L’argent bafoue les valeurs du sport

L’argent bafoue les valeurs du sport

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Il n’est pas si loin le temps où les athlètes couraient après les titres, les exploits, et non après un gros chèque. Ce n’est plus un secret, la professionnalisation du sport a à la fois permis son essor, mais a au fil du temps mis de côté une grande partie de ses valeurs. Et ce qui se passe au PSG, comme finalement partout ailleurs, n’en est que la parfaite illustration.

Bien naïf celui qui pense encore que lorsqu’un champion lève les bras au ciel, il le fait uniquement parce qu’il vient de réaliser une grande performance. Aujourd’hui, victoire rime avec argent. Bien loin des valeurs de l’olympisme prônées par Pierre de Coubertin, le sport a pris un sérieux virage vers la fin des années 80, avec déjà des transferts de joueurs de football exorbitants (Chris Waddle transféré pour 40 millions de francs de Tottenham à l’OM en 1989). Outre-Atlantique, on parle de « Money-time » au sujet de la gestion des fins de matches, concept initié par les Lakers en NBA. L’expression est restée dans le langage courant du basket. Même les Jeux Olympiques, l’événement sportif suprême, sont quelque peu malmenés par le merchandising depuis les JO d’Atlanta (1994).

Les repères ne sont plus les mêmes

Depuis, les médias se plaisent à faire une compétition dans la compétition, en dressant des classements des sportifs les mieux payés au monde. Les repères ne sont déjà plus les mêmes, que ce soit au golf avec Tiger Woods, en passant par le basket avec Michael Jordan, ou la F1 avec Michael Schumacher, presque tous les sports phares sont touchés par cette quête vénale. Si Outre-Atlantique, le baseball et le football américain affolent les compteurs, en Europe, c’est surtout le football, avec des salaires et des transferts toujours plus déraisonnables, qui provoquent des réactions. Alors que l’on fustige les parachutes dorés des grands chefs d’entreprise, on trouve plus juste de voir que le transfert en 2001 de Zinedine Zidane a coûté au Real Madrid la modique somme de 75 millions d’euros (un record de transfert dépassé huit ans plus tard par celui de Cristiano Ronaldo toujours au Real, pour 94 millions d’euros). Le récent lock-out en NBA n’avait d’autre enjeu que celui des salaires des joueurs, pourtant déjà monstrueux. Et même un sport que l’on pensait épargné par le tout-business, à savoir le rugby, semble s’éloigner de ses valeurs pourtant bien ancrées. Même si l'exemple paraît anodin, les fameuses "troisièmes mi-temps" sont moins nombreuses au haut-niveau, du fait de l'enchaînement des matches et de la volonté d'optimiser la récupération physique des joueurs.

L’image plus importante que la performance

Quand Antoine Kombouaré se fait virer par les dirigeants du Paris Saint-Germain alors que son équipe vient d’être sacrée championne d’automne, c’est tout simplement la logique sportive qui s’en trouve bafouée. David Beckham a été un grand joueur, et il peut sans doute faire profiter de son expérience à ses nouveaux partenaires. Mais pourquoi lui plutôt qu'une star en devenir ? Le faire venir à grands coups de millions, alors que le joueur de bientôt 37 ans n’a plus le même rendement que par le passé, relève avant tout de la spéculation marketing. C'est davantage la marque Beckham, que le joueur que l'on fait venir à Paris. L’image est ainsi devenue plus importante que le résultat, et cela va devenir très compliqué pour les éducateurs sportifs de trouver un discours cohérent face à leurs élèves.

Les médias pris à leur propre piège

Chaque événement est devenu un business, si bien qu’il va devenir de plus en plus difficile pour le grand public d’y avoir accès. Lors de la Coupe du monde 2006 organisée en Allemagne, la vente des retransmissions aura permis à la FIFA d’encaisser un chèque d’un milliard d’euros, tout rond. Le jeu en vaut sans doute la chandelle, mais ce système a déjà connu des travers. Ainsi, la chaine de télévision espagnole La Sexta avait pu acheter les droits du Mondial alors qu’elle n’était disponible que sur 30 % du territoire ibérique. Et tout s’était finalement arrangé à coups de millions d’euros… Même les médias sont pris à leurs propres pièges avec des restrictions au niveau des accréditations. C’est ainsi que les radios à qui l’on a commencé à demander des sommes folles pour couvrir la Coupe du monde de football ont dû se rebeller pour parvenir non sans mal à effectuer leur travail d’information convenablement.

Le dopage, conséquence du tout-profit

Cette course au profit touche non seulement les dirigeants, mais aussi et surtout les sportifs eux-mêmes. Le dopage n’en est finalement que l’absurde conséquence. Que ce soit en football, en tennis, ou dans la plupart des sports médiatisés, comme le cyclisme ou l’athlétisme, ces sports sont trop souvent devenus une manière de gagner sa vie, plus qu’une passion. Et pour gagner sa vie de cette manière, il faut être toujours plus fort… C’est pour cette raison que même dans les petits clubs régionaux, certains encadrants peu scrupuleux ont poussé les espoirs à prendre des produits qui leur permettraient à la fois de se mettre en valeur, et de mettre en valeur leur club. Un bien triste constat qui heureusement ne représente pas une généralité, mais qui démontre que le dépassement de soi, le respect de l’autre, le respect des règles les plus élémentaires, sont autant de valeurs sportives qui commencent à être sérieusement remises en question.

Instaurer des lois

A l’heure où il est de tradition de voir les pilotes de F1 s’asperger de champagne à la fin de chaque course, même en temps de crise, il serait de bon ton de se poser les bonnes questions. Il devient urgent de légiférer, en créant par exemple des plafonds au niveau des salaires ou des transferts. Après l'annonce du futur salaire de Beckham au PSG (800 000 euros par mois), le député UMP Jacques Remiller, a proposé la création d'une enquête sur le salaire des footballeurs. Et le sujet fait d'ailleurs l'unanimité dans l'hémicycle. "J'en ai assez de ces salaires énormes. Il n'y a pas que dans le football", a déclaré sur iTélé le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault. "Les socialistes avaient déposé une proposition de loi pour instaurer le salaire maximum. On y reviendra",a-t-il lancé. Mais les amoureux du sport n'attendent plus que des actes. Il faudrait aussi penser à créer des règles financières autant que des règles permettant le plus large accès possible au niveau des droits de retransmissions. Changer les mentalités du jour au lendemain ne se fera pas sans difficulté. Pour que ce soit efficace, cela devrait se faire au niveau international, une commission spéciale pourrait même être créée. Cela relève peut-être de l’utopie, mais le sport ne doit-il pas continuer à nous faire rêver ?

Romain Bonte