Silvio Berlusconi voit grand pour l'AC Monza, promu récemment en Serie B

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Auteur·e : Paul Giffard
Silvio Berlusconi
Silvio Berlusconi, actuel président de l'AC Monza. | ALESSIO MORGESE / DPPI MEDIA / DPPI VIA AFP

Racheté en 2018 par Silvio Berlusconi, le club de Monza a été officiellement promu lundi dernier en Serie B (2e division). L'ancien chef du gouvernement italien souhaite bâtir un nouveau projet. L'homme de 83 ans, qui a connu beaucoup d'affaires judiciaires, provoque toujours un certain engouement au sein du football italien. Après avoir écrit le plus beau chapitre de l'histoire de l'AC Milan lorsqu'il était président (1986-2016), Il Cavaliere fait face à un nouveau défi en affichant clairement ses ambitions.

Monza n'est plus connu uniquement pour son fameux circuit de Formule 1. Le club de football, nettement en tête (16 points d'avance) de la Serie C quand les championnats ont été interrompus début mars par la progression de l'épidémie de coronavirus, a été officiellement promu en Serie B (2e division). Un retour au premier plan pour le sulfureux président italien, Silvio Bersculoni, synonyme de nouveaux projets pour cette modeste institution. 

Une nouvelle philosophie

Située à seulement 30 kilomètres de Milan, la ville sera-t-elle la nouvelle tête d'affiche du football italien ? "Mon Monza sera une équipe jeune, et uniquement composée de joueurs italiens", avait annoncé l'ancien président de l'AC Milan lors du rachat. "Ils devront avoir les cheveux en ordre, un coiffeur de Monza m’a proposé de faire des coupes gratuitement. Pas de barbe, ni de tatouage, encore moins de boucles d’oreille. Ils s’excuseront auprès de l’adversaire en cas de faute, et traiteront l’arbitre avec respect. Je veux quelque chose de différent du football actuel." 

Des paroles qui, ont bien évidemment fait le tour du monde. Absent du paysage footballistique depuis la vente du club lombard en 2016 pour un montant de 740 millions à des investisseurs chinois, sa nouvelle philosophie étonne. Et pour cause, l'ancien chef du gouvernement a été impliqué dans de nombreuses affaires. De la corruption à la fraude fiscale, en passant par les affaires de mœurs, l'homme de 83 ans a déjà été condamné à de la prison mais n'est jamais allé faire un tour derrière les barreaux. Il faut savoir qu'en Italie, au-delà de 70 ans, seuls les coupables de crimes de sang sont emprisonnés en milieu carcéral. De plus, les peines, inférieures à trois ans, sont rarement purgées.

Malgré tout, Silvio Berlusconi possède une certaine aura de l'autre côté des Alpes. "C'est l'un des plus grands présidents que j'ai connus", admet Jean-Pierre Papin, qui a porté le maillot de l'AC Milan entre 1992 et 1994. "C’est quelqu’un qui aime beaucoup le football, qui est très respectueux de ses joueurs. Il vient chaque semaine à l'entraînement pour savoir comment ils vont." L'actuel député européen a écrit les plus belles pages des Rossoneri en trente ans de présidence, qu'on qualifiera de Trente Glorieuses. Son équipe a remporté cinq Ligue des champions et pas moins de huit championnats. Une idylle qui lui permet d'avoir une certaine immunité au sein du football italien. 

Un investissement loin d'être un hasard

"Monza construira une équipe pour viser le sommet de la Serie B", a déclaré Berlusconi dans une interview parue le 11 juin dans Il Cittadino di Monza e della Brianza, un journal local. Il Cavaliere veut revenir sur le devant de la scène et aimerait rapatrier Kaká et Zlatan Ibrahimovic afin de créer un nouvel engouement. "L'important pour lui, je pense que c’est réussir" souligne le Ballon d'or 1991. "Gagner la Coupe d’Europe avec Monza, ça sera un peu compliqué mais amener cette équipe en Série A, c’est une possibilité." Racheté pour seulement 3 millions d'euros en 2018, cet investissement n'est pas le fruit du hasard. 

Monza est le club de cœur de son associé de toujours, Adriano Galliani. Fan de cette équipe depuis toujours, l'ancien vice-président de l'AC Milan en a été le directeur sportif de 1984 à 1986 avant de rejoindre les Rossoneri. Le projet a été monté de toutes pièces par le sénateur italien. Berlusconi s'est contenté d'apporter les fonds nécessaires.

Adriano Galliani, le bras droit de Silvio Berlusconi.
Adriano Galliani, le bras droit de Silvio Berlusconi. © ALESSIO MORGESE / DPPI MEDIA / DPPI VIA AFP

Le duo ravit bien évidemment les supporters qui n'ont jamais connu la montée en Serie A malgré 38 saisons en deuxième division. Si le club a vu passer de nombreux grands joueurs italiens comme Luigi Di Bagio (milieu de terrain qui a manqué son penalty face à l'équipe de France en 1998), Alessandro Costacurta, Massimo Oddo, ou encore Christian Abbiati, il a connu des problèmes économiques. L'ancien propriétaire et milanais également, Clarence Seedorf, est à l'origine de la faillite du club en 2015, qui s'est vu relégué en quatrième division. Remonté en Serie C en 2017, il aura donc fallu trois ans pour que cette équipe accède au niveau supérieur. 

Un club à la hauteur de ses ambitions ? 

"Je n'ai jamais eu aucun doute" quant à l'accession en Serie B, souligne Berlusconi qui n'a pas changé sa façon de faire avec l'ensemble de ses salariés. "Avec les joueurs et l'entraîneur, je fais ce que j'ai toujours fait au Milan. Je leur parle, je les encourage, je les motive (...) je leur fais des remarques si quelque chose ne va pas dans leur comportement. Bref, j'ai gardé mes bonnes habitudes de toujours", a-t-il expliqué. "À aucun moment il rentre dans la vie sportive des joueurs ou dans les choix du coach", se souvient l'ancienne gloire de l'Olympique de Marseille. "Il n’a jamais parlé dans les vestiaires."

S'il laisse le sportif aux joueurs et au staff, Berlusconi agit sur son terrain, celui des affaires. Il faudra donc s'attendre à un investissement massif pour renforcer l'effectif de Cristian Brocchi, qui était le dernier entraîneur de l'AC Milan sous l'ère Berlusconi. La Gazzetta dello Sport annonce un budget avoisinant les 15 millions d'euros pour la saison prochaine. Le technicien italien a vu son contrat prolongé d'un an et pourra ainsi travailler main dans la main avec le directeur sportif Filippo Antonelli. Le milieu relayeur Andrea Barberis (26 ans), libre de tout contrat en provenance de Crotone, a déjà signé en faveur du club lombard. Un joueur qui connaît bien la Serie B et qui possède également une expérience en Serie A. Les attaquants Massimo Coda (31 ans) et Alfredo Donnarumma (29 ans) sont dans la short list de l'AC Monza, tout comme l'ancien milanais et défenseur Luca Antonelli (33 ans). Un recrutement qui pourrait permettre à cette modeste équipe de connaître l'élite plus rapidement que prévu. "Quand tu mets des joueurs en Serie B, qui ont déjà joué en Serie A, tu peux très vite monter. C'est un peu comme chez nous", souligne JPP.

"La promotion dépend de nombreux facteurs, on le sait, et certains sont impossibles à prévoir. Ceux qui sont prévisibles, nous les avons en revanche bien en tête et nous ferons de notre mieux pour qu'ils tournent à notre avantage", ajoute Berlusconi. Le président prépare aussi l'avenir en s'orientant vers le centre de formation. Une ambition clairement affichée pour un homme de 83 ans qui semble encore déterminé. 

Paul Giffard paul_gfrd