Bernard Joannin : "J'ai senti que le football était glacial, sans une once de solidarité"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Michel Goldstein
Bernard Joannin (Amiens)
Le président d'Amiens Bernard Joannin continue son combat contre la LFP | Amiens SC

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Après la décision de la FFF de reléguer Amiens et Toulouse en Ligue 2, Bernard Joannin le président du SC Amiens a fait part de son incompréhension et de sa déception vis-à-vis du monde du football qu'il a trouvé "glacial", dénué de toute humanité. S'il semble destiné à voir son club évoluer à l'échelon inférieure l'année prochaine, il ne se résigne pas pour autant et entend bien tenter un dernier recours auprès du conseil d'État.

Ce matin s’est déroulée l’assemblée générale de la FFF, comment avez-vous réagi aux déclarations du président Noël Le Graet ?
Bernard Joannin
: "Je ne dirai pas que j’ai été surpris ni même étonné mais je savais qu’ils avaient pris la décision de faire descendre Amiens… Il y a eu deux injustices : la première résulte de la décision du conseil d’administration de la Ligue le 30 avril dernier où la décision avait été prise de faire descendre Amiens et Toulouse, alors qu’il restait 8 matches à jouer. Le juge d’état a fait une injonction à la Ligue, demandant de réexaminer le format du championnat de manière objective et impartiale et c’est là que je dis qu’il y a une seconde injustice… Parce que la ligue, en présentant des préconisations à base d’informations biaisées et erronées a empêché un vote clair de leur assemblée. Ils n’avaient pas réellement la volonté de constituer une Ligue 1 à 22. Donc nous nous retrouvons une nouvelle fois acculés, à agir devant un bureau de juridiction pour demander une nouvelle fois justice. Le conseil d’Etat, c’est notre dernier rempart."

Il y a beaucoup d’émotion dans votre voix, mais aussi beaucoup d’incompréhension. Etes-vous déçu par le manque de solidarité de ce monde du football ?
B. J.
 : "Oui et je l’ai répété plusieurs fois. La pandémie a été terrible. La France a perdu 30 000 des siens. Mais quelque chose m’a impressionné : c’est la solidarité des Français entre eux. Cet humanisme qui se dégageait des Français. Et comme je l’ai dit ce matin à l’assemblée générale de la Fédération, j’ai senti qu’à l’inverse, le football était glacial. Il n’y avait pas une once de solidarité que ce soit pour les clubs amateurs ou pour les clubs professionnels. Et c’est quelque chose qui m’a profondément déçu. Comme je le redit je suis quelqu’un qui essaye toujours de rassembler, quelqu’un qui n’est pas clivant, quelqu’un qui écoute toujours et qui essaye de trouver des chemins communs. Là, aucun effort n’a été fait par la Ligue pour trouver une solution à cette détresse qu’a subi le monde du football. Dans ce monde professionnel, où une descente est synonyme de licenciement pour des dizaines de familles, ils n’ont même pas chercher à trouver une solution. C’est égoïste et ce n’est surtout pas solidaire et dans ces moments que vit la France, la solidarité et l’humanisme sont les plus belles choses au monde."

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"Il y a de la place pour Amiens en Ligue 1. Il y a même la place pour un football « puant »."

Est ce que ça vous donne envie de continuer dans le football ?
J. B.
: "Comme je l’ai dit ce matin, je ne suis pas venu dans le monde du football par intérêt, ni par volonté de créer un club de football comme certains  pour avoir des profits financiers. Pendant 6 ans, quand notre club était en national, nous étions amateurs. Et tous les dirigeants y compris moi nous étions bénévoles. Et ça c’était très rare en Ligue 1. Pourquoi nous sommes dans ce club ? Parce que c’est notre territoire, notre région, parce que c’est notre ville. Et parce que nous avons créé nos affaires grâce à la cité. Et je trouve normal que nous ayons eu cet effort citoyen, ce retour que nous faisons à notre métropole en nous occupant d’un club qui est devenu l’étendard de notre région. C’était notre volonté et c’est toujours notre volonté ! Donc, je ne vais pas lâcher ma région, je ne vais pas lâcher ma métropole. Et nous allons continuer le combat puisque nous allons très rapidement poser un nouveau recours au conseil d’Etat et nous suivrons la décision du conseil d’Etat. Si cette décision c’est de nous faire rejouer en Ligue 1, nous rejouerons en Ligue 1. Si la décision du conseil d’Etat est de nous faire jouer en Ligue 2, nous jouerons en Ligue 2. Mais nous ne lâcherons pas. C’est le sport qui nous intéresse."

Mais est-ce que vous pensez qu’il y a la place pour une présidence comme la vôtre dans ce monde de requins ?
J. B.
: "Il y a de la place pour Amiens puisqu’on l’a prouvé en restant 3 ans en Ligue 1. Il y a même la place pour un football « puant ». Il y a la place pour le sport. Arrêtons de toujours parler d’argent. Parlons de sport, parce que c’est l’essence même de notre engagement."

Mais vous n’avez pas un peu l’impression d’être le seul ?
J. B.
: "Quand tu mènes des causes justes, tu n’es jamais seul. Et je ne suis pas seul car j’ai reçu beaucoup de messages de présidents de Ligues, de présidents de districts après cette assemblée. Ils m’ont encouragé parce qu’ils trouvaient que mon combat était juste. Donc comme d’habitude je parle avec mon coeur, je suis un passionné. Alors j’espère que le conseil d’Etat va revoir une nouvelle fois ce dossier et j’espère qu’il lui donnera une issue favorable."

Michel Goldstein