5 000 supporters dans les stades : quel impact économique pour les clubs français ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
supporters stade vide
Des supporters parisiens lors de la finale de Coupe de France au Stade de France. | AFP

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Mardi, le gouvernement a confirmé le maintien de la jauge des 5 000 spectateurs maximum par stade jusqu’à fin août, avec des dérogations possibles dès le 15 août, sur décision des préfets. Mais alors qu’une deuxième vague est redoutée dans l’Hexagone, cette mesure pourrait durer. Dans un tel cas de figure, faut-il en craindre des conséquences économiques pour les clubs de football français ? Éléments de réponse.

Avec presque 23 000 supporters de moyenne dans ses stades, la Ligue 1 a bouclé un exercice 2019-2020 en progression dans ce domaine, tout en restant loin de ses voisins européens (44 511 en Allemagne, 38 310 en Angleterre, ndlr). Il n’empêche : le maintien de la jauge à 5 000 supporters par stade jusqu’à fin août minimum aura des conséquences sur la Ligue 1, pendant que le Puy du Fou accueille jusqu’à 12 000 personnes dans une même tribune. D’un point de vue sportif, les équipes recevant devant des travées vides pourront se sentir lésées en cas de match retour dans un stade plein. Mais au-delà des soucis d’équité et d’ambiance, sans parler de la problématique de quels supporters choisir parmi les milliers d’abonnés, cette mesure pourrait avoir des conséquences économiques.

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8% des revenus

Pour le football français, en moyenne sur 100 euros gagnés par un club, il n’y en a que 8 qui viennent de la billetterie. Dès lors, reprendre à huis clos ne serait pas un problème économique pour le football français”, tranche d’entrée Mickaël Terrien, économiste du sport. Il poursuit : “Ce qui est important pour les clubs français, c’est le trading et les droits TV. Il faut que les gens consomment du football. Autrement dit, le vrai enjeu de cette reprise c’est que Mediapro soit rentable”. A titre de comparaison,  pour le rugby, sur 100 euros, ce sont 16 qui sont issus de la billetterie, et 17 en Jeep Elite, le championnat de France de basket. “Là on passe d’une part marginale à un montant quasiment moteur. C’est extrêmement important”, compare l’économiste.

A la limite, le huis clos pourrait même faire faire des économies aux clubs de L1, parce qu'avec 5000 spectateurs, ils ne rentrent pas dans leur frais de location de stade, ni dans leur frais de sécurité”, avance Mickaël Terrien, qui serait plus inquiet de voir les championnats majeurs voisins jouer à huis clos. Il explique : “Si les clubs anglais et allemands jouent à huis clos, là il y aura des grosses conséquences pour eux et donc pour les clubs de l’Hexagone. Parce que ce sont eux qui achètent les joueurs formés ou post-formés en France, et ce trading c’est ce sur quoi se base l’économie du football français”. 

La taille compte, mais pas que

Une même situation pourrait donc avoir des répercussions économiques bien plus importantes en Allemagne, Angleterre ou même en Espagne qu’en France. En cause : la taille des stades, plus grands outre-Manche et outre-Rhin : "C’est une explication mathématique, même si elle vaut un peu moins depuis 2016 avec les nouvelles enceintes françaises. Il y a aussi le prix moyen du billet, en France il est peu cher, mais c’est normal puisque les stades sont vides. En Angleterre, ils sont beaucoup plus élevés et les stades sont pleins”, illustre l’économiste du sport. En Allemagne, un autre élément, d’ordre culturel, explique aussi ces différences : “En Bundesliga, on passe beaucoup plus par la boutique, par la buvette : le panier moyen du supporter allemand est bien plus élevé, c’est culturel et aussi parce que les droits tv ont longtemps été peu développés, donc les clubs allemands devaient aller chercher d'autres revenus, pousser le supporter à consommer au stade. C’est culturel, en Allemagne le sport se vit en famille : ils vont au stade plus nombreux et plus longtemps”.

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Le plus important pour les clubs de foot français, c’est donc que les autres championnats se portent bien pour que les comptes soient à l’équilibre avec les ventes de jeunes joueurs. Mais il va bien falloir composer avec cette jauge de 5 000, boycottée par les supporters les plus fervents. “Au niveau du sport spectacle, comme en NBA ou dans le football européen, 80 % des revenus de billetterie viennent de 20% des spectateurs, c’est-à-dire des sièges à prestation comme les loges. Si on prend l’affluence moyenne en France, avec 5 000 supporters, on peut déjà être à ces 20% sur le papier, si les clubs privilégient tous les sièges à prestations. Mais est-ce que politiquement les clubs vont pouvoir privilégier les sièges à prestation ? Evidemment que non”, prévient Mickaël Terrien. Pris entre deux eaux, les clubs tentent déjà de mener leurs campagnes d’abonnements sans vraiment savoir à combien de matches les abonnés pourront assister.