57 ans après, le retour du Stade de Reims en coupe d'Europe ne doit rien au hasard

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Reims

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L’Histoire du football français est faite de grandes équipes : le PSG actuel, l’OL des années 2000, l’OM de Tapie ou encore l’AS Saint-Etienne des années 1970. Mais le premier géant français, cela a été le Stade de Reims des années 1950. A l’époque, les Champenois règnent sur l’Hexagone, et brillent en coupe d’Europe. Cinquante-sept ans plus tard, Reims va retrouver la scène européenne en septembre 2020. Un retour historique, pas si surprenant que cela.

Depuis plusieurs saisons, le Stade de Reims s’était fait une spécialité de faire tomber les gros. A chaque performance à domicile, les tribunes reprenaient le même refrain : “Olélélé, Olalala, la Ligue Europa, c’est pour les Rémois”. D’abord volontairement ironique, ce chant insouciant prend aujourd’hui tout son sens. Grâce à la victoire du PSG en finale de coupe de la Ligue, le Stade de Reims, sixième du dernier championnat de France, est qualifié en barrage d’Europa League. Pour la première fois depuis 57 ans, les Champenois vont arpenter le continent, comme lors de leur plus belles heures.

Deux finales de C1

Si c’est le résultat d’une fin de saison tronquée, arrêtée par une crise sanitaire, la qualification du Stade de Reims pour l’Europa League a de quoi réjouir tout amoureux et/ou nostalgique du football français. En effet, la coupe d’Europe fait partie de l’histoire de Reims, et inversement. Et ce, même si le clubs champenois n’a disputé que quatre campagnes de Coupe des Clubs champions (devenue Ligue des champions en 1992). Et pour cause, Reims a disputé la première finale de C1 de l’Histoire, en 1956.

Premier géant du football français, le Stade de Reims affronte le Real Madrid pour la première finale de ce qui deviendra la Ligue des champions. Après avoir mené 2-0 puis 3-2, la bande à Kopa et son football champagne s’inclinent 4 à 3. Trois ans plus tard, les Champenois reviennent en finale, toujours face au Real Madrid, devenu triple tenant du titre. Cette fois, Kopa est dans le camp d’en face, et Reims s’incline de nouveau. Les Rouge et Blanc reviennent deux fois en C1 les années suivantes, mais sont éliminés en huitième de finale par Burnley en 1961, et en quarts par Feyenoord en 1963. 

Entre temps, le Stade de Reims avait brillé dans d’autres compétitions continentales, aujourd’hui disparues. Ainsi, les Champenois avaient remporté une Coupe Latine (qui réunissait les champions d’Espagne, d’Italie, de France et du Portugal) en trois participations. C’était en 1953, face au Milan AC. Mais en dehors de ces épopées lointaines, et sans parler de l’anecdotique Coupe des Alpes de 1977, Reims attendait de retrouver l’Europe depuis 57 ans. En 2015, la courte épopée des U19 champenois en Youth League avait redonné le goût de l’Europe aux supporters; le temps d’une courte double confrontation contre Middlesbrough (5-3; 0-3). Au match aller, 3 500 spectateurs avaient garni les tribunes de Delaune pour encourager les jeunes pousses de David Guion.

L’aboutissement d’une renaissance de dix ans

Cinq ans plus tard, c’est ce même David Guion qui ramène la vraie coupe d’Europe à Delaune. Sur le banc de l’équipe première depuis juin 2017, le discret entraîneur symbolise la cohérence du projet rémois. Car si en dix ans, Reims est passé d’un retour en Ligue 2 à une qualification européenne, ce n’est en rien le fruit du hasard. Et David Guion l’incarne plus que quiconque, lui l’ancien directeur du centre de formation et entraîneur des U19, qui a permis au club d’enfin s’appuyer sur sa formation via Aïssa Mandi, Jordan Siebatcheu ou Rémi Oudin.

Au delà de sa formation qui lui a permis de performer sportivement et de bien vendre, Reims s’appuie aussi sur une cellule de recrutement très efficace, habituée à dénicher des talents dans des championnats secondaires comme Rajkovic, Konan, Doumbia, Zeneli pour ne citer que des joueurs actuels. Tout cela a ensuite été orchestré par David Guion. Nommé en juin 2017, après avoir hissé les jeunes en finale de coupe Gamberdella (2014) et au titre de champion de France U19 (2015), il a fait remonter le club en Ligue 1 après une saison record, puis a décroché une huitième place en 2018-2019.

Habitué à s’offrir les grosses écuries de Ligue 1 (victoires contre Paris, Marseille, Rennes ou Lille cette saison), Reims a fini par s’installer dans le peloton de tête. Profitant d’un championnat plus serré que jamais, les Rémois décrochent une qualification en Ligue Europa inespérée, cinquante-sept ans après. Inespérée, mais pas imméritée, vue les efforts du club ces dernières années. En 2015, dans son centre de vie flambant neuf, le Stade de Reims présentait son projet “Horizon 2020” avec pour objectif de s’installer dans le top 10 de Ligue 1. Cinq ans plus tard, le millésime 2020 est embouteillé. Ne reste plus qu’à redonner vie au football champagne. En attendant, vous reprendrez bien une coupe, d’Europe.