Jordan Ayew
Taclé par Marko Basa (Lille), Jordan l'est aussi par la presse et sur les réseaux sociaux. | ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Jordan Ayew, l'âge de raison ?

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Largement critiqué dans la presse et sur les réseaux sociaux, l'attaquant est décrit partout comme le "sale gosse" de la Ligue 1. Pourtant, il affirme "avoir mûri".

Marseille, le 27 Novembre 2011. L’OM plante trois buts à un PSG complètement à côté de la plaque. Ce soir-là, outre la démonstration phocéenne, c’est Jordan Ayew qui crève l’écran. A la 32e minute, le jeune joueur de 19 ans remplace Loic Remy, blessé. Le début de l’histoire. Débordements, passements de jambes, le Ghanéen s'amuse. 50e minute, il prend le ballon, malmène trois parisiens puis sert Lucho, seul au milieu d’une défense aux abois. Finalement le cadet des frères Ayew ne sera pas décisif. Mais les parisiens, eux, se souviendront du nom qui sonne comme un cri de douleur : Ayew. 

« Jordan rend le football plus beau »

Pour sa première saison sous le maillot marseillais, il doit se contenter de caméos et de bribes de matchs. Mais en 2011/2012, Deschamps lui donne enfin sa chance. Le jeune marseillais fait preuve d’un aplomb sans bornes, snobe la place de titulaire potentiel à André-Pierre Gignac, et partage la pointe de l’attaque avec Loïc Rémy. Et surtout, il ne semble pas souffrir de la comparaison avec André, arrivé pourtant troisième au Ballon d’Or Africain 2011 au côté des Didier Drogba et Samuel Eto’o. Au final, Il joue bien plus (34 matchs) mais n'est pas encore assez décisif (3 buts). Mais son père ne semble pas douter un seul instant de son talent. Pour lui, Jordan est même meilleur que son frère, André : "« Jordan a un style très différent, un peu comme Cristiano Ronaldo, explique Abedi Pelé pour Le Parisien. Il est plus grand, a beaucoup de vitesse, beaucoup de physique. Mais pas seulement, renchérit le géniteur des deux talents marseillais. Regardez ses contrôles, ses passes, ses frappes, il rend le football plus beau. Jordan, c’est quelque chose de plus fort encore ». Sous les ordres d’Elie Baup, il fait déjà beaucoup mieux : en 24 matches disputés, il plante sept pions.

Mais depuis le début de la saison dernière , l’attaquant ghanéen est copieusement raillé sur les réseaux sociaux, critiqué par les spécialistes, et plus inquiétant, boudé par les supporters marseillais. Comment diable a-t-il pu se façonner une réputation de joueur ingérable en si peu de temps ?

On ne s’attaque pas à David Beckham

Sournois, trop agressif, ou tout simplement demeuré, l'attaquant marseillais collectionnerait les tares. L’élément déclencheur de toute cette effusion médiatique ? Une expulsion après 111 secondes passées sur le terrain à Evian, qui coûta probablement les trois points à l’OM.

On aurait pu en rester là, et considérer que le joueur marseillais avait encore pêché par immaturité et excès d’engagement. Mais voilà, quelques semaines plus tard, Jordan commet la grossière erreur de s’attaquer au joueur qu'il ne fallait pas. Le 27 février dernier, lors du PSG-OM comptant pour les huitièmes de finales de la Coupe de France, le jeune ghanéen croise la route de David Beckham. Il fait tomber l’Anglais au sol et lui met un petit coup dans le nez pendant qu’il l’accompagne dans sa chute. Il n'en fallait pas plus pour s'attirer les foudres des spécialistes :"ce joueur est désespérant", avait déclaré Pierre Menès à son sujet. Mais à quelques jours de la reprise de la Ligue 1, Jordan affirme avoir mûri. L'heure est-elle enfin à la maturité pour le cadet des frères Ayew ?

"J'ai appris à devenir patient"

Dans l'Equipele Ghanéen l'affirme : "Ce que les gens voient à la télé, ça ne colle pas à la réalité". En fait, l'attaquant marseillais ne nie pas être caractériel - il en est même fier - mais il ne comprend pas en quoi c''est un problème :"Je m'en fous, c'est ce qui est aussi ma force. Tout ce qu'on me reproche, de ne pas sourire notamment, ce sont des conneries". Au vu de ses déclarations, Jordan Ayew a t-il vraiment mûri ? "Oui, j'ai appris à devenir patient, assure t-il. Le coach fait ses choix. Mon travail paiera". Elie Baup l'espère. 

Jean Charbon