Le futur stade de Beckham fait grincer des dents

Le futur stade de Beckham fait grincer des dents

Publié le , modifié le

L'intégration du club de foot de la légende David Beckham au Championnat nord-américain a électrisé la planète sport mais à Miami, la construction du nouveau stade sans parking dans un quartier modeste suscite l'inquiétude des riverains. Depuis lundi l'équipe de la superstar britannique a officiellement obtenu le droit d'intégrer la Major League Soccer (MLS), même si on ne sait pas encore lors de quelle saison cela se fera, pas plus qu'on ne connaît le nom de la future équipe floridienne.

Le futur stade de 25.000 places doit être construit à Overtown, un quartier ouvrier situé entre le centre-ville et Little Havana. L'essentiel est acheté mais une action en justice concernant une ultime parcelle bloque le processus, sur lequel les investisseurs sont toutefois confiants. Les habitants de Miami redoutent que le projet qui, fait rare aux Etats-Unis, ne prévoit pas de parking, ne renforce les problèmes de circulation de la ville déjà congestionnée et ne fasse flamber les prix des loyers.

"Nos voix ne sont pas suffisamment entendues", déplore Ernest Martin, un membre de l'association de riverains Miami River Commission, critiquant notamment le problème du parking. Carlos Gimenez, qui dirige le comté de Miami-Dade, se veut lui rassurant en citant les transports en commun et plusieurs terrains à proximité du futur stade pour se garer.

"C'est un quartier modeste depuis des années", raconte encore Ernest à l'AFP. Selon les chiffres du recensement, parmi les 13.000 habitants du quartier majoritairement noir, près d'un quart des riverains vivaient en-dessous du seuil de pauvreté en 2016, avec moins de 10.000 dollars par an. "Je ne peux dire si cela va rendre Miami meilleure ou moins bien (...) mais c'est quelque chose de positif", estime toutefois Cedric Dixon, 52 ans. Pour lui le projet "merveilleux" va "apporter des emplois" et "changer Miami".

'Nouvelle culture'

Pourtant, sur le grillage qui entoure le site de construction, des habitants ont accroché un panneau "Non au stade". Autour, se trouvent quelques boutiques, des immeubles sans faste et un magasin d'alcool faisant l'angle. La devanture est protégée par des barres de fer, tandis que le caissier accueille la clientèle derrière une vitre blindée. "Je suis un peu inquiet, vous savez", confie Douglas Romero, 27 ans, accompagné de son fils de 4 ans. Cette année, son loyer est passé de 1.050 à 1.200 dollars et "si les prix augmentent, tout le monde cherche à déménager", explique-t-il.

"Ne nous mettez pas dehors, intégrez-nous, enseignez-nous votre culture", suggère pour sa part Brenda Kale, une quinquagénaire dont l'immeuble va être détruit pour laisser place au stade. "C'est une nouvelle culture pour nos enfants, mais comment est-ce qu'on s'adapte?", se questionne-t-elle dans un pays où le "soccer" est loin d'être aussi populaire que le basket, le baseball et le football américain.

"Miami Fusion"

Avant l'arrivée de David Beckham, un premier club, le "Miami Fusion", avait intégré la MLS en 1998 mais mit fin à l'aventure au bout de quatre saisons seulement faute de revenus suffisants, notamment en raison d'une billetterie morose. Si le "Spice Boy" a expliqué miser sur la diversité culturelle de la ville pour connaître un meilleur succès, son sport rencontre parfois l'appréhension, comme en témoigne une page Facebook publiant des vidéos de violences dans des stades de foot pour s'opposer au projet.

"L'accord n'est pas encore conclu", proclame le slogan de ce groupe "Overtown Spring Garden Community Collective". De fait, le millionnaire Bruce Matheson a porté plainte contre le comté pour n'avoir pas proposé aux enchères le dernier morceau de terrain. Il a perdu le procès, mais l'appel est en cours. "Nous avons totale confiance dans le fait que nous gagnerons le procès", a fait savoir Carlos Gimenez.
 

AFP