Johny Placide Haïti
Johny Placide et Haïti face au Mexique en demi-finale de Gold Cup | AFP

Gold Cup 2019 - Johny Placide : "Le quart contre le Canada, un moment inoubliable"

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La Gold Cup 2019 s'est terminée dans la nuit de dimanche à lundi avec la victoire du Mexique face aux Etats-Unis(1-0). Johny Placide, gardien et capitaine de sélection haïtienne, est revenu pour France tv sport sur le parcours des Grenadiers, demi-finalistes malheureux face au vainqueur.

Les Grenadiers sont passés tout proche de faire sauter la banque. La sélection haïtienne s'est hissée pour la première fois de son histoire en demi-finale de la Gold Cup. Face au Mexique, ils ont tenu bon pendant le temps réglementaire avant de céder sur un penalty en prolongation (0-1). Johny Placide, gardien et capitaine d'Haïti, est revenu pour France tv sport sur leur parcours et sur l'évolution du football haïtien. 

Cinq jours après la demi-finale, quel sentiment domine ? La joie d'une beau parcours ou la déception de la fin du match contre le Mexique ? 
Johny Placide :
"Il y a un petit peu des deux, il y a la joie d'avoir fait ce parcours là. Et la frustration d'avoir perdu en demi-finale, surtout avec ce penalty malheureux et discutable. C'est ça qui est frustrant."

Que vous a dit le sélectionneur Marc Collat après la rencontre ? 
JP :
"Il était très content de nous. C'est vrai qu'on a un peu marqué l'histoire du football haïtien. Haïti ne s'était jamais retrouvé en demi-finale. Il nous a félicité de notre travail et de notre compétition. Lui aussi était un peu frustré de la physionomie du match. Même si on a été dominé par cette équipe mexicaine, on a été solide défensivement. Tout le groupe se voyait aller terminer cette demie aux tirs au but et malheureusement ça s'est décidé autrement. Mais le bilan global était très positif."

Vous étiez-vous donné un objectif concret avant la compétition ? 
JP :
"On s'était fixé l'objectif de rejoindre cette phase finale, donc de terminer dans les deux premiers de la poule. Le reste, ce n'était que du bonus. Au fil de la compétition, vues nos prestations et le visage qu'on a montré pendant les matches, plus on passait les tours, plus on espérait davantage. On n'avait pas fixé une place.

Est-ce que terminer la phase de groupe contre le Costa Rica, votre adversaire le plus fort, a été un avantage ? 
JP :
"On s'est donné comme objectif de prendre des points dès les premiers matches. Les Bermudes, c'était leur première compétition donc on savait que ne pas prendre des points face à eux, ça allait être compliqué. Le Nicaragua, on les connait bien, mais il fallait confirmer. Avec deux victoires avant de jouer le Costa Rica, on savait que c'était un match bonus. On avait à cœur de faire un résultat parce qu'on rencontrait le Mexique dès les quarts en terminant deuxièmes. Donc on a tout donné et ça nous a réussi. Même si on a été mené 1-0, on a réussi à faire pencher la balance."

La demi-finale d'Haïti contre le Mexique (0-1)

Si vous deviez retenir un moment de la Gold Cup ? 
JP :
"Le quart de finale contre le Canada. Perdre 2-0 à la mi-temps et revenir à 3-2, personne n'aurait mis une pièce sur nous. Ce match-là, c'était vraiment un moment inoubliable. Même nous, à la mi-temps, on se disait que ça allait être compliqué. C'était un moment magnifique. Il y aussi le match à New-York (contre le Costa Rica, ndlr), avec une grosse communauté haïtienne. Un stade pas plein mais à 80% plein et quasiment que des Haïtiens. C'était un moment énorme."

Vous attendiez vous à inscrire autant de buts (neuf en quatre matches) ? 
JP :
"Oui, car c'est une de nos forces. On a des joueurs avec les qualités pour faire la différence. On a de la vitesse, notre force ce sont les attaques rapides et ça nous a réussi à la Gold Cup. Dans les autres compétitions, on a beaucoup marqué de la même façon et on s'est appuyé sur ça.

Le quart de finale d'Haïti face au Canada (3-2)

C'est particulier d'être capitaine de cette sélection, première demi-finaliste en Gold Cup ? 
JP :
"Capitaine, en soi ce n'était pas tellement particulier. Je suis capitaine depuis pas mal d'années. Mais là c'est une aventure. Avant la compétition, on a eu beaucoup d'absents. Kevin Lafrance, qui venait de signer à l'Apollon Limassol, n'est pas venu parce que son équipe prépare la Ligue des champions. Kevin, c'était une pièce-maîtresse de notre effectif. On a eu un problème avec Ricardo Adé, un défenseur central qui joue au Chili, qui n'a pas eu de visa et ne pouvait pas entrer aux Etats-Unis. Il n'a pu jouer que contre les Bermudes parce que le match était au Costa Rica.  Ensuite, on a eu la blessure de Jérôme Mechack, notre deuxième capitaine. Et avant, on a eu la blessure de Soni Mustivar. On a eu quatre titulaires potentiels absents donc avant la compétition, on avait un peu de doutes. Parce qu'on sait que le onze de départ c'est très important. On a fait avec ceux qui restaient et ça a très très bien marché. Même par rapport aux doutes qu'on avait, les gens savaient qu'on pouvait se qualifier. On reste une équipe assez forte. Le Canada et le Mexique s'attendaient à un match difficile et c'est ce qui est arrivé."

Est-ce que vous sentez une évolution depuis vos débuts en sélection (en 2011) ? 
JP :
"Bien sûr. Je suis arrivé en sélection il y a huit, neuf ans, c'est le jour et la nuit. On n'avait pas de sponsor, au niveau de l'organisation c'était très compliqué. Aujourd'hui, on a les équipements comme toutes les grosses sélections, que ce soit médical, dans la composition du staff avec un préparateur physique, un entraîneur des gardiens, les coup de pieds arrêtés pour cette compétition. La fédération a fait de gros efforts. Si on une équipe cohérente on peut faire de grandes choses. Il y a encore des choses à améliorer, mais par rapport à quelques années en arrière c'est un grand pas vers l'avant."

Votre situation personnelle (il est libre depuis son départ d'Oldham en 2018) a-t-elle eu un impact sur votre préparation ? 
JP :
"Cela n'a pas été gênant, au contraire. J'ai eu la chance de m'entraîner quasiment toute la saison avec mon club formateur du Havre, avec le programme d'un joueur professionnel. Et c'est une chance aussi cette Gold Cup, parce qu'elle arrive juste avant la reprise des clubs pros et ça m'a permis de montrer que je n'avais pas perdu mes capacités."

Beaucoup de joueurs haïtiens évoluent dans des championnats américains, c'est une possibilité ? 
JP :
"Cela peut m'intéresser, je ne suis pas du tout fermé à ça. J'ai connu la France, s'il y a des propositions ailleurs pourquoi pas."

Quel votre avis sur la décision de lancer une Ligue des Nations de la CONCACAF et d'abandonner la Coupe des Caraïbes ? 
JP :
"Je trouve que c'est une bonne chose. Cela permet de croiser plus d'équipes, qu'on n'a pas eu la chance de rencontrer. Par exemple, le Costa Rica comme là. Le système de championnat est intéressant. C'est pas mal, cela va changer et nous permettre de se montrer aux yeux du monde car ce n'est plus la petite Coupe des Caraïbes. C'est un championnat avec l'Amérique centrale et l'Amérique du Nord."