Paraguay Veron joie tir au but 07 2011
Le bonheur du Paraguayen Dario Veron après son tir au but vainqueur contre le Venezuela | AFP - Alejandro Pagni

Le Paraguay des tirs au but

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Le Paraguay s'est qualifié pour la finale de la Copa America en battant le Venezuela aux tirs au but (0-0 a.p., 5-3 t.a.b.) en demi-finale, après avoir déjà dû sa qualification en demi-finale aux tirs au but contre le Brésil. Depuis le début de la compétition, les Guaranis n'ont pas gagné le moindre match, mais les voilà en finale de la plus grande compétition sud-américaine.

Ils vont peut-être devenir l'étendard de l'anti-spectacle. Limités dans le jeu, les Paraguayens se sont qualifiés pour la deuxième fois de suite aux tirs au but, pour atteindre la finale de la Copa America, sans avoir remporté le moindre match depuis le début de la compétition. Symbole du beau jeu et de l'enthousiasme, le continent sud-américain n'aura pas la même image cette année. Il ne reste que les Uruguayens pour modifier cette image et empêcher une équipe, presque uniquement conditionnée pour ne pas prendre de but, d'être couronnée.

Le gardien et capitaine Villar, déjà héros contre le Brésil au tour précédent (0-0 a.p., 2-0 t.a.b.), a arrêté le tir au but de Lucena et envoyé le Paraguay en finale contre l'Uruguay dimanche au terme d'un cinquième nul d'affilée. Du jamais-vu. Les Guaranis, qui atteignent la finale de la compétition pour la première fois dans la nouvelle formule de douze équipes créée en 1993, ont l'occasion de décrocher le troisième titre continental de leur histoire (après 1953 et 1979). La Vinotinto, elle, a déjà réussi la meilleure performance de son histoire en se hissant jusqu'au dernier carré du tournoi.

Pour le Paraguay, la belle histoire continue ! La génération Villar avait déjà écrit une page d'histoire en parvenant aux quarts de finale du Mondial-2010, seulement éliminée par l'Espagne, future championne. Et l'aventure des Guaranis tient du miracle: sur leurs dix derniers matches de compétition, ils n'en ont remporté qu'un (contre la Slovaquie au Mondial-2010) ! Miracle aussi quand on sait que le Venezuela a touché trois fois du bois: une tête de Rosales sur la barre (43e), puis coup sur coup un tir de Maldonado dévié par Fedor sur le poteau (93e) que trouvait ensuite Arango d'un superbe coup franc brossé (96e).

La domination vénézuélienne émergeait ainsi sur la fin, renforcée par l'expulsion de Santana (103e), symbole de Guaranis perdant le fil et leurs nerfs. Il fallait d'ailleurs une prolongation pour donner un peu de souffle à cette rencontre. Il y en avait pourtant eu en début de partie, histoire de se réchauffer dans la froidure de Mendoza. Ardeurs initiales trompeuses, car le match déclinait ensuite en pente douce. La "discipline" revendiquée par les deux sélectionneurs, Gerardo Martino et Cesar Farias, prévalait sur tout autre aspect, si bien que les défenses prenaient le dessus sur les offensives.

Côté Paraguay, une tête de Veron bien détournée par Vega (8e), et puis plus rien. Les Guaranis jouaient de manière stéréotypée, avec de long ballons devant pour Haedo Valdez, qui s'épuisait dans ces courses vaines. Santa Cruz, le meilleur buteur de l'histoire du Paraguay (25 buts, à égalité avec J. Cardozo), le remplaçait à un quart d'heure de la fin du temps réglementaire pour rester... sept minutes sur le terrain, touché derrière la cuisse.

Le mot d'ordre paraguayen ? Patience. Non pas pour marquer un but, mais pour parvenir à la séance des tirs au but, et Villar fera le reste. L'Uruguay est prévenu. Et le sélectionneur venezuelien peut afficher sa frustration: "Je ne vais pas retirer le mérite à celui qui est arrivé en finale, mais le Paraguay a eu une chance incroyable", a déclaré Cesar Farias. "Nous l'avons eue contre le Chili (en quart de finale, ndlr), mais aujourd'hui nous avons eu plus d'occasions. On nous a annulé un but, nous avons touché trois fois les poteaux, nous aurions pu gagner mais ça n'a pas été le cas, a poursuivi Cesar Farias. Je ne peux rien reprocher à mes joueurs. Nous sommes arrivés ici invaincus et nous n'avons pas perdu le match. Les tirs au but relèvent beaucoup de la chance, et ce que nous espérions n'est pas arrivé." Et de se montrer beaucoup plus offensifs suite à la petite bagarre générale ayant éclaté à l'issue des tirs au but: "Nous, quand on perdait et qu'on était éliminés dans la course au Mondial, jamais nous n'avons créé d'incident. Aujourd'hui, quelques responsables d'une sélection mondialiste sont venus nous provoquer, et il faut voir la bassesse avec laquelle ils ont fait ce genre de choses. Nous sommes si importants qu'il faut qu'on nous batte aux tirs au but et qu'on nous fasse des histoires après le match. Cela signifie que nous avons lutté. Mais ça n'enlève pas la sensation qu'on aurait pu être finalistes. J'en ai assez d'entendre dire que les grands décident. Ca arrive quand l'arbitrage les aide. Il faut arrêter avec l'hypocrisie. Nous n'accepterons plus qu'on nous manque de respect, et nous n'allons pas accepter qu'il arrive des choses bizarres."

Réactions

Justo Villar (gardien et capitaine du Paraguay): "Nous avons fini exténués, presque sans oxygène, avec cinq ou six blessés et un suspendu. Aller jusqu'aux tirs au but comme nous l'avons fait contre le Brésil et le Venezuela serait trop risqué concernant une finale. L'Uruguay, c'est autre chose, il a des joueurs très important et se présentera reposé, mais nous sommes prêts à nous battre de la meilleur manière possible".
Giancarlo Maldonado (attaquant du Venezuela): "Nous aurions pu aller beaucoup plus loin. Nous avons tout bien fait dans le jeu et nous avons tout donné physiquement pour gagner, ça s'est vu sur le terrain, mais les poteaux n'étaient pas de notre côté, et on n'a pas eu de chance dans les tirs au but. L'équipe doit partir la tête haute après ce qu'on a fait ici. Ca fait assez mal de pas être en finale, mais il faut rester fiers pour ce qu'on a démontré et les sacrifices qu'a faits cette équipe. Ce groupe est plus uni que jamais et va continuer à travailler pour gagner".
Gabriel Cichero (défenseur du Venezuela): "Je crois que le Venezuela va encore surprendre, il a démontré à la Copa America qu'il irait chercher une qualification au Mondial. Le Paraguay a eu beaucoup de chance parce qu'il est en finale sans avoir gagné un seul match. L'Uruguay est aussi en finale parce qu'il est solide, comme le Paraguay qui est une équipe aguerrie, mais le Venezuela figure aussi parmi les quatre premiers. Je m'en vais heureux parce que j'ai donné le maximum sur le terrain, c'est juste que le ballon ne voulait pas entrer. Nous devons prendre match après match, mais nous allons disputer les éliminatoires les plus difficiles du monde parce qu'il y a l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, des puissances mondiales qui ont beaucoup de titres, mais si le Venezuela continue de progresser comme il l'a montré dans ce tournoi, je suis sûr qu'il va surprendre".