Michel Platini, président de l'UEFA
Michel Platini, président de l'UEFA avec le trophée de la Ligue des Champions | AFP - FABRICE COFFRINI

Fair-play financier: qui va trinquer ?

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Dans quelques jours, l'UEFA va dévoiler les clubs épinglés dans le cadre du fair-play financier. Le principe est simple: un club ne peut pas dépenser plus qu'il ne gagne. En cas de non respect, les sanctions vont de la simple mise en garde à l'exclusion des compétitions européennes, dont la prestigieuse Ligue des champions. La presse européenne a déjà choisi les futurs condamnés: Chelsea, Manchester City, l'Atlético Madrid, la Juventus et le PSG.

En 2011, 1.7 milliards d'euros de pertes. Les clubs européens dépensent beaucoup d'argent, et même trop. C'est pour cela que l'UEFA a décidé d'appliquer le fair-play financier, qui va entrer en action cette saison. Depuis 2010, une partie des mesures est appliquée, avec l'interdiction d'avoir des arriérés de paiement envers un salarié, un club ou toute autorité administrative. Certaines équipes se sont déjà fait taper sur les doigts. Mais cette année, on passe l'échelon supérieur. Désormais, les clubs ne peuvent pas dépenser plus d'argent qu'ils n'en génèrent. Et les textes de l'UEFA stipulent bien que "si le propriétaire d'un club injecte de l'argent par le biais d'un contrat de sponsoring par une société avec laquelle il a des liens, les instances compétentes (...) si nécessaire, adapteront le  calcul du résultat relatif à l'équilibre financier en prenant en compte les  recettes de sponsoring (...) en fonction des prix du marché". C'est ce point qui pourrait coûter cher au PSG ou à Manchester City, principaux clubs citée. Sur les 237 clubs concernés par le fair-play financier cette année, 76 auraient subi de plus longs examens.

Les mauvais élèves

En France, le cas du PSG est central. Depuis 2011, le Qatar a dépensé plus de 380 millions d'euros en transferts. Le problème réside dans le contrat de sponsoring avec l'autorité du tourisme du Qatar, pour 200 millions d'euros par an. Or, les experts pourraient estimer que cette somme est surévaluée par rapport au marché, du fait des liens entre Qatar Sports Investments et QTA. Monaco, futur européen, n'entre pas dans cet examen puisque n'ayant pas participé à une coupe d'Europe cette saison. Avec les gros investissements de son propriétaire russe Rybolovlev, le club monégasque aura ses comptes examinés la saison prochaine.
En Angleterre, Chelsea, du milliardaire russe Abramovitch, Liverpool, du consortium américain New England Sports Venture, et Manchester City, du milliardaire d'Abu Dhabi Al Nahyan, sont couramment cités. Plus de 94 millions d'euros dépensés en transferts en 2011, près de 82 en 2012, le club des Citizens a beaucoup dépensé. Et son contrat avec Etihad, sponsor du stade pour 485 millions d'euros pour 10 ans, laisse sceptique les observateurs, un peu à l'image de celui du PSG. Quant aux Blues, ils accusaient 60 millions de pertes la saison passée. En Espagne, c'est l'Atlético Madrid qui inquiète, avec une dette à l'égard du Trésor Public qui se monterait à plusieurs dizaines de millions d'euros selon la presse. En Italie, l'Inter Milan devrait voir sa dette dépasser les 60 millions d'euros. La Juventus, promise au Scudetto, devrait accuser un bilan négatif avoisinant les 45 millions. 

Les bons élèves

Les clubs allemands possèdent de bons bilans, au premier rang desquels le Bayern Munich. En Angleterre, Arsenal semble entrer dans les clous, tout comme Manchester United qui a beaucoup oeuvré en terme de sponsoring. En Italie, le bon élève s'appelle le Napoli, avec un bénéfice de 8 millions d'euros, et un compte positif pour la 7e saison de suite. En Espagne, il semble que le fair-play financier n'inquiète pas vraiment le  Real et le Barça, qui sont les deux clubs ayant le plus de revenus au monde:  518 millions d'euros pour le club merengue, 482 millions pour son rival  blaugrana selon le cabinet Deloitte.

Les règles à connaître

♦ Quels sont les clubs concernés ? Ceux qui disputent les coupes d'Europe (Ligue des Champions, Ligue Europa).
♦ Qui contrôle ? L'Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), composée de deux chambres: celle de l'instruction, dirigée par l'ancien Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, celle de jugement présidée par l'ancien juge de la Cour de justice de l'Union européenne, José Narcisco da Cunha.
♦ Quelle est la période examinée ? Pour éviter de sanctionner un club juste pour une saison moins performante sur le plan sportif et ensuite comptable, ce sont deux exercices qui sont examinés par l'ICFC (2012 et 2013) pour ce premier jugement, avant de passer à trois exercices à compter de la saison prochaine.
♦ Qu'intègre-t-on dans le bilan ? Les investissements réalisés dans les équipements, les infrastructures, la formation, peuvent être déduits des dépenses. Au chapitre recettes, seuls les revenus directement liés au foot sont pris en compte: billetterie, droits de retransmissions, sponsoring, activités commerciales et ventes de joueurs.
♦ Quelles est la marge de manoeuvre ? Pour cette première saison d'application, l'UEFA a placé la barre du déficit à 45 millions d'euros. En clair, dans le premier rapport de l'ICFC, un club peut avoir jusqu'à 45 millions de déficit, si son propriétaire ou son actionnaire peut couvrir. Cette barre sera ramenée à 30 millions d'euros la saison prochaine.
♦ Quelles sont les sanctions encourues ? Elles vont du simple avertissement à l'exclusion des compétitions  européennes en cours ou à venir, voire le retrait d'un titre en Coupe d'Europe. Au milieu: des amendes, des déductions de points, des gels de primes des compétitions européennes ou des restrictions du nombre de joueurs pouvant participer aux épreuves européennes...
♦ Quels sont les recours ? Le Tribunal arbitral du sport (TAS), plus haute instance sportive, peut être saisi, dans les 21 jours suivant la notification de la sanction. A noter que cet appel n'est pas suspensif. Ensuite, le tribunal fédéral suisse peut examiner un recours, mais cette juridiction s'attache plus à regarder si les procédures et principes du droit ont été respectés plutôt qu'au fond des dossiers.