Ça s'est passé le 11 mai 2012 : 33 ans après, le Stade de Reims promu en Ligue 1

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Stade de Reims 2012
Les joueurs rémois fêtent la montée le 11 mai 2012 à Amiens. | AFP

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Printemps 2012, l’Espagne n’a pas encore soulevé son deuxième Euro consécutif, et Usain Bolt se prépare à asseoir sa légende aux JO de Londres. Avant cela, l’Histoire du sport donne rendez-vous à une autre légende, oubliée pendant plus de trente ans : le Stade de Reims. Le 11 mai 2012, le club aux six titres de champion de France remonte en Ligue 1, trente-trois ans après l’avoir quittée. Une éternité.

“On avait déployé les grands moyens pour ce match. D’habitude, je commente tout seul, là on était deux. Et on avait aussi un collègue au milieu de nos supporters”, se souvient Alexandre Audabram, journaliste pour France Bleu Champagne. La rencontre en question, c’est celle de la 36e journée de Ligue 2 2011-2012 entre Amiens et Reims. “Je ne me rappelle pas du tout du match. On était là pour faire la fête, on avait déjà célébré la montée au match précédent à domicile en envahissant le terrain contre Monaco”, rappelle Florian, président des Ultras Rémois. Pourtant, mathématiquement, le Stade de Reims n’est pas encore promu à son arrivée à Amiens : “Mais ça sentait quand même très bon”, reconnaît le pourtant superstitieux président rémois Jean-Pierre Caillot. Et pour cause : à deux journées de la fin, Reims compte six points d'avance et une différence de buts favorable sur Clermont, 4e.

Champagne pour l'invité surprise 

En ce vendredi 11 mai, plus de deux milles supporters rémois ont fait le court déplacement entre la cité des Sacres et Amiens. Dans les tribunes, leur enthousiasme tranche avec les supporters amiénois, dont l’équipe file tout droit vers la relégation. “On devait assurer la montée mathématiquement. Mais en arrivant à Amiens, même si on se sentait serein, rien n’était fait", raconte Jean-Pierre Caillot. "Très vite, le match commence, et on se détend”. Effectivement, Cédric Fauré ouvre le score à la 37e minute de jeu. Reims respire. Juste derrière le but en question, les supporters Rouge & Blanc exultent.

Meilleur buteur du club cette saison, Fauré se souvient : “Il ne nous manquait qu’un point. Les supporters avaient déjà fêté la montée au match précédent contre Monaco : on n’avait pas le droit à l’erreur. On est arrivé à pour finir le travail, et on l’a fait”. Sans trembler, le Stade de Reims s’impose en Picardie 2 à 0, après un lob tout en subtilité de Kamel Ghilas, le compère d’attaque de Fauré. Cette fois, les Champenois ont officiellement validé leur ticket pour la L1. “Une montée, ce n’est pas comme un match de coupe, on a le temps de s’y préparer. L’émotion est moins subite, elle monte progressivement. Depuis le derby contre Troyes et le retourné décisif de Fauré dans le temps additionnel, on sentait que c’était notre année”, confie Jean-Pierre Caillot.

Jean-Pierre Caillot dans les bras de son buteur Cédric Fauré après la victoire décisive à Amiens.
Jean-Pierre Caillot dans les bras de son buteur Cédric Fauré après la victoire décisive à Amiens. © AFP

Sur le podium depuis la première journée, le Stade de Reims réussit un millésime de haute volée en 2011-2012. “Tout a commencé par nos quatre victoires consécutives au début de championnat, dont trois contre les relégués de Ligue 1 à Lens, à Monaco et contre Arles-Avignon”, relate Jean-Pierre Caillot. Alexandre Audabram rappelle, lui, un détail : “Lors du premier match à Bollaert, Lens se voit refuser un but d’entrée. On se demande toujours pourquoi d’ailleurs… (rires). Toujours est-il que si ce but est validé, et que Reims est mené après trois minutes face au grand RC Lens de l’époque, l’histoire de la saison peut changer”.

Reims sacre ses nouveaux rois

Mais l’histoire est écrite, et connaît son apogée à Amiens ce 11 mai 2012. “Au coup de sifflet final, on a longuement fêté ça avec les joueurs. C’était fort, très fort émotionnellement”, se souvient Florian. “Imaginez : cela faisait 33 ans qu’un club comme Reims, 6 fois champion, n’était plus en Ligue 1. C’était historique”, affirme Cédric Fauré. La joie est d’autant plus grande que le club était plutôt destiné à jouer le maintien cette saison-là. Le buteur rémois poursuit : “On voyait les journaux dire cela de nous, ça nous a vexés et on leur a bien donné tort”. Conscient de l’exploit, Fauré ne s’attendait toutefois pas du tout à l’accueil triomphal qui va suivre dans la cité des sacres. 

Une semaine plus tard, la fête dans les rues de Reims est à la hauteur de l’évènement. “On était des milliers autour du défilé du bus. Je n’avais jamais vu ma ville comme cela. Tout le monde était en fête. Il fallait être là, tout simplement”, décrit Florian. Deuxièmes de Ligue 2, les Rémois fêtent cette montée comme un titre : “On aurait gagné la Ligue des champions, c’était pareil. Pour un président, il n’y a pas de plus belle récompense que de voir la ville dans la rue pour le club. Ça, et les nombreuses lettres d’anciens supporters qui ne pensaient pas revoir Reims en L1 avant leur mort”, s’émeut Jean-Pierre Caillot. Sur scène pour animer les festivités, Alexandre Audabram “a beaucoup travaillé en amont, mais aussi bien profité de ce jour unique. Pour revoir cela, il faudrait un trophée”, assure le journaliste.

Le bus impérial traverse la cité des sacres, tant bien que mal.
Le bus impérial traverse la cité des sacres, tant bien que mal. © AFP

La preuve, lors de sa nouvelle montée en 2018, Reims, pourtant champion record de Ligue 2 cette saison-là, n’a pas connu pareille fête. “On a célébré cela au stade en 2018. Malgré le titre, ce n’était pas comparable avec 2012 parce que là, plusieurs générations qui n’avaient pas connu la Ligue 1 allaient enfin la découvrir”, précise le président Caillot. “Le club peut faire ce qu’il veut, aller en coupe d’Europe etc, on restera comme l’équipe qui a ramené Reims en L1”, résume Cédric Fauré. Finalement, Florian, le président des Ultras Rémois, conclut : “En 2018, c’était différent parce qu’on jouait ouvertement la montée. On était un club de L1 en L2. Alors qu’en 2012, c’était la surprise totale. On n'avait même pas de centre d’entraînement. Et surtout, on attendait cela depuis 33 ans”.