"19 clubs de Ligue 1 ont admis la décision, il est temps d'envisager l'avenir"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Holveck Caiazzo Féry
Nicolas Holveck, Bernard Caïazzo et Loïc Féry ont fait le point sur la situation. | AFP

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Au cours d’une visioconférence de presse organisée dimanche, trois dirigeants de clubs français ont fait l’état des lieux de la Ligue 1, une semaine après l’annonce de l’arrêt de la saison 2019/20. Pour Bernard Caïazzo, Loïc Féry et Nicolas Holveck, la messe est dite. Rien ne sert de regarder en arrière. Au contraire, l’heure est à envisager un autre avenir pour le football.

La décision a été prise, cela ne sert à rien de regarder en arrière”. Au cours d’une visioconférence de presse tenue ce dimanche, Bernard Caïazzo a fait le point sur la situation du football français une semaine après l’arrêt définitif de la saison 2019/20. Le président du syndicat Première Ligue, accompagné des présidents de Lorient, Loïc Féry, et de Rennes, Nicolas Holveck, a tenu à insister sur le rôle d’une majorité silencieuse, unanime dans un contexte où les atermoiements de certains clubs s’estimant lésés font grand bruit.

L'appel d'une "majorité silencieuse"

Quelques heures avant cette prise de parole, l’Olympique lyonnais publiait un énième communiqué pour demander à la LFP de “faire marche arrière”. Plus tôt dans la journée, c’est Antoine Kombouaré qui appelait à la grève dans les colonnes de L’Equipe, pointant une “profonde injustice” envers Toulouse et Amiens, qui ont appris leur relégation en deuxième division. Le technicien, limogé par Dijon et le TFC au cours de la saison, soutient l’idée d’une Ligue 1 à 22, grâce au repêchage des deux relégués.

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On peut comprendre et se mettre à leur place. Il y a certainement des injustices. Mais c’est une année de deuil. Le champion n’a pas fanfaronné et, globalement, tous les clubs ont mal à leur football”, répond Bernard Caïazzo. Le président du conseil de surveillance de l’AS Saint-Etienne insiste : “la messe est dite”. La tournure des évènements a été digérée par les deux autres présidents, même si tout le monde s’était préparé à un scénario de reprise avant les déclarations d’Edouard Philippe le 28 avril.

 "Dans la vie il y a des gens qui se veulent utiles et des gens qui se veulent importants. Les gens utiles sont plus importants que ceux qui se veulent importants" Bernard Caïazzo

Le président et le Premier ministre ont pris une décision, je ne vois pas comment nous pouvons la contester”, tranche Nicolas Holveck. Loïc Féry en rajoute une couche, insistant sur le fait que “l'arrêt du championnat a fait l'unanimité parmi les 25 votants, y compris Bernard Joannin (le président d’Amiens, qui a décidé d’intenter un recours pour suspendre la décision de la LFP, ndlr)”. Jean-Michel Aulas et ses sorties médiatiques sont dans le viseur. “19 clubs ont admis la décision. C'est légitime de défendre son club mais ce n'est plus un sujet. Ce n'est plus la peine d'en parler", constate Holveck, fraîchement arrivé à la tête du Stade Rennais.

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Les trois interlocuteurs veulent réaffirmer la position de la “majorité silencieuse” et insistent lourdement sur la bonne ambiance au sein des groupes de travail. Répartis en commissions, les présidents des clubs de Ligue 1 réfléchissent à l’avenir du football français. Nicolas Holveck s’est notamment attelé aux questions de dialogue social, quand Loïc Féry a planché sur le volet financier. "Il faut réfléchir à un meilleur alignement de toutes les parties prenantes. En l'état, c'est impensable que les clubs survivent à un retour de virus en cours de saison prochaine", met en garde ce dernier, récemment sacré champion de Ligue 2 avec Lorient.

"Le moment pour amener un peu de régulation"

"C'est souvent dans la difficulté qu'on arrive à mettre en place des petites évolutions pour éviter les excès”, ajoute-t-il. Tous s’accordent à dire qu’il est temps "d’amener un peu plus de régulation” dans un milieu happé par une incessante “course à l’armement”. Nostalgique, Bernard Caiazzo veut renouer avec le football qui le passionnait enfant en élaborant “un modèle vertueux”. Le représentant syndical ne “se reconnaît plus” dans le football d’aujourd’hui. 

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Si les présidents ont pris part à 1h30 d’échanges, ils se sont refusé à évoquer des mesures concrètes. L’idée d’un salary cap (plafonnement des salaires) a été évoquée par Bernard Caïazzo. Pas insensible, Loïc Féry rappelle que la problématique reste la même. “Il est difficile à imposer en France parce que cela pénalisera nos clubs sur la scène européenne”, explique-t-il, pointant le nécessaire accord des violons sur la scène internationale et donc une décision “d’en haut”. Autant dire que la Ligue 1 n’est pas prête de se le voir imposé.

Pour les trois interlocuteurs, il est encore “trop tôt” pour entrer dans les détails. Un point avec le gouvernement le 2 juin prochain devrait leur permettre de voir plus clair. En attendant, certaines questions restent en suspens. Quid des accords de baisse salariale ? Quid du retour des supporters dans les stades ? Pour la première interrogation, Nicolas Holveck affirme que d’autres clubs que le Stade Rennais ont trouvé un accord avec leurs joueurs. 

Le mercato repoussé en octobre ?

Les clubs continuent de composer avec la disparition des revenus de billetterie, la réduction des apports des sponsors et des droits télé, tout en continuant d’assumer des charges. Des prêts amortissables sur plusieurs années ont été accordés. “Une partie des droits tv des prochaines saisons va être prélevée pour combler le déficit de cette année”, note Loïc Féry. Alors qu’on tente de reboucher les trous, la Ligue 1 pourrait être le seul grand championnat européen à ne pas reprendre, et ainsi perdre beaucoup plus que ses voisins, comme l’Allemagne qui a déjà prévu de reprendre le 16 mai.

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On prie tous les jours pour que les championnats étrangers reprennent. Ce sont nos premiers acheteurs”, préfère voir Bernard Caïazzo. Le dirigeant des Verts pense au prochain mercato. Les clubs français tirent une grande partie de leurs revenus des ventes de joueur à l’étranger. La Ligue 1 a la cote, ses joueurs se vendent bien, mais elle va devoir “s’adapter” à ses voisins. D’après Caïazzo, le marché des transferts sera décalé jusqu’au mois d’octobre. Cette échéance n’est néanmoins pas la première à venir dans le calendrier chargé des clubs français. La prochaine avancée pourrait être un retour à l’entraînement, encadré. Nicolas Holveck a précisé qu’une demande de reprise des entraînements allait être envoyée la semaine prochaine, “de quoi toucher le ballon par petits groupes”. Vendredi, le cap des deux mois sans compétition a été franchi en Ligue 1.