La crise du coronavirus, une aubaine pour le championnat biélorusse

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Le Dynamo Minsk contre Smolevichi le 24 avril
Le Dynamo Minsk contre Smolevichi le 24 avril | Vasily Fedosenko/Reuters

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En Europe, l’ensemble des championnats de football sont suspendus depuis plusieurs semaines en raison de l’épidémie du nouveau coronavirus. Seule une compétition continue de se dérouler : la Vysshaya Liga, le championnat de Biélorussie. Pour les dirigeants du football de ce pays de l'Est du continent, cette crise s’est transformée en aubaine, grâce à la vente des droits télévisés du championnat dans près de vingt pays. La popularité de la Vysshaya Liga continue de croître mais ne devrait pas durer éternellement.

Depuis la reprise le 19 mars dernier lors de la première journée, le championnat biélorusse de football bat son plein malgré l’épidémie du nouveau coronavirus qui touche l’ensemble de l’Europe. Si la Biélorussie compte près de 9 000 cas et 63 décès, le pays n’a pas été confiné et les sports professionnels continuent de se dérouler. Une volonté de maintenir une activité normale dans le pays bien illustrée par le président de cet État autoritaire, Alexandre Loukachenko, qui a dénoncé toute la "psychose" qui entoure cette nouvelle maladie.

L’ancienne république soviétique est l’un des cinq derniers pays avec Taïwan, le Nicaragua, le Turkménistan et le Tadjikistan, où le football joue encore. La Vysshaya Liga est d’ailleurs, parmi les championnats de ces pays, celui où le niveau footballistique est le plus élevé. Résultat : les passionnés en manque de ballon rond se tournent vers cette compétition qui ne bénéficie généralement pas d’une grande médiatisation. Et cette popularité est forcément attrayante d’un point de vue financier pour les dirigeants du football biélorusse.

La chaîne YouTube de la fédération en pleine expansion

Cette nouvelle notoriété est largement perceptible sur les statistiques de la chaîne YouTube de la Fédération de football biélorusse (ABFF), qui retransmet les rencontres en direct sur la plateforme de vidéos. En l’espace d’un mois, le nombre d’abonnés de la chaîne est passé de 13 000 à la reprise du championnat, à près de 22 000 aujourd’hui. Les vidéos de la chaîne ont été vues plus d’un million de fois durant cette période, alors que la chaîne ne comptait au total que six millions de vues en sept ans d’existence. Quotidiennement, ce sont près de 30 000 personnes qui se ruent sur les résumés de matches publiés sur la chaîne.

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Au-delà de YouTube, l’ABFF a surtout reçu plusieurs sollicitations de chaînes étrangères qui souhaitaient retransmettre la Vysshaya Liga. "C’est la première fois que nous signons des accords avec des pays étrangers et que le championnat biélorusse est retransmis ailleurs qu'ici", admet Aleksandr Aleinik, représentant de l’ABFF. En se lançant sur le lucratif marché des droits télévisés, le football biélorusse capte une manne financière totalement inespérée il y a encore deux mois.

Des contrats signés dans 18 pays différents

Des chaînes de télévision de dix-huit pays différents ont ainsi acquis les droits télévisés du championnat biélorusse. "Nous n’étions pas prêts à recevoir une telle demande, mais nous nous sommes adaptés comme nous le pouvions", reconnaît le membre de l’ABFF. Parmi les pays concernés : l’Inde, Israël, l’Ukraine, la Serbie, la Grèce, la Macédoine du Nord ou encore le grand voisin russe. Match TV, la grande chaîne russe qui retransmet des compétitions sportives, a ainsi acquis les droits télévisés de la Vysshaya Liga.

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Un contrat à 210 000 euros avec l’ABFF a été évoqué, démenti dans la foulée par Vladimir Bazanov, le président de la Fédération biélorusse. Ce dernier a ainsi précisé que la chaîne russe payait un certain montant pour chaque match. "Ce qui est certain, c’est que le contrat le plus important qui a été signé est celui avec la Russie", soutient Quentin Guéguen, rédacteur spécialisé sur le football biélorusse pour le site Footballski. Si le montant mentionné n’était pas le bon, l’apport financier que représentent ces nouveaux contrats est loin d’être négligeable pour une petite fédération comme l’ABFF.

Profiter de cette exposition temporaire

Mais Aleksandr Aleinik l’assure, "l’objectif principal n’est pas de faire rentrer de l’argent, mais de faire de notre football un football plus populaire." Mais dans un championnat où le budget des clubs oscille entre 10 millions d’euros pour le plus riche, le Dynamo Brest, et 500 000 euros pour l’Energetik, cet argent est bien accueilli. Certains clubs de la Vysshaya Liga rencontrent des difficultés économiques, comme le FK Slutsk dont le sponsor principal a dû se retirer, et un versement d’une partie des revenus liés à ces nouveaux droits télévisés de la part de l’ABFF sera forcément le bienvenu.

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"Surtout que la Fédération biélorusse a demandé à ce qu’au 1er mai, il n’y ait plus que des pelouses en herbe", observe Quentin Guéguen, alors que de nombreux clubs du championnat évoluent sur des terrains en synthétique et que le coût d’entretien des pelouses est élevé dans cette partie du continent. L’idée pour le football biélorusse est donc de faire fructifier cette popularité grandissante et d’utiliser au mieux ce nouveau budget inattendu. D’autant que la situation ne devrait pas durer éternellement : la plupart des contrats de retransmission de la Vysshaya Liga signés avec les chaînes étrangères comportent une clause qui permet aux diffuseurs de mettre un terme à l'accord en cas de reprise des championnats les plus importants. Un contexte qui pousse le football biélorusse à ne pas s'arrêter malgré l'épidémie, et à profiter au maximum de ce passage sous le feu des projecteurs.