Les annonces d'Édouard Philippe peuvent-elles ouvrir la voie à une reprise du football professionnel ?

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Auteur·e : Denis Menetrier
Ligue 1

Ce jeudi, le Premier ministre Édouard Philippe a dévoilé la deuxième étape du plan de déconfinement. Parmi les annonces du chef du gouvernement sur le sport, l'interdiction des "sports collectifs et de contact" au moins jusqu'au prochain point d'étape le 22 juin. Malgré tout, et alors que Jean-Michel Aulas milite aux côtés d'autres dirigeants pour une reprise de la saison 2019-2020 de football, Édouard Philippe a précisé que les sportifs de haut niveau pourraient être de retour à l'entraînement dès le 2 juin. Une porte qui s'entrouvre peut-être pour une reprise du football.

Nul doute que Jean-Michel Aulas, le président de l'Olympique Lyonnais, va sauter sur l'occasion pour faire avancer le débat public dans son sens. Depuis plusieurs semaines, le dirigeant lyonnais plaide corps et âme, dans les médias et auprès des plus hautes instances politiques françaises, pour revenir sur la décision entérinée par la Ligue de football professionnel (LFP) le 30 avril dernier de mettre un terme à la saison 2019-2020 de football. Bien que peu épaulé dans son combat, Jean-Michel Aulas peut espérer s'engouffrer dans une brèche entrouverte par le Premier ministre lors des annonces gouvernementales de ce jeudi concernant la deuxième étape du plan de déconfinement.

"Les sports collectifs et de contact resteront interdits", a pourtant annoncé Édouard Philippe dès le début de son allocution, avant de le préciser à nouveau à la fin de sa prise de parole. Alors que les piscines, les gymnases et les salles de sport pourront réouvrir le 2 juin ou le 22 juin en fonction de la zone dans laquelle ils se situent, les sports collectifs, et donc le football, ne seront pas en mesure de reprendre avant au moins la fin juin et le début de la troisième étape du plan de déconfinement. Mais en déclarant que "les sportifs de haut niveau pourront reprendre l'entraînement le 2 juin selon des conditions sanitaires strictes", le chef du gouvernement a peut-être laissé un infime espoir de voir la saison 2019-2020 de football reprendre ses droits, au grand dam de plusieurs dirigeants du football français, lassés des prises de position récurrentes président lyonnais, dont le club ne participera pas la saison prochaine à la Coupe d'Europe.

Reprendre la saison début juillet ?

Avant même le début de l'allocution d'Édouard Philippe, Jean-Michel Aulas publiait ce jeudi après-midi un message sur son compte Twitter à l'attention de Roxana Maracineanu : "Madame la ministre, permettez-nous de reprendre les entraînements dès le 2 juin puis de jouer à huis clos dès juillet, soit 15 jours après les Anglais et tous les autres". Avec les annonces du chef du gouvernement lors de cette deuxième étape du déconfinement, le calendrier proposé par le président de l'OL semble tenir la route. Alors que le championnat allemand a déjà fait son retour, et que ceux d'Espagne et d'Angleterre sont prévus respectivement les 12 et 17 juin, Jean-Michel Aulas poussera probablement en faveur d'une reprise de la Ligue 1 au vu des annonces réalisées ce jeudi. L'OL a d'ailleurs publié un communiqué jeudi soir, précisant que le club "espère que la Ligue qui a la main sur la décision reviendra dessus et ce dans l'intérêt de tous les clubs français". Le club rhodanien a également précisé qu'il reprendrait probablement l'entraînement le 2 juin.

Si l'ensemble des clubs français décident de reprendre les entraînements dès mardi prochain, comme l'autorise le gouvernement suite à ces mesures, il pourrait être envisageable de voir la saison 2019-2020 aller à son terme. Les joueurs auraient besoin de plusieurs semaines de réathlétisation avant de pouvoir retrouver les terrains à huis clos début juillet. Mais des difficultés concernant le calendrier émergeraient forcément : comment disputer les dix dernières journées, à partir de début juillet, sur quelques semaines alors que le début de la saison prochaine a été fixé au 23 août, sans risquer des blessures pour les joueurs ? Faudrait-il réduire le nombre de matches sur cette fin de saison, quitte à supprimer certaines journées ? Au Portugal, les instances dirigeantes ont par exemple réussi à fixer un calendrier de compétition sur six semaines permettant aux clubs d'avoir au moins quatre jours de récupération entre chaque rencontre.

Une question devenue très sensible

Si, avec ces annonces, la possibilité de voir la saison 2019-2020 de football reprendre apparaît, la tâche s'annonce difficile pour Jean-Michel Aulas et les partisans de cette idée tant la question suscite des débats houleux depuis plusieurs semaines. D'un point de vue politique, cette affaire et les injonctions récurrentes du président lyonnais en direction des instances dirigeantes lassent. En début de semaine, six sénateurs avaient proposé un amendement visant à revenir sur la décision du gouvernement et de la LFP d'annuler la fin de saison en cours pour la reprendre progressivement. Un amendement rejeté par le Sénat, décision qui a satisfait la ministre des Sports : "Je me félicite que l'amendement qui visait à réouvrir le débat sur la fin des championnats 2019-2020 n'ait pas été adopté", a ainsi publié Roxana Maracineanu sur son compte Twitter.

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Lors du jeu des questions/réponses à l'issue de son intervention, Édouard Philippe a également écarté cette hypothèse en donnant aux acteurs du monde du sport "rendez-vous la saison prochaine". "Il ne m'appartient pas de me prononcer sur les décisions des ligues et des fédérations, a déclaré le Premier ministre. Nous avons indiqué que l'utilisation des stades était encore sujette à des limitations, nous avons indiqué que la pratique des sports collectifs (...) rendait l'exercice de ces sports encore interdits. Je ne crois pas que le moment soit venu. Et par goût personnel, j'espère que le moment viendra bientôt et j'espère que le début de la saison prochaine pourra s'effectuer dans des conditions normales s'agissant des joueurs et des équipes." Avant le 22 juin et le début de la troisième étape du plan de déconfinement, les instances dirigeantes du football français se seront très probablement positionnées sur la question, même si un retournement de situation semble très improbable. Cela n'empêchera pas Jean-Michel Aulas de tenter le tout pour le tout.

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