s'interroger sur la légitimité du projet marseillais à long terme. La direction phocéenne, qui a dépensé plus de 30 millions d'euros cet été, pourra t-elle converser ses meilleurs éléments s'il n'y a pas une qualification européenne à la clé ? Imaginons qu'un gros club mette le "paquet" pour Florian Thauvin ou Gianelli Imbula, et que ceux-ci font le forcing pour partir. Quid du projet d'avenir ? 

Jean Charbon