Coronavirus : L'emprunt massif proposé par le président du Losc, Gérard Lopez, est-il viable pour le football français ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
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Gérard Lopez, le président du LOSC, a déclaré dans L’Equipe ce mardi vouloir créer un emprunt massif pour aider les clubs de Ligue 1 à sortir de cette crise sans précédent causée par la pandémie de Covid-19. Une solution envisageable mais qui ne va pas sans un changement de modèle du football français. Explications.

"Cette épidémie peut coûter plusieurs centaines de millions d'euros au foot français, cela peut même aller jusqu'au milliard si les scénarios catastrophes s'enchaînent", a déclaré Gérard Lopez, dans L'Équipe, ce mardi. Pour sortir de cette crise, le président du club de Lille (LOSC) a ainsi indiqué qu’un cabinet de crise regroupant plusieurs présidents de club, avait été crée, indépendant de la Ligue de football professionnel (LFP), afin de trouver des solutions à la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 et qui touche, comme de nombreux domaines, le monde du football. Il explique ainsi dans les colonnes du journal sportif que ce cabinet l’a chargé d’étudier les conditions d’un emprunt massif dans le but de renforcer les structures du football français.
 

Pour faire face à cette large perte financière, Gérard Lopez indique se pencher sérieusement sur l’option d’un prêt de 300 à 500 millions d’euros, avec un taux d’intérêt à 8%, afin de renforcer les structures du football français. "C'est une alternative intéressante mais la question est : est-ce qu'ils auront les moyens à postériori de rembourser ce prêt avec 8% de taux d'intérêt ? La solution est envisageable mais il va falloir totalement repenser le modèle du football français pour qu'il soit capable de sortir une comptabilité pérenne et durable, et faire face à ces nouvelles traites qui vont apparaître lors des saisons prochaines, explique Pierre Rondeau, économiste du sport et spécialisé dans le football. Il faudra obligatoirement trouver de nouvelles sources de rentabilité, comme la baisse de la rémunération ou l’augmentation des revenus issus de la billetterie par exemple", approfondit encore l'expert économique. 

Des revenus d'exploitations insuffisants

Car pour ce dernier, cela fait de nombreuses années que les clubs ne sont pas capables de dégager des revenus d'exploitation (droits TV, revenus commerciaux, marketing, sponsoring, billetterie notamment, ndlr) conséquents. "Si je prends seulement les revenus d'exploitation, l'immense majorité des clubs français de Ligue 1 ne sont pas capables de générer des bénéfices, 17 sur 20 sont dans le rouge. Il faut aussi ensuite intégrer la variable secondaire qui est le trading joueurs (la vente de joueurs) pour parvenir à générer des bénéfices. Au final, ce qu’on constate d’après les comptes de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) 2018-2019, c’est que quatre clubs seulement sont déficitaires et l'immense majorité excédentaires grâce aux trading”, poursuit Pierre Rondeau.

Une somme sur-évaluée ?

Et cette somme de 300 à 500 millions d'euros, souhaitée par Gérard Lopez, est-elle disproportionnée ou juste dans les clous ? "En coup direct, si la saison ne reprend pas, c'est 480 millions de perte. Je ne compte pas les coups indirects ou induits liés à l'absence de trading joueurs, ni le remboursement des prestataires et des spectateurs", souligne l'économiste, qui se base sur une étude du cabinet KPMG, publié le 17 mars dernier.

L'emprunt, une idée pas si nouvelle

L’option que suggère Gérard Lopez n’est pas nouvelle, rappelle Pierre Rondeau. "Avant Lopez, la Ligue avait elle-même soumis l'idée d'un prêt garanti par l'Etat à 0%, pour ensuite le redistribuer à tous les clubs professionnels." Le problème, poursuit le spécialiste, est que, de manière générale, les banques ne sont pas incitées, ou en tout cas désintéressées, à prêter de l'argent directement aux clubs dans la mesure où il y a ce qu'on appelle l'incertitude sportive.

"Les résultats économiques sont très, voire totalement, dépendants des résultats sportifs. Si un club n'atteint pas les objectifs sportifs fixés, il n'aura pas de rentrées financières conséquentes, et donc il ne pourra potentiellement pas rembourser le crédit", ajoute le spécialiste de l'économie du sport. La proposition du président du LOSC permet donc de contourner ce point bloquant, en passant par une personne tierce indépendante, qui souscrira un crédit et qui ensuite, par négociation et partenariat commun, redistribuera cet argent avec une demande de remboursement. 

Comment les petits clubs vont-ils rembourser ? 

Toutefois, un autre point interroge, celui du remboursement pour chaque club de Ligue 1. "Sur une durée de trois à cinq ans, cela coûterait trois à quatre millions d'euros à chaque club de L1 par an”, affirme Gérard Lopez toujours dans l’entretien accordé à L'Équipe. Une somme qui pourrait être compliquée à rembourser pour les petits clubs de L1. "Quand on regarde les comptes de la DNCG, la majorité des clubs sont en positif mais le solde positif ne représente pas trois millions d'euros, il est plutôt vers les 100 ou 300 000 euros. Le PSG, lui, n’a pas de souci à se faire avec son solde positif de 31M d'euros. Mais des petits clubs comme Amiens, Dijon, Angers, ce sont 'seulement' 100 ou 200 000 euros de solde positif. Donc, si on rajoute à toute cette comptabilité assez lourde, 3M d'euros supplémentaires à rembourser, ça va être compliqué", analyse Pierre Rondeau

Si cet emprunt serait utilisé pour parer à l’urgence et pour servir de protection pour l’avenir, Pierre Rondeau doute que cela suffise en cas de nouvelle crise de cette ampleur. "Si dans quelques années, nous subissons une nouvelle pandémie de ce type, rien n'empêchera des difficultés économiques. On peut avoir la meilleure compatibilité du monde, si demain une pandémie arrête tout, c’est toute l’économie qui s’arrête."