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Italiens et Espagnols arborent le slogan "Dites non au racisme" | AFP

Racisme: carton rouge à l'Italie

Publié le , modifié le

Le racisme dans les stades de football, notamment en Italie, ne date pas d’hier. Depuis quelques années, les plus grandes instances ont compris qu’il fallait réagir face à cette montée de la xénophobie. Confrontée à cet épineux problème, la Fédération italienne a pourtant clairement baissé les bras en atténuant la règle de suspension de stade en cas de "discrimination territoriale", ou de racisme.

Désormais, des offenses à caractère raciste tels que les cris de singes, ou les chants xénophobes, pourront bénéficier de sanction avec sursis, cette notion ayant été intégrée à la législation. Et le nouveau règlement de la Fédération italienne va plus loin, car une telle sanction devra en outre être le fait de nombreux spectateurs, et pas seulement de quelques-uns… "C’est pour éviter que vingt idiots agités puissent nuire à 50.000 bons tifosi et causer la fermeture d'un stade entier", a ainsi argumenté le président de la Ligue professionnelle (Lega), Maurizio Beretta.

Eto'o subi des chants racistes venant des fans de Cagliari (2010)
Eto'o subi des chants racistes venant des fans de Cagliari (2010)

 L'AC  Milan qui devait jouer à huis clos contre l'Udinese après une énième affaire de ce type, pourrait bien voir sa sanction levée. Il s’agit ni plus ni moins d’une victoire des supporters ultras d'Italie, qui évoquent la liberté d'user de slogans d'humour "potache" et réclament le droit  d'être "mal élevés". Depuis le début de la saison la Roma, la Lazio Rome, l'Inter et déjà le Milan ont vu la tribune de leurs ultras fermée une fois pour racisme. Grande habituée, la Lazio doit notamment jouer son prochain match de Ligue Europa à huis clos après des insultes proférées à l’encontre des Polonais lors d'un match contre le Legia Varsovie.

Thuram: "L'Italie est raciste"

Des exemples de joueurs victimes d’attaques racistes sont nombreux, comme Samuel Eto’o, qui avait notamment subi des chants racistes en octobre 2010 face à des supporteurs de Cagliari, ou plus récemment encore, Kevin-Prince Boateng qui à force d’entendre les attaques de ce type, a préféré quitter la Serie A pour évoluer jouer en Allemagne. Dans son livre « Mes Etoiles noires », Lilian Thuram qui a joué pendant 10 ans en Italie affirmait que "l'Italie est raciste", précisant que "le racisme présent dans le football italien est le reflet du racisme présent dans la société".

Boateng prèfère quitter le terrain
Boateng prèfère quitter le terrain

 En janvier de cette année,  Boateng, alors joueur de l’AC Milan, a préféré quitter la rencontre amicale de son équipe, plutôt que d’entendre les chants racistes venant des tribunes d’un club de D4 italienne. Les coéquipiers du Ghanéen avaient aussitôt suivi leur camarade en signe de soutien. "Il faut que ces gestes d'incivilité cessent", avait déclaré le coach de l’AC Milan Massimiliano Allegri. Il faut que l'Italie devienne un peu plus civilisée et un peu plus intelligente", avait-il ajouté. Le président de la Fifa, Joseph Blatter avait pourtant critiqué la sortie du joueur.

Un mal européen

Trois mois plus tôt,  l'UEFA avait ouvert une procédure disciplinaire à l'encontre de la Lazio Rome dont les supporteurs -coutumiers du fait- avaient lancé des cris de singe en direction de trois joueurs noirs de Tottenham. Mais ces actes de racisme ne concernent pas uniquement le football italien. En février 2012, le club de Porto avait été condamné à verser une amende de 20 000 euros suite à des chants racistes proférés à l'encontre de l'attaquant de Manchester City, Mario Balotelli. En mars de cette année, le joueur de l'AEK Athènes, Giorgos Katidis avait même fait un salut nazi après un match. Il n'avait semble-t-il pas compris la portée de son geste...

Giorgos Katidis fait un salut nazi devant son coéquipier...
Giorgos Katidis fait un salut nazi devant son coéquipier...

En France, des clubs tels que le Paris Saint-Germain ou encore  Bastia avaient également été confrontés à ce genre de manifestations aussi scandaleuses que condamnables. Selon le réglement de l'UEFA, et aussi surprenant que cela puisse paraître, les joueurs n'ont théoriquement pas la possibilité de quitter le terrain. Les sanctions -très rares- qui peuvent aller jusqu'à l'exclusion d'une compétition, ne sont infligées qu'après la plainte d'un club, et ne se limitent la plus grande partie du temps qu'à des rappels à l'ordre ou des amendes dérisoires.

Ce que dit le règlement de l'UEFA:
Article 11 bis - Discrimination et comportements apparentés (fichier pdf)
1
Celui qui porte atteinte à la dignité d’une personne ou d’un groupe de personnes, par quelque moyen que ce soit, en raison de sa couleur, de sa race, de sa religion ou de son origine ethnique, sera sanctionné d’une suspension pour cinq matches ou pour une durée à déterminer. S’agissant des associations membres, des clubs et de leurs officiels, la suspension pourra, selon les circonstances, être remplacée par une amende.
2
L’association membre ou le club dont un ou plusieurs supporter(s) se comporte(nt) de la manière décrite au premier alinéa sera sanctionné(e) d’une amende de EUR 20 000.
3
Si les circonstances l’exigent, l’instance disciplinaire compétente peut prononcer des sanctions additionnelles à l’encontre de l’association membre ou du club responsable, telles que l’obligation de jouer un ou plusieurs matches à huis clos, la suspension de stade, le forfait, la déduction de points ou l’exclusion de la compétition.
4
La propagande idéologique sous toutes ses formes est interdite. En cas d’infraction à cette disposition, les alinéas 1 à 3 s’appliquent.

Romain Bonte