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Les joueurs du PSG célèbrent la victoire contre l'OM au pied du Virage Auteuil. | MARTIN BUREAU / AFP

Editorial : le Classico est mort ? Vive le Classico

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Dimanche soir, le Paris-Saint-Germain a humilié l’Olympique de Marseille (4-0). Un score sévère, d’autant qu’acquis dès la mi-temps. Cette gifle sportive semble sceller le sort du Classique du football français, qui pour beaucoup d'observateurs n’en est plus un. La faute, entre autres, aux centaines de millions d’euros qui séparent les deux clubs depuis l’arrivée du Qatar à Paris. Et pourtant, c’est parce qu'il y a eu humiliation, que le Classico en reste un. Et inversement.

A en croire les débats qui ont rythmé l’avant match hier, le Classico n’en serait plus un. Trop d’écart sportif et budgétaire entre les deux équipes, trop d’années sans victoires pour l’OM (8, précisément et une série de 20 matches désormais), et même un entraîneur marseillais pour qui ce match contre Paris "n’est pas le plus important", puisque "le PSG joue dans une autre ligue". Bref, le choc du football français ne serait plus qu’un produit marketing. Une affiche survendue par la chaîne cryptée qui le diffuse, et qui l’a créée dans les années 1990, lorsqu’elle détenait le PSG et tentait de faire face à l’OM de Tapie. Peut-être. Mais qu’on ne s’y trompe pas : au delà de ses enjeux publicitaires, au delà du gouffre sportif qui sépare aujourd'hui les deux clubs, le Classico n’est pas mort. Loin de là.

Un poids historique 

Par essence, l’affiche PSG-OM est au contraire immortelle, puisqu’elle repose sur l’éternelle opposition capitale/province. D’autant que l’on parle du monde du ballon rond, monde dans lequel Marseille se revendique capitale hexagonale, notamment depuis 1993 et sa victoire en Ligue des Champions. D'ailleurs, c'est aussi cette quête européenne qui fait le sel de cette rivalité, entre le seul club français à l'avoir jamais gagnée (l'OM, à jamais le premier), et le seul club français à pouvoir y prétendre aujourd'hui. Depuis 2011, l’arrivée des pétrodollars qataris au PSG a aussi dopé cette rivalité historique entre le Paris jacobin et la province oubliée, délaissée, snobée. Le Classico n’a peut-être plus la saveur de ceux des années 1990, lorsque les deux clubs jouaient le titre, mais il garde un parfum de combat biblique entre en PSG tout puissant, plus intéressé par ses adversaires européens que nationaux, et un OM en déliquescence mais qui se nourrit d’exploits. Autrement dit, un éternel combat entre le David marseillais, et le Goliath parisien.

Cet antagonisme historique, Canal+ a misé dessus pour créer ce « Classico » dans les années 1990. Avec succès. Pour rappel, à l’époque la chaîne cryptée diffuse déjà le championnat, mais elle le joue aussi en étant propriétaire du PSG, qu’elle cherche à placer en rival du grand Marseille de Bernard Tapie. Deux décennies plus tard, la recette fonctionne toujours. Dimanche soir, Canal+ a ainsi réalisé sa meilleure audience pour un match cette saison avec 1,88 millions de spectateurs. Ce chiffre, certes légèrement en baisse par rapport l’année passée, suffit à prouver que médiatiquement, un PSG-OM reste à part, qu’importe les enjeux sur le terrain.

Un rendez-vous capital pour Paris

Ce poids sportif, André Villas-Boas, l’entraîneur de l’OM, avait cherché à le minimiser, sans doute pour protéger ses joueurs d’une défaite annoncée. Beaucoup plus confiant, son homologue parisien, Thomas Tuchel, avait été plus proche de la réalité en conférence de presse samedi :"C’est un match de Ligue des champions, un match avec une grande histoire en France, on doit respecter cette histoire. C’est un match spécial". En zone mixte hier, André Villas-Boas a répondu à l’allemand, dans une déclaration qui témoigne bien de l’animosité entre, non pas les deux techniciens, mais les deux clubs : « Thomas Tuchel peut inventer les choses qu’il veut avec l’effectif qu’il a, les millions et les milliards qu’il a et qu’il dépense. Pour moi ce n’est rien. Thomas Tuchel doit se concentrer sur la Ligue des champions ».

Une nouvelle fois destiné à dédouaner ses joueurs, ce constat de l’entraîneur marseillais dresse quelques poils de supporters du PSG, mais n’en reste pas moins pragmatique. Les Parisiens rappelleront que depuis l’arrivée du Qatar, 17 équipes ont battu Paris. Mais pas Marseille. C’est un fait. Mais aucune équipe n’affronte Paris dans le même contexte que l’OM. C'est aussi un fait. « C'est le seul match de Ligue 1 que Paris joue comme un match de Ligue des Champions. Paris ne veut pas faire le cadeau de ce match là » relativisait hier Daniel Riolo sur les ondes de RMC. Preuve que le chroniqueur vise juste : la longue célébration de la victoire par les joueurs du PSG au pied du Virage Auteuil, digne d’un soir de Ligue des champions.

Le Virage Auteuil clot le débat

D’ailleurs, la preuve la plus tangible de la vitalité du Classico vient de ce même virage Auteuil, très actif tout au long du match. Au delà des traditionnels chants plus ou moins inspirés, les supporters parisiens n’ont laissé aucun doute sur l’importance de ce match à leurs yeux. Après avoir déployée à l’envers une bâche volée appartenant à un groupe d’ultra marseillais - humiliation ultime dans le monde du supportérisme -,  et un message "8 ans qu’on vous cogne et ce n’est pas fini" , le Collectif Ultra Paris a dévoilé une large banderole « Anti-Marseillais » en début de seconde période.

Plus original, le kop parisien a même réussi à afficher le score du match en temps réel, complété par une punchline du rappeur Rohff en référence au film Heat  : "Paris 4-0 Marseille : on t’allume comme dans Heat"

Difficile de douter de l’importance du Classico pour les supporters parisiens, auxquels répondront certainement les Marseillais le 22 mars prochain. Du côté de Marseille justement, même si la défaite était aussi redoutée qu’attendue, les réactions sur les réseaux sociaux suffisaient à contredire les sorties du coach Villas-Boas. En dépit de l’écart économique et sportif, PSG-OM demeure un match spécial pour les deux camps. Et même au delà. Un match capital, certes plus déséquilibré que jamais, mais pas d'un point de vu global. En effet, après 81 confrontations entre les deux clubs en Ligue 1, Paris et Marseille sont à égalité parfaite : 31 succès chacun et 19 matches nuls.

Le Classico est donc plus vivant que jamais. Mieux : il pourrait avoir un bel avenir devant lui quand l'OM retrouvera son rang. Finalement, le seul ingrédient qui manquait  ce dimanche pour que l’on assiste à un vrai Classico, c’était les supporters marseillais, interdits de déplacements. Et là dessus, au moins, les deux camps sont d’accord. En témoigne cet échange entre ultras parisiens et marseillais sur Twitter.

Adrien Hemard @AdrienHemard