David Luiz
Le défenseur parisien David Luiz | AFP - NICOLAS TUCAT

Dr Mondenard : "Que le physiothérapeute rende publique sa méthode"

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Le Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport et spécialiste du dopage, souhaite que le physiothérapeute ayant soigné le joueur du Paris SG David Luiz "rende publique sa méthode pour le bien de tous". Le défenseur brésilien a fait son retour sur les terrains mercredi en Ligue des Champions, dix jours seulement après une blessure musculaire qui aurait dû le tenir éloigné des terrains pendant quatre semaines.

Q: Selon vous, quelle peut être la nature exacte de la blessure de David  Luiz ?
R: "Au vu des signes cliniques que j'ai pu observer en tant que  téléspectateur, il ne peut s'agir que d'un claquage. Je tire cette conclusion  de trois éléments: la grimace du joueur, la main portée à sa cuisse gauche et  le fait qu'ensuite il boite. David Luiz se blesse clairement lors d'une  accélération. Il ne tend pas la jambe pour récupérer un ballon, auquel cas le  geste aurait pu déboucher sur une élongation. Je peux ajouter également le fait  que l'on voit un peu plus tard le joueur se faire +strapper+ le muscle. Or on  +strappe+ très rarement pour une élongation".
   
Q: Quelles sont les méthodes pour les soigner ?
R: "Quand on la volonté d'accélérer la cicatrisation, on peut utiliser la  méthode PRP: Plasma enrichi en plaquettes. Cela consiste à prélever du sang au  joueur et à en extraire les plaquettes, c'est à dire un ensemble de cellules  sans noyau qu'on appelle thrombocytes qui contiennent des structures qui  possèdent des facteurs de croissance. On les réinjecte ensuite +in situ+ c'est  à dire uniquement à l'endroit de la blessure. Cela permet de colmater plus  efficacement les vaisseaux hémorragés".
   
Q: Est-ce une pratique dopante ?
R: "Non, absolument pas. A l'origine, en 2005, l'Agence mondiale antidopage  (AMA) a mis en garde ceux qui pouvaient avoir recours à une méthode alors  appelée +blood spining+ (centrifugation du sang), à laquelle Chelsea avait par  exemple recours. En 2010, l'AMA a prohibé son usage pour les muscles mais l'a  autorisé pour les tendons, ligaments et cartilages avec au préalable une  déclaration d'usage aux autorités compétentes. Puis, en 2011, elle a autorisé  totalement la méthode. D'abord parce que les plaquettes ne sont pas diffusées  dans l'ensemble du corps, mais seulement à l'endroit où il faut cicatriser. Il  n'y a donc pas de diffusion généralisée dans le corps. Ensuite parce que les  études ont montré que cela ne permettait pas d'améliorer la performance. On ne  court pas plus vite ou ne saute pas plus haut avec la méthode PRP. Elle est  d'ailleurs relativement courante et des kits sont commercialisés en pharmacie".
   
Q: Pourquoi avoir des doutes ?
R: "Parce que le sport de haut niveau suscite toujours la suspicion. J'ai  du mal à imaginer par ailleurs que la méthode PRP ait réduit la durée de la  blessure de David Luiz à 10 jours seulement. Si vous ne soignez que la lésion,  vous permettez juste à un joueur de pouvoir regarder le match tranquillement  chez lui dans son canapé. Il faut aussi récupérer la proprioceptivité, c'est à  dire la perception des mouvements et de l'espace. Celle-ci provient de  capteurs, dans les muscles, qui sont totalement déboussolés en cas de blessure.  Or, pour retrouver pleinement ses repères, cela prend normalement là aussi  quatre semaines au minimum. Concernant David Luiz, si la méthode employée est  totalement légale, que le physiothérapeute la rende publique dans les 24  heures, pour le bien de tous. Vous imaginez les économies que pourrait en tirer  la Sécurité sociale ?".

Propos recueillis par Frédéric BOURIGAULT

AFP