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Le Boxing Day en L1 fait débat

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Véritable institution Outre Manche depuis 1888 (en Premier League anglaise et écossaise), mais aussi en Belgique, le Boxing Day est une journée de football bien particulière. Devant l'engouement suscité par ce phénomène, la rédaction de francetvsport.fr a ouvert le débat sur l'intérêt d'un Boxing Day en Ligue 1.

Pour un beau rendez-vous de football, par Romain Bonte

Si l'on perçoit le football comme un spectacle, un rendez-vous convivial et familial, un moment de partage et d'émotion, alors oui, ce jour est propice à une journée de football. La preuve en est faite avec le succès toujours aussi important chez nos voisins grand-bretons et belges. Une saison de football s'étend sur 10 mois, et les grands rendez-vous dans le championnat se comptent finalement sur les doigts d'une main, voire sur les phalanges d'un doigt. En plus d'un ou deux derbys alléchants et d'un vrai-faux clasico, la Ligue 1 a besoin d'un moment dans la saison où les 20 équipes de l'élite jouent ensemble, et quoi de plus festif qu'au lendemain de Noël ?

Assister à une rencontre telle que le Manchester United – Newcastle de mercredi (4-3), cela donne envie, et c'est juste dommage que les fans de ballon rond de l'hexagone soient obligés de regarder à la télévision un championnat étranger. La possibilité d'instaurer un Boxing Day en L1 fait d'ores et déjà l'objet d'une étude depuis un an par le syndicat des clubs professionnels (UCPF), car il constituerait une belle vitrine pour le football français. L'expérience tentée par le rugby depuis deux ans avec une journée organisée toute fin décembre, confirme qu'une telle exposition aurait un sens. La chaîne cryptée qui retransmet ces matches peut en effet se féliciter de réaliser de très bonnes audiences et si l'on prend l'exemple du 31 décembre 2010, pas moins de 947 000 téléspectateurs avaient regardé Biarritz-Toulon.

Cette fameuse trêve de Noël n'existe que depuis le début des années 1960, et les footballeurs de l'époque pouvaient même jouer un 24, un 25 ou déjà un 26 décembre. Sans vouloir faire jouer nos chers footballeurs le jour de Noël, les voir travailler le lendemain comme de très nombreux autres salariés n'aurait rien de choquant. Et pour ce qui est de leur besoin de souffler, aménager une trêve, même peut-être plus longue encore que celle existante autour de début janvier serait profitable à tout le monde. Ne serait-il pas plus judicieux de déplacer la trêve au moment de la Coupe d'Afrique des Nations (qui se déroule cette année du 19 janvier au 10 février), lorsque bon nombre de joueurs évoluant en L1 quittent leur club. Pour ce qui est de l'appellation, "le Jour des Boîtes", n'est en revanche pas très sexy…

Contre un boxing day à la française, par Jérôme Carrère

Trêve des confiseurs, son nom dit tout. Les fêtes de fin d'année sont l'occasion de déguster foie gras et chocolat, laissant place nette au Père Noël et aux sucreries en tout genre. En France, Noël est une fête sacrée que l'on célèbre en famille. Le moment où l'on retrouve ceux que l'on ne voit pas forcément souvent. Rester à table et flâner toute la journée est une tradition et le football n'y a sûrement pas sa place. Chez nous, la culture stade est peu développée, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'y aller en famille. Et quand on voit l'état de certaines pelouses aux quatre coins de l'Hexagone lors de la 19e journée le 21 décembre dernier, malgré des températures loin d'être polaires, mieux vaut se concentrer sur la dinde que voir une bouillie de football.

Toujours en pointe niveau innovation, les rugbymen réfléchissent d'ailleurs à réhabiliter une trêve hivernale supprimée depuis deux ans. Car l'usure physique et mentale a prise sur les sportifs, surtout que les effectifs de Ligue 1 sont moins pléthoriques que ceux de Premier League. Le Marseillais Matthieu Valbuena, par exemple, a déjà disputé 34 matches toutes compétitions confondues depuis août. De plus, si nous avons la chance d'avoir un Noël doux cette année, cela n'est pas toujours le cas. Et la propension de nos pelouses à geler est assez élevée. Pourquoi donc mettre en danger l'intégrité physique des acteurs et créer des soucis de calendrier supplémentaire quand plusieurs rencontres du mois de janvier occasionnent de nombreux reports?

A ce titre l'Allemagne fait figure de modèle. Nos voisins comptent certes seulement 18 clubs dans l'élite mais ils s'octroient une pause d'un mois, évitant d'évoluer sur des terrains abîmés par le froid. Délaisser quelques temps le football permet également à d'autres sports de se mettre en lumière, à l'image de la Pro A de basket. Pour les mordus de ballon rond, la saison s'étale sur dix mois et offre chaque semaine de nombreuses rencontres. Un court sevrage ne fera que décupler l'envie de retrouver la Ligue 1. Arsenal, club frenchy par excellence a d'ailleurs décidé de reporter son match face à West Ham au mois de janvier. Preuve en est que France et Boxing Day ne font pas bon ménage.

Romain Bonte