Les manifestants face aux forces de l'ordre
Une manifestante brandit une pancarte où est inscrit "Beaux stades, santé précaire" devant les forces de l'ordre, à quelques mètres du Maracana | AFP - BETO BARATA

La grogne monte au Brésil

Publié le , modifié le

Les 15 milliards de dollars dépensés en constructions de stades et en infrastructure diverses pour le Mondial-2014 commencent à échauffer les esprits au Brésil. A Brasilia, le jour du match d'ouverture de la Coupe des Confédérations, des manifestations ont fait 33 blessés et ont mené à 20 arrestations. A Rio de Janeiro, pour le premier match dans le Maracana rénové, ils étaient entre 3000 et 5000 à manifester, avant que les forces de l'ordre n'interviennent avec balles en caoutchouc et bombes lacrymogènes. La vie chère, l'augmentation du prix des transports en commun, et une facture qui s'alourdit chaque jour, le Mondial fait grincer des dents au pays où le foot est roi.

La Coupe des Confédérations devait être une répétition grandeur nature du Mondial. Mais les organisateurs de la Coupe du monde 2014 ne s'attendaient certainement pas à ce qu'elle devienne le réceptacle d'un certain mécontentement populaire. Cela fait plusieurs semaines que la grogne monte dans le pays, où la crise mondiale a également des répercussions. La croissance est ainsi passée d'une moyenne de 4.5% par an à 0.9% en 2012, selon l'Institut brésilien de géographie et statistiques (IBGE). Un ralentissement ressentit par la population, d'autant que la répartition des richesses ne descend pas jusqu'aux couches pauvres, malgré la constitution d'une classe moyenne depuis le début des années 2000.

De plus en plus de Brésiliens voient donc d'un mauvais oeil les dépenses incessantes liées au Mondial-2014 et aux JO-2016 à Rio de Janeiro. Des stades, des routes, des hôtels, des privatisations d'aéroports, le pays entier est en mutation. Mais entre les retards, l'absence de concertation, et dans un pays miné par la corruption, la facture s'alourdit chaque jour. Romario, l'ancienne star de la Seleçao devenu député, est très critique concernant toutes ces dépenses: "A Brasilia, 1 milliard et demi de reais (535 millions d'euros) a déjà été dépense. La prévision était de 700 millions (250 millions d'euros)", disait-il dans L'Equipe magazine. Un exemple parmi tant d'autres. En face, il y a le prix des billets pour le Mondial (environ 70 euros) alors que le salaire minimum atteint péniblement les 244 euros par mois, le prix des transports en commun, qui augmente, et l'ensemble de la vie qui a cru ces dernières années, et ne va pas s'arrêter à l'approche des deux événements planétaires. "Nous ne voulons pas que la population la plus pauvre du pays, qui est la plus intéressée par le football, soit écartée des stades. Il faut équilibrer leurs entrées et celles des supporters à pouvoir d'achat plus fort", rappelle néanmoins Aldo Rebelo, ministre des Sports.

En 2010, 57% des Brésiliens contre l'emploi d'argent public pour les stades

Selon un sondage de l'’institut Datafolha paru en août 2010 et ayant interrogé 10 586 personnes dans 382 municipalités, 57% des Brésiliens se montraient contre l'’utilisation de l’'argent public pour financer la construction ou la rénovation des stades en vue du Mondial. Ce chiffre n'a pas dû baisser. Cela explique les récentes manifestations, à Sao Paulo (une centaine de blessés), à Brasilia pour le match d'ouverture (33 personnes blessés, 20 autres arrêtées pour une centaine de manifestants) ou à Rio de Janeiro, au pied du Maracana, avant le match Italie-Mexique. Principale slogan: "on n'a pas besoin de Coupe du monde, on a besoin d'argent pour la santé et l'éducation." Connues pour leur rudesse, les forces de l'ordre ont à chaque fois réagi avec vigueur, employant bombes lacrymogènes et balles en caoutchouc, chargeant les manifestants, qui étaient entre 3 000 et 5000 à Rio pour des échauffourées qui ont duré près de 4h. Des manuels contenant des instructions pour se protéger de la police circulent d'ailleurs sur internet, appelant à porter des manches longues et des pantalons, des lunettes de protection, des foulards sur le nez... 

Autre signe du mécontentement: les sifflets qui sont tombés en masse des tribunes du stade Mane Garrincha de Brasilia à l'adresse de Dilma Roussef, la présidente de la République. A trois reprises, elle a été copieusement sifflée, notamment lorsqu'elle s'est exprimée au micro aux côtés de Sepp Blatter lors de la petite cérémonie d'ouverture. La grogne s'étale aux yeux du monde.

Vidéo: les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Rio de Janeiro

Voir la video