Dimitri Liénard, sceptique pour la reprise de la L1 : "Nous ne sommes pas des cobayes"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Fabien Lévêque
Le Strasbourgeois Dimitri Liénard
Le Strasbourgeois Dimitri Liénard | AFP - ELYXANDRO CEGARRA / NurPhoto

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Sur le terrain il est virevoltant. Confiné, Dimitri Liénard, le joueur du RC Strasbourg, bout intérieurement. Avec sa femme infirmière, il se veut "sceptique sur un retour de la Ligue 1". Et il le scande : "Ce n'est pas la peine de bricoler. Jouer un match, ça peut aller, mais de là à enchaîner 10 rencontres tous les trois jours… Nous ne sommes pas des cobayes." Et il l'assure, s'il a besoin d'aller l'usine pour "donner un coup de main", il le fera. "J'ai besoin de travailler."

Bonjour Dimitri. Où êtes-vous confiné ?
Dimitri Liesnard : "Je suis chez moi, dans un petit village à côté de Belfort."

"Une boule au ventre"

Comment va le moral ?
DL : "J'ai une petite boule au ventre. L'être humain a besoin d'un rythme de vie, d'un quotidien. Rester confiné à la maison ça allait au début mais aujourd'hui en me levant je me demande quel jour nous sommes !"

Quel est votre sentiment concernant la reprise de la Ligue 1 ?
DL : "Je suis perdu. Je suis sceptique sur un retour de la Ligue 1, au vu des conditions de vie en France et dans le monde, c'est complexe. Déjà que les gens reprennent leur quotidien un minimum et puis on verra plus tard pour le football."

"Pas la peine de bricoler"

En tant que délégué du personnel du club de Strasbourg, quelles sont les garanties que vous demandez pour la reprise du championnat ?
DL : "Ce n'est pas la peine de bricoler. Jouer un match, ça peut aller, mais de là à enchaîner 10 rencontres tous les trois jours… Surtout avec ces conditions actuelles : prendre l'avion, dormir dans des hôtels, je ne pense pas que ce soit faisable. Nous ne sommes pas des cobayes."

Seriez-vous prêt à jouer avec un masque, comme les joueurs du Rapid de Vienne en Autriche ?
DL : "On manque déjà de masques ! Je vois ma femme, infirmière à son compte, on lui a donné 8 masques pour 15 jours de travail. Remettre 25 000 personnes dans un stade, ça serait manquer de respect aux personnels soignants. Lorsque ma femme rentre à la maison, elle désinfecte ses vêtements, ses clés de voiture, son portable. Je ferai pareil quand on reprendra l'entraînement  !"

Y aurait-il vraiment un sens de terminer la saison dans un stade à huis clos ?
DL : "Ça ferait mal. Ça ne m'est jamais arrivé ! Le mur bleu me manque énormément. Le championnat sera tronqué. J'ai toujours été transcendé par le public ! Jouer à huis clos serait vraiment un déchirement."

"S'il faut que j'aille à l'usine pour donner un coup de main"

Qu’allez-vous faire si le football ne reprend pas ?
DL :  "J'ai besoin de travailler. S'il faut que j'aille à l'usine pour donner un coup de main, je me lèverai à 6h du matin. C'est vraiment sincère ce que je raconte ! Je ne peux pas passer mes journées à ne rien faire, surtout avec ce que je gagne. C'est inconcevable pour moi."

Vous allez devenir fou !
DL : "Je suis un bon vivant. Depuis l'âge de 16 ans je ne fais que travailler. Je ne peux pas rester à la maison avec un tel salaire. Je pense qu'on est un peu con, les footeux. On peut se prendre la tête pour des bricoles, on a la chance d'être footballeur, de vivre de notre passion, de gagner très bien notre vie, de jouer dans des stades pleins. Quand on reprendra, je pense que ça va faire réfléchir beaucoup de monde." 

Un message à communiquer?
DL : "Nous sommes en guerre. Restez sur vos terres. Je dis à bientôt aux Alsaciens à la Meinau le plus rapidement possible. Courage à toute la France !"

Fabien Lévêque FabLeveque