Les Guingampais fêtent leur but
Les Guingampais à la fête | FRED TANNEAU - AFP

Comment les promus ont pris le pouvoir

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En fin de saison dernière, Monaco, Nantes et Guingamp trustaient les trois premières places de la Ligue 2. Alors que près d'un tiers du chemin a été parcouru en L1, les trois promus réalisent un début de saison époustouflant et figurent dans le TOP 5 du championnat. Quelles sont les recettes de leur succès ? L'état de grâce peut-il durer ?

AS MONACO (2e) 

Les recettes du succès : En début de saison, Monaco impressionnait. Comment le jeu d'une formation dont le visage avait été allègrement modifié, pouvait-il être aussi huilé ? En phase offensive, les Rouge et Blanc vont vite. Très vite. Mis à part Paris (1-1), l'équipe entraînée par Claudio Ranieri a terrassé les présumés prétendants au podium de L1 (Marseille, Lyon), et reste aujourd'hui sur une série historique de 11 matches sans défaite depuis le début de la saison. La réussite du club du Rocher n'est évidemment pas étrangère au recrutement cinq étoiles opéré cet été : Moutinho brille par son intelligence de jeu et sa qualité de passe, James Rodriguez par sa percussion et sa vitesse, et Falcao, par une efficacité impitoyable. Derrière, la charnière centrale Abidal-Carvalho, pourtant plus proche de la fin que du début, fait le boulot, et elle le fait bien : seulement 8 buts encaissés en 11 matches. 

L'homme du début de saison : Radamel Falcao

Il n'y a que les très grands (ou très chers) joueurs pour être décriés alors qu'ils enfilent les buts comme les perles. Falcao, 8 buts en 11 matches, pointe à la première place du classement des buteurs, juste devant le Parisien Edison Cavani (7 buts). Pourtant, avant la rencontre de dimanche contre Lyon, le Colombien, qui n'avait pas marqué depuis trois matches, était pointé du doigt pour son manque d'implication dans le jeu monégasque. Face à l'OL, El Tigre a répondu sur le terrain en inscrivant un vrai but d'avant centre (petit piqué tout en subtilité), qui venait récompenser des appels toujours opportuns. Plus globalement, contre les partenaires de Bafé Gomis, le Colombien, qui a souvent gêné la défense des Gones par sa science du placement et ses appels déroutants, a été très performant dans le jeu. 

L'état de grâce va t-il durer ? 

Monaco est incontestablement l'équipe la plus à même de concurrencer Paris sur la durée. Une puissance financière illimitée, un mécène russe qui regarde la ligue des champions droit dans les yeux, un système fiscal avantageux, et la conséquence de tout cela, des joueurs dotés d'un talent exceptionnel. Mais sur le Rocher, tout n'est pas parfait : les partenaires de Moutinho peuvent encore progresser dans le jeu. Contre Lyon, ce dimanche (2-1), et contre Sochaux la semaine dernière (2-2), les Monégasques ont exposé des limites profondes dans la maîtrise du match, et de son tempo. Lorsqu'elle domine au tableau d'affichage, la formation princière éprouve encore les pires difficultés à posséder, à faire tourner tranquillement le ballon, autrement dit : à gérer. S'il veut jouer les trouble-fêtes encore un moment, le club présidé par le magnat russe Rybolovlev doit impérativement progresser sur sa capacité à contrôler un match. 

FC NANTES (4e)

Les recettes du succès : Un public réconcilié, un coach bouillant et gagneur, un jeu retrouvé... Serait-on en train d'assister à une renaissance du côté du FC Nantes ? Pris en grippe dès son arrivée à la tête des Canaris, le président Kita a redonné une cohérence au projet nantais en rappelant Der Zakarian la saison dernière, tandis que Loic Amisse, l'ancien entraîneur des Nantais, reprenait en main la formation. Un choix payant puisqu'à près d'un tiers du championnat, les partenaires d'Aurelien Trebel pointent à la 4e place du classement. Si on est encore loin du "jeu à la nantaise", les Canaris, emmenés par un Veretout inspiré, signent la plupart de leurs victoires avec la manière. Derrière, Cissokho et Vizcarrondo apportent satisfaction, au milieu, Lucas Deaux et l'Américain Alejandro Bedoya font des merveilles, tandis qu'en attaque, Filip Djordjevic se la joue "tueur" (6 buts).

L'homme du début de saison : Filip Djordjevic 

D'aucuns le décrivaient comme un attaquant moyen. Le début de saison tonitruant de l'attaquant serbe Filip Djordjevic apprendra à ses détracteurs à tourner six fois leur langue dans leur bouche avant de parler. Six fois, pour six buts : l'artilleur canari pointe à la troisième place du classement des buteurs en Ligue 1 (ex aequo avec Kévin Berigaud), juste derrière Radamel Falcao (8 réalisations), et Edison Cavani (7). C'est à la Beaujoire que l'avant-centre Nantais a "planté" la majorité de ses "pions" (5 sur 6). 

L'état de grâce va t-il durer ? 

Peut-être. Après 11 journées, Nantes a quelques certitudes. Si les Canaris ne possèdent pas le plus bel effectif de la Ligue 1, ils peuvent compter sur une défense solide (9 buts encaissés), et une attaque relativement prolifique (15 buts marqués). Mais si Bedoya, Lucas Deaux ou Veretout se blessaient ? Et si Djordjevic était amené à perdre confiance ? Dans le football, la roue peut vite tourner. On ne le souhaite pas pour le FC Nantes, qui a bien mérité un peu de répit après ces années agitées. 

EN AVANT GUINGAMP (5e)

Les recettes du succès : On l'appelle le "Guingamp time". Comme la semaine passée à Evian, les hommes de Jocelyn Gourvennec, face à Ajaccio, ont su renverser le cours du match alors qu'ils étaient encore menés en toute fin de match, pour finalement s'imposer (2-1). Pourtant, la rencontre était bien mal embarquée après la première mi-temps. Menés pendant 86 minutes, les Bretons, d'abord par Beauvue sur un magnifique ciseau acrobatique, puis par Diallo (91e), ont pris la mesure d'Insulaires désillusionnés. Séduisants dans le jeu, emmenés par un Langil supersonique sur l'aile gauche, un Lionel Mathis expérimenté à la passe et un Mustapha Yatabaré, les Guingampais séduisent les observateurs. Ils sont ceux qui adressent le plus de centres décisifs en Ligue 1 (43% des centres amènent un but), et ont marqué lors de leur treize derniers matches en Ligue 1, meilleure série en cours avec le PSG. Jocelyn Gourvennec, qui déplorait le départ de Gianelli Imbula pour l'OM en juillet dernier, a réussi son pari. 

L'homme du début de saison : Mustapha Yatabaré 

Avec 5 buts et une passe décisive en seulement 8 matches, Yatabaré est incontestablement l'artilleur en chef de la formation bretonne. Au début du mois d'octobre, il avouait évoluer dans une forme olympique :"«J’ai retrouvé ma confiance de toujours, a même déclaré l’attaquant breton, à l'occasion d'un Chat Orange organisé sur l’Equipe. Aujourd’hui j’ai de la chance, je savoure ces moments-là, car ce n’est pas tous les jours qu’on peut rivaliser avec les Ibrahimovic, Cavani et Falcao". Lucide, le garçon. Blessé contre Evian la semaine passée (victoire 2-1), Yatabaré est venu prêter main forte à ses coéquipiers opposés à Ajaccio, et les a aidé à s'imposer. Une "Yatabaré dépendance" ? 

L'état de grâce va t-il durer ?

Guingamp n'aura pas toujours autant de chance. Contre Evian et Ajaccio, les Bretons ont triomphé dans les tous derniers instants de la rencontre. Les joueurs de Jocelyn Gourvennec, si l'on ne peut pas tout attribuer à la fortune, se sont imposés face à des adversaires mentalement friables. Mais toutes les formations de l'élite ne sont pas Evian ou Ajaccio. Alors si les Rouge et Noir veulent éviter de se faire peur, autant passer la première dès la première minute du match, histoire de ne pas avoir de regrets en fin de saison. Dans le cas contraire, l'état de grâce aura du mal à durer. 

Jean Charbon