Droits TV : Pour le député Cédric Roussel, cet accord est "une bouffée d'oxygène"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
Cédric Roussel veut lutter contre le piratage qui dévalorise le championnat français

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Le député LREM Cédric Roussel, également président du groupe d'études "Économie du Sport" à l'Assemblée nationale se réjouit de l'accord conclu entre la Ligue et Canal+. Il y voit "une bouffée d'oxygène" après un risque de non diffusion temporaire de la Ligue 1. Mais le député des Alpes-Maritimes souhaite tirer les leçons de cette épisode chaotique en demandant une réflexion complète du football français avant le prochain appel d'offres des droits télévisés.

Suite à l’accord entre Canal+ et la LFP, est-ce que le football français est sauvé ?
Cédric Roussel : "Ce sont les supporters et les fans qui sont déjà sauvés, parce que la peur de l’écran noir n’y est plus. L’angoisse qui existait ces derniers jours n’existe plus. En ça, c’est une bouffée d’oxygène pour les fans, c’est une aubaine, d’autant qu’on n'avait jamais vu, depuis un petit moment, une offre sportive aussi lisible. Je crois que c’est ce qui avait marqué la saison et ce nouvel appel d'offres. Si on se rappelle du mois d'août 2020, avec une proposition d’offre de la chaîne Téléfoot qui est intervenue dans les dernières semaines, juste avant le début du championnat, ça a créé beaucoup de confusion pour le consommateur et les fans de foot. Avec cette offre de Canal+, c'est un peu plus rationnel et moins fragmenté qu’avant."

Dans une tribune publiée dans Le Monde, vous aviez déclaré : “Nous devons repenser le mode de commercialisation de notre Ligue 1.” Qu’entendez-vous par là ?
CR
: "Ce nouvel appel d’offres d’urgence a été infructueux parce que je pense que c'était un copier-coller du précédent. On peut comprendre, il y avait une urgence pour le spectacle télévisuel mais ça n’exonère pas une réflexion de fond. Le nouvel appel a été strictement identique au précédent et ça laissait peut-être pas suffisamment de place à une réflexion sur des lots qui pourraient répondre un peu plus à la révolution numérique et à l’usage de la consommation du spectacle sportif et du foot à la télé. C’est comme n’importe quelle entreprise dans laquelle il y a un fait qui est une forme de casse industrielle et économique. Vincent Labrune et la LFP doivent maintenant apporter des réponses en termes de stratégie pour savoir quelle est leur vision du football français pour ces quatre prochaines années."

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Dans cette même tribune, vous aviez également dit : "Tout semble bon pour faire baisser le prix du football français", comment faire pour que cela ait moins de conséquence sur les clubs ?
CR : "Le modèle économique est malmené aujourd'hui parce que suivant la composition, l’organisation financière de chaque club, il y a une plus ou moins grande télé-dépendance dans leur modèle économique. Il va falloir apprendre de cette période là qui a été très chaotique, pour pouvoir réfléchir à consolider et à se dire que les droits TV ne vont pas monter jusqu'au ciel. Il va falloir se poser des questions sur d'autres pistes de réflexion notamment sur un encadrement ou une réflexion urgente sur le montant des salaires des joueurs. Il y a une réflexion quant à d'autres composantes qui ont montré des signes de fragilité comme le montant des transferts."

Après le fiasco Mediapro, que faut-il faire d’un point de vue législatif pour que cela ne se reproduise pas au prochain appel d’offres ?
CR :
 "On voit bien que les règles du jeu ne sont pas suffisamment protectrices. On voit qu’il y a des garde-fous à instaurer, notamment le contrôle financier de la solvabilité des candidats qui semble aujourd’hui être une évidence mais également des modèles économiques proposés. Il faut aussi avoir une meilleure analyse des garanties en lien avec la situation financière des candidats, pour que ces garanties soient réellement efficaces. Parce que là, il y avait une garantie qui existait mais qui n’était pas la plus protectrice et qui n’a pas pu être actionnée. Il faut une réflexion aussi sur le rythme et la fréquence des encaissements. Certains clubs sont dans un impératif d’encaissement des droits TV pour l'équilibre de leur modèle économique."

Plusieurs sondages montrent que les jeunes se désintéressent de plus en plus au football. Comment remédier à cela ?
CR : "Il y a d’autres canaux qui ont fait leurs apparitions. Les usages ont évolué et il faut avoir une véritable stratégie d’ensemble pour faire en sorte que ce spectacle soit suivi par le plus grand nombre, de 7 à 77 ans, voire plus. Parce que le sport participe à nos vies, à nos moments très quotidiens. Ça peut être dans le cadre de son entreprise, à l’école, c’est aussi dans les EHPAD. Tout ça parce que l'audiovisuel est un canal qui permet de diffuser un spectacle sportif et un message. Le sport véhicule un message. On est vraiment dans une réflexion de fond, où on doit réfléchir aux nouvelles opportunités, pour faire en sorte d’avoir une nation française encore plus imprégnée des valeurs du sport mais aussi de son écosystème en termes d'emploi et de développement économique."