Enyeama
Vincent Enyeama (LOSC) | PHILIPPE HUGUEN / AFP

Enyeama, par la grâce de Dieu

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Ecœurés par un Vincent Enyeama infranchissable, les Monégasques ont mis les deux genoux à terre, dimanche au Grand Stade de Lille (2-0). Le gardien nigérian, dont la carrière avait pris un tournant peu ordinaire avant d’exploser à Lille, justifie sa forme stratosphérique par la volonté de "Dieu", selon ses propres mots. Portrait.

Sirigu, Ruffier, Mandanda, Carrasso… En Ligue 1, les gardiens de but talentueux sont pléthore. En début de saison, le nom de Vincent Enyeama était presque inconnu. Aujourd’hui, il résonne dans toutes les bouches, sur tous les plateaux de télévision. Il a bien signé à Lille en 2011, mais à l’orée de la saison 2012, le portier d'1m83 s'engageait pour une pige d’un an au Maccabi Tel-Aviv. A l’époque, quand il débarque à Villeneuve d’Asq, l’actuel portier du LOSC est barré par Steve Elana, et surtout Mickael Landreau.

Mais l’éclosion des grands joueurs, aussi tardive soit-elle, est bien souvent l’aboutissement d’un enchaînement de circonstances. Pendant que Vincent dégoûte les attaquants du championnat israélien, Landreau, alors gardien n°1 des Dogues, rompt son contrat et claque la porte, invoquant "un désaccord commun". Elana devient titulaire, mais pas pour très longtemps. En Juin, René Girard débarque, et bouleverse la hiérarchie. Vincent Enyeama, qui revient de l'Etat hébreu, sera titulaire. C'est le début de la belle histoire.

Invincible depuis 7 matches

Sur les douze rencontres de Lille depuis le début de saison en Ligue 1, le gardien nigérian a réussi dix "clean sheets", appellation anglaise désignant les matches passés sans encaisser de but. Il reste même sur sept de suite, série en cours. Mais contre Monaco, la toute-puissance du gardien nigérian a atteint son point d’orgue. Car face à Falcao and Cie, le portier lillois a simplement été monstrueux. A la 36e, il sort magnifiquement dans les pieds de Carrasco pour rattraper un placement aléatoire de Kjaer, avant de remporter un duel face à Rivière (67e), et de détourner un tir à bout portant de Falcao (71e). Puis, le meilleur pour la fin : le Nigérian réalisent deux parades ahurissantes sur une nouvelle tentative du Colombien reprise de près par l’ancien attaquant stéphanois (91e). Sur le banc, René Girard n’en croyait pas ses yeux. Dans le camp d’en face, Ranieri non plus. Cet homme, qu’il n’avait sans aucun doute jamais croisé auparavant, a repoussé sa formation bardée de stars sur la troisième marche du podium.

Pourquoi diable n’a-t-il pas explosé avant ?

"Je ne dirais pas que j’ai été chanceux, mais plutôt aidé par les Dieux du football ou Dieu tout court, car je crois en lui", a-t-il expliqué sur le site officiel des Dogues, au sortir de sa prestation héroïque face aux Monégasques. Et le talent, non ? Car Vincent Enyeama en est pétrit. D'ailleurs, Rio Mavuba ne comprend toujours pas pourquoi le staff du LOSC ne lui a pas fait confiance avant. Au micro de Canal +, le capitaine du LOSC, s’est montré très clair. "Sans Enyeama, je ne suis pas sûr qu'on gagne ce match. Cela fait déjà deux années qu'on aurait dû le mettre..."

Alors, on cherche quelles pourraient être les raisons de son séjour prolongé au placard. Son âge ? Peut-être. Il faut dire que Vincent a déjà 31 ans, et que si Landreau a été titularisé dans les cages nordistes à 34 ans, c’est parce qu’il est Landreau. Sans parler du désamour du championnat français pour les joueurs qui ont dépassé la trentaine.

Son parcours peu ordinaire ? Sans doute. Révélé en 2004, année où il avait brillé dans la cage des Super Eagles lors de la Coupe d'Afrique des Nations, le joueur nordiste n'a pas eu une trajectoire classique. Resté au Nigéria après la CAN, le joueur de 31 ans n'a rallié le vieux continent qu'en 2005, en Israël, au Bnei Yehoudah FC (2005-2007) avant de rejoindre le plus prestigieux Hapoël Tel-Aviv (2007-2011).

Aujourd’hui, Enyeama est sorti de ces sentiers sinueux et tortueux, et s’impose, match après match, comme le meilleur gardien de la Ligue 1.

Jean Charbon