Christophe Dugarry et Jean-Louis Triaud
Christophe Dugarry et Jean-Louis Triaud | AFP

Bisbilles entre Dugarry et Triaud

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Alors que les Girondins de Bordeaux effectuent un début de saison calamiteux, Christophe Dugarry, ancien pensionnaire du club et désormais consultant pour Canal+, a fustigé les choix des dirigeants bordelais, samedi, sur le site du quotidien Sud Ouest. Des propos qui ont passablement énervé le président du club Jean-Louis Triaud. Depuis, le torchon brûle entre les deux hommes.

Besoin de compétences

Avec seulement deux victoires en treize matches, Bordeaux, sextuple champion de France, est au plus mal. Et histoire de ne pas arranger un climat déjà délétère, son président Jean-Louis Triaud et Christophe Dugarry s'affrontent depuis quelques jours par médias interposés. La mèche a été allumée par l'ancien champion du monde, désormais reconverti en consultant pour la chaîne cryptée. Samedi dernier, sur le site du quotidien Sud Ouest, Dugarry n'a pas mâché ses mots et a critiqué ouvertement les choix des dirigeants des Girondins. "Quelle est la stratégie du club ? s'est-il interrogé. Pourquoi on nous dit qu'on n'a pas d'argent pour recruter et, quatre mois après, on nous promet d'injecter 10 millions au mercato d'hiver ? Et, ce qui est pour moi une énigme absolue : pourquoi Bordeaux n'a-t-il pas de directeur sportif ? […] Il faut un mec qui a des contacts, des réseaux, qui parle plusieurs langues, c'est ce qui manque à l'heure actuelle". Et d'ajouter : "Quand on perd des joueurs confirmés, il est délicat de prétendre jouer les premières places. Je ne m'attendais certainement pas à voir Bordeaux rivaliser avec Marseille, Lille, Lyon ou le PSG."

Pour l'ancien joueur de la formation bordelaise, "les manques sont partout ! Le moins mal, si vous me pardonnez l'expression, c'est le milieu de terrain. En défense, on a la particularité d'avoir des joueurs qui ne gagnent pas un duel. Il y a un doute incroyable dans la tête de nos défenseurs. Et devant, Modeste, Diabaté ou Gouffran marquent de temps en temps, mais on n'a pas d'avant-centre confirmé et fiable." Christophe Dugarry pointe du doigt un réel manque de talent. "Je les entends les discours des dirigeants qui disent qu'il faut mouiller le maillot, qu'il faut courir davantage, explique Dugarry. Pour moi, ça ne veut rien dire. Une équipe qui a le talent, elle n'a pas besoin de courir. Sans talent, on ne peut pas espérer mieux que la 8e place". Aujourd'hui, la 8e place est encore loin puisque Bordeaux, un temps relégable, pointe difficilement en 14e position de la Ligue 1. "Ce qui m'inquiète, c'est que même lorsque les Girondins jouent bien, comme contre Lille (1-1) ou Montpellier (2-2), ils ne gagnent pas", confie Dugarry. Avant de conclure : "Maintenant, on a besoin de compétences".

Dugarry: "Je ne suis pas un sniper"

Cette sortie de l'ancien membre de l'équipe de France 98 a eu le don d'agacer Jean-Louis Triaud, qui n'a pas mis bien longtemps à répliquer. "Christophe Dugarry est un charmant garçon, un super-mec que j'aime beaucoup. Donc, s'il a envie de connaître le fonctionnement du club, je suis à disposition pour lui expliquer comment on fonctionne", a lâché le président bordelais le lendemain à l'issue du nul obtenu par les siens face au PSG (1-1). Un brin amer, il a estimé que Dugarry avait dépassé les limites et a regretté sa posture de donneur de leçon. La réaction de Dugarry ne s'est pas faite attendre car, ce lundi, dans les colonnes de L'Equipe, il contre-attaque. "Mettre les consultants sur le banc des accusés, c'est trop facile, a-t-il déploré. Moi qui ai fait 16 ans de carrière, qui ai 55 sélections, moi qui ai participé à deux Coupes du monde, deux championnats d'Europe et deux finales de coupe d'Europe, je ne suis pas légitime ? Si même avec tout ça on ne peut pas dire ce qu'on pense (...), qui peut le faire ? J'ai des arguments, j'ai des infos, je ne balance pas des trucs à l'aveuglette. Je ne suis pas un sniper et ce que je dis n'engage que moi".

Face aux reproches qui lui sont fait - de trop parler et de ne pas assez s'impliquer - Dugarry assume ses propos. "Je n'ai pas peur de prendre mes responsabilités, sauf que je veux les prendre dans un rôle qui m'intéresse, (...) pas comme entraîneur ou directeur sportif. Si je revenais dans le football, ce serait plutôt dans un rôle de chef. Mais attention je ne suis pas un putschiste. Si le poste était vacant, si Jean-Louis Triaud décidait de prendre du recul, s'il avait envie de s'occuper de ses petits enfants, alors je prendrais mes responsabilités". "S'il a envie d'être candidat, il n'a qu'à être candidat", a conclu Triaud  qui, dans l'émission Canal Football Club, s'était dit prêt à "laisser la place".

Isabelle Trancoën