Face à la crise avec la LFP, Mediapro tente de rassurer

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Monier
Jaume Roures Mediapro
Jaume Roures (premier plan), le patron de Mediapro. | AFP

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Mediapro a tenu une conférence de presse mercredi matin, après avoir refusé de payer les droits télévisuels du championnat de France en octobre. Le groupe sino-espagnol, représenté par son directeur général Jaume Roures, a assuré que le projet Téléfoot n'était pas remis en cause. Alors qu'une conciliation avec la LFP débute, il demande une renégociation de la première année du contrat, fortement affectée par la Covid-19.

Face à la crise, Jaume Roures est sorti du silence. Le patron de Mediapro est en conflit ouvert avec la Ligue de football professionnel depuis son refus de payer la tranche d'octobre des droits télévisuels de la Ligue 1 (172 millions d'euros). Ce mercredi au Pavillon Dauphine (Paris), le Catalan a annoncé un "processus de discussion" avec la LFP et tenté, tant bien que mal, de rassurer. "Je suis venu pour dire que Telefoot va continuer" a-t-il lancé. 

Jusqu'à cinq mois de conciliation

"On a trouvé un processus de discussion avec la Ligue, a expliqué d'entrée Jaume Roures. Des discussions privées qui n'ont pas la vocation à être rendues publiques" et qui vont durer "plusieurs semaines". La conciliation pourrait aller jusqu'à quatre mois, avec une prolongation possible d'un mois a ajouté l'avocat de Mediapro, présent au côté de Roures. "Nous avons le temps de trouver des solutions raisonnables" a assuré Roures. Jeudi 15 octobre, la LFP a mis en demeure Mediapro pour obtenir paiement. Le groupe sino-espagnol s'est lui tourné vers le tribunal de commerce de Nanterre pour assurer une médiation. "J'espère que le lien n'est pas irrémédiablement cassé" a ajouté Roures. 

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"Il faut avoir confiance dans le processus de conciliation, a indiqué Roures. Je ne vois pas pourquoi on ne trouverait pas des solutions. Le contrat est pour une durée de quatre ans. Nous avons cette volonté là. La seule chose que nous demandons c'est de nous adapter à la situation pour cette saison. Je ne peux pas croire qu'on ne va pas s'en sortir. Nos demandes concernent cette saison concernée par la Covid-19." Interrogé sur la prochaine échéance de décembre, Roures a botté en touche. "Tout est sur la table" a répondu le directeur juridique de Mediapro, présent à ses côtés. 

"On se tient à ce projet"

A plusieurs reprises, Jaume Roures a insisté sur la confiance dans le projet Téléfoot. "Ce n'était pas un appel d'offre (plus de 800 millions d'euros) surpayé, a-t-il estimé. C'est un projet auquel on croit, même si on savait qu'il ne pouvait pas être rentable le premier jour de la première journée, avec des millions d'abonnés, on avait fait nos études marché, on connaissait très bien le nombre d'abonnées réels au foot chez les autres. Notre projet était pour quatre ans. Nous le maintenons. On savait qu'il ne serait pas rentable dès la première année. On savait qu'on aurait pas des millions d'abonnés dès le premier jour. On se tient à ce projet."

Si le Catalan veut négocier, c'est pour cette première année chamboulée par la Covid-19, pas pour le contrat dans son ensemble. "On ne pouvait pas prévoir les effets socio-économiques de la Covid, a-t-il expliqué. Cela nous a amené à voir avec la Ligue comment on pouvait s'adapter à cette situation sans remettre en cause à aucun moment l'engagement qu'on avait pris en avril 2018." Il est toutefois resté flou sur ce qu'il attendait concrètement. Baisse des traites sur la première année ? Report aux années suivantes ?

600 000 abonnés pour Téléfoot

Jaume Roures a démenti le chiffre de 275 000 abonnés évoqué dans la presse. "On en a beaucoup plus, et on a un modèle de développement" a-t-il assuré, avant d'avancer le chiffre de 600 000 abonnés. "Tous ces chiffres consistent à nous décrire comme très faibles et incapables de tenir nos engagement, s'est-il emporté. Mediapro ce n'est pas trois gars et une fille dans une pièce. Nous existons depuis 25 ans. Nous sommes présents dans plus de trente pays. Un chiffre d'affaires de plusieurs milliards. Nous ne sommes pas n'importe qui."

Et de critiquer les nombreuses fuites dans la presse, qu'il a par ailleurs alimenté dans un entretien à L'Equipe, le 8 octobre. "Nous pensons que tout ce bruit autour de ça ne bénéficie à personne, a-t-il jugé. Tout le monde est plus en difficulté. Pour une recherche de financement c’est pire, pour avoir des abonnés c’est pire." 

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Mercredi matin, Capital a dévoilé l'état des liquidités du groupe Mediapro. Selon une estimation de l'agence de notation Moody's, le groupe sino-espagnol ne possède que 113 millions d'euros dans ses caisses. Loin des 172 millions attendus en novembre par la LFP, encore plus loin des 150 millions supplémentaires prévus en décembre. Jaume Roures a refusé de commenter sur les capacités de paiement de Mediapro, renvoyant à la procédure de conciliation avec la LFP. "Je ne dis pas qu'on n'a pas la possibilité de payer mais que nous sommes dans un processus d'adaptation à une crise qui touche tout le monde" a-t-il ajouté face aux multiples relances.

L'actionnaire chinois "soutient l'entreprise"

Une crise financière sérieusement aggravée par la Covid-19, mais dont les signes étaient déjà là avant, avec un endettement présent depuis plusieurs années. Des pertes les années précédentes, une chute globale de son activité audiovisuelle, mais aussi des revenus tirés des droits bien plus faibles qu'espérés. Les négociations avec les opérateurs pour diffuser Téléfoot ont tourné au fiasco selon Capital, Mediapro faisant évoluer ses demandes de 200 millions d'euros à quelques millions. 

Reste l'actionnaire chinois, Orient Hontai Capital. Si la société a les fonds nécessaires pour régler la situation, rien ne dit qu'elle les utilisera. La Ligue a obtenu une caution solidaire, qui engage la responsabilité d'OHC à payer les dettes de Mediapro. Mais elle risque d'être difficile à faire appliquer, avec une justice chinoise souvent récalcitrante. "Notre actionnaire chinois, comme tous les autres actionnaires, soutient l'entreprise" a seulement répondu Roures.