Siège Fifa prétexte
Le siège de la FIFA | AFP - Sébastien Bozon

La crise de la FIFA ne va pas affecter le soccer

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Si c’est aux Etats-Unis que la crise de la FIFA a débuté vingt-quatre heures avant la réélection du président sortant Joseph Blatter à la tête de l’institution du football international, avec l’entrée en jeu de la justice américaine et les arrestations de 14 dirigeants et partenaires de la Fédération internationale, cela ne devrait toutefois avoir aucun impact sur le développement du football outre-Atlantique.

Même s’il reste à l’état embryonnaire, derrière le football américain, le baseball, le basket et le hockey sur glace, le foot appelé ici "soccer" gagne petit à petit en popularité aux États-Unis, grâce notamment aux nombreux immigrés en provenance des pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.
Illustration de l'importance croissante du ballon rond, le plus grand stade des États-Unis, celui de l'Université du Michigan et ses 110.000 places a fait le plein l'an dernier, non pour un match de football américain, mais pour un match amical entre Manchester United et le Real Madrid.
Le championnat national, la MLS, lancée en 1996 avec seulement 10 équipes, en compte aujourd'hui 20 et envisage une expansion à 24 franchises. Les droits d'entrée pour une  nouvelle équipe ont d'ailleurs explosé, passant de 5 millions de dollars en 1996 à plus de 100 millions de dollars lors de la dernière expansion. Et 25 millions d'Américains ont regardé la finale de la dernière Coupe du monde entre l'Allemagne et l'Argentine, une audience plus élevée que pour n'importe quel autre événement sportif, à l'exception du Super Bowl.

Une publicité pour le football

Le "soccer" prend donc ses marques et ce ne sont pas les affaires de la FIFA qui pourront l’arrêter. Mieux même, aussi étrange que cela puisse paraître, le football pourrait même bénéficier de cette période trouble. Selon un économiste du sport à Nashville, "les Américains adorent les scandales, spécialement ceux impliquant des héros déchus du sport, des champions, et notamment les histoires de corruption au sommet de la pyramide du sport. Par une logique étrange, les Américains, qui ne connaissaient même pas l'existence de la FIFA, auparavant, vont être d'un coup abreuvés d'informations sur ce scandale, et dans le marketing du sport aux États-Unis, il n'y a rien de tel qu'un peu de publicité gratuite", explique-t-il, même s’il s’agit de mauvais publicité.

Force est de constater en effet que, malgré la croissance du football, le grand public n'avait pas conscience des guerres de pouvoir au sein de l'instance dirigeante. Pour beaucoup, la FIFa n’était qu’un jeu vidéo. Aujourd’hui, ils découvrent les tenants et les aboutissants du système, tout ça parce que la justice américaine est intervenue. A partir du moment, où de l’argent lié à des pots-de-vin aurait transité par des banques américaines, la justice s’est estimée compétente pour lancer une enquête sur la corruption présumée dans le football, enquête qui a bien évidemment débordé de son territoire.

Mais pour les amateurs de ballon rond aux USA, cela ne change rien. Ce serait même plutôt de nature à attirer l’attention sur ce sport et sur sa croissance à la fois sportive et économique dans un pays où les deux domaines sont toujours étroitement liés pour ne pas dire imbriqués. D’autant que dans les sphères dirigeantes, on se dit tranquille quant aux conditions qui avaient prévalu à l’attribution de la Coupe du monde aux USA en 1994.

Christian Grégoire