Chantier stade russe
La Samara Arena, en construction, sera l'un des 12 stades russes de la Coupe du Monde 2018 | Aleksandr Vasil'ev / Sputnik

Human Rights Watch dénonce l’exploitation des ouvriers dans les stades russes

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A un an du coup d’envoi de la prochaine Coupe du Monde en Russie (du 14 juin au 15 juillet 2018), les ouvriers des stades russes vivent une véritable « exploitation » selon l’ONG Human Rights Watch.

Les responsables russes ne cessent d’assurer que leur pays sera prêt le 14 juin 2018, date du match d’ouverture de la prochaine coupe du monde. Mais à quel prix ? Selon l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW), les ouvriers chargés de la construction des stades du Mondial-2018 sont victimes "d’abus et d’exploitation". Parallèlement, du côté de la FIFA, le président Gianni Infantino s’est dit "satisfait" des préparatifs de la compétition lors de sa dernière visite à Moscou fin mai. Mais la directrice Europe de HRW, Jane Buchanan, ne l’entend pas de la même oreille : "La FIFA n’a pas encore montré qu’elle peut efficacement surveiller, empêcher et remédier à ces problèmes".

Une visite sous tension

Dans son rapport publié ce mercredi, Human Rights Watch dit avoir visité 7 chantiers de stades et constaté des irrégularités sur 6 d’entre eux. Et notamment "des salaires non payés ou en retard de plusieurs mois, du travail par des températures en dessous de -25°C sans protection suffisantes ou l’incapacité des employeurs à fournir des contrats de travail légaux aux ouvriers".

Des ouvriers contrôlés par la peur

Ouvrier sur le chantier de l'un des futurs stades russes
Ouvrier sur le chantier de l'un des futurs stades russes

"Les travailleurs interrogés ont invariablement dit qu’ils avaient peur de parler de ces abus, craignant des représailles de leurs employeurs", ajoute l’organisation. Il faut dire que les faits sont morbides. Selon les chiffres de l’International des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), 17 ouvriers sont décédés sur les chantiers des stades de la Coupe du Monde. A Kaliningrad (ouest), toujours selon le rapport, des ouvriers qui souhaitaient se plaindre de leurs conditions de travail à une délégation de la FIFA y ont été empêchés par des agents de sécurité, les forçant à rester dans leurs dortoirs le temps de la visite. Dans le même temps, HRW a précisé qu’un de ses employés a été interpellé en avril dernier, à Volgograd (sud) alors qu’il cherchait à entrer en contact avec des ouvriers sur le chantier du stade. Il a été libéré "après plusieurs heures d’interrogatoire".

La FIFA se défend

Les instances de la Fifa se sont défendues de leur ingérence dans un communiqué, déclarant  "partager l’objectif de HRW de garantir des conditions de travail décentes sur les sites de construction". Assurant aller "au-delà de ce qu’aucune fédération sportive n’a fait pour identifier les questions relatives aux droits de l’Homme et du travail", l’instance de foot internationale ne partage pas la conclusion d’Human Right Watch. En "58 inspections de sites effectuées par des experts", la FIFA ajoute que les incidents d’exploitations relevés par l’ONG "ne correspondent pas aux constatations de l’instance".

Des travailleurs nord-coréens à Saint-Pétersbourg

HRW dénonce également "les rapports crédibles" concernant l’emploi d’ouvriers nord-coréens "travaillant de longues journées avec peu de jours de congés" sur le chantier du stade de Saint-Pétersbourg. Alors même que la FIFA avait déclaré que plus aucun ouvrier nord-coréen n’y travaillait, HRW a alors appuyé ses dires en ajoutant "qu’aucune information en ce sens n’a été rendue publique". Interrogé par l'AFP, Alexeï Sorokine, directeur général du comité d'organisation du Mondial, a reconnu que des Nord-Coréens avaient été employés mais que "leurs conditions de travail n'étaient pas vraiment différentes des conditions de travail des autres ouvriers". Affaire à suivre...

Leo Anselmetti @LeoAnselmetti