La Fifa encore indirectement dans l'oeil de la justice suisse

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
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Gianni Infantino président de la FIFA | Geoff CADDICK / AFP

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Après les colossales affaires qui ont touché la Fifa sous l'ère Sepp Blatter, la justice suisse a ouvert une enquête concernant la gestion de Gianni Infantino, son successeur. Les autorités suisses souhaitent faire la lumière sur une supposée rencontre entre le président de la Fifa et le procureur général suisse, Michael Lauber. Ce dernier avait reconnu, après publication des Football Leaks, avoir rencontré Infantino à deux reprises. Mais il n'avait pas mentionné de 3e rencontre, celle sur laquelle porte l'enquête. "Les conclusions doivent être rendues dans deux semaines", a déclaré Hanspeter Uster, président de l'Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (MPC).

Le quotidien de la Fifa n'en finit plus d'être agité. Après des mois de tremblements de terre, d'arrestations, de mises en examen et de procès, l'organe suprême du football mondial revient dans l'oeil de la justice suisse. Indirectement. En effet, c'est le procureur général suisse, Michael Lauber, qui est visé par cette enquête préliminaire. Elle peut déboucher sur une procédure disciplinaire à l'encontre du procureur Lauber. Les sanctions possibles vont d'un avertissement à une réduction de salaire de 10% pendant maximum un an en passant par un blâme. Mais surtout, cette affaire pourrait peser sur sa réélection par le Parlement suisse pour la période 2020-2023.

Reste que Gianni Infantino est mêlé à cette enquête. Tout part de rencontres informelles entre les deux hommes. Révélées par les Football Leaks, elle avait été reconnue par le procureur suisse en novembre:  "Ce type de rencontres avec les parties plaignantes est normal et régulier, notamment dans les affaires complexes", avait expliqué M. Lauber, le procureur en charge des enquêtes sur le scandale de corruption à la Fifa. La semaine dernière, des médias suisses ont fait état d'une supposée troisième rencontre secrète entre les deux hommes. "Quand nous avons interrogé M. Lauber en novembre, nous lui avons demandé s'il y avait eu d'autres rencontres, il avait répondu 'non'", a expliqué M. Uster, qui présentait jeudi à Berne le rapport d'activités de l'Autorité de surveillance du MPC.

L'enquête sur les cadeaux d'Infantino envers Arnold classée

Dans son rapport, l'Autorité reconnaît que ces entrevues informelles peuvent être normales. "Le simple fait que deux rencontres aient eu lieu n'est pas problématique", indique-t-elle. "Elles visaient en effet, dans le cadre d'une procédure extrêmement complexe, d'une part à faire le point après le changement de président de la plaignante (la Fifa, ndlr) et d'autre part, à régler des questions de procédure relatives à la volonté de coopérer de la Fifa dans le cadre de la remise de documents internes." En revanche, "il convient de s'interroger sur la manière d'intégrer de tels contacts informels dans le système global du Code de procédure pénale. Celui-ci prévoit que tous les actes essentiels de procédure doivent faire l'objet d'un procès-verbal et, partant, être documentés".

L'ombre qui plane au-dessus de Gianni Infantino dans cette affaire porte un nom: Rinaldo Arnold. Procureur du haut-Valais, ami d'enfance d'Infantino, il avait facilité les entrevues entre les deux hommes. Il avait aussi reçu des cadeaux du patron de la Fifa (des billets de matchs). A la mi-avril, le magistrat suisse chargé d'enquêter sur les liens entre Infantino et Arnold avait classé l'affaire, jugeant qu'il n'y avait pas de soupçons de corruption et que les cadeaux n'avaient "pas pour but de l'influencer dans son travail".