Equipe de France féminine : Gaëtane Thiney écartée, la fin d'une époque

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Auteur·e : Adrien Hemard
Gaëtane Thiney
Gaëtane Thiney a inscrit le but égalisateur contre le Brésil | AFP - CHRISTOF STACHE

En froid avec Corinne Diacre, Gaëtane Thiney n’a pas été retenue pour le Tournoi de France du 4 au 10 mars. Tout sauf une surprise, tant les relations se sont tendues entre l’attaquante française et sa sélectionneuse ces dernières semaines, même si celle-ci a justifié son choix sur des critères de performance. Au delà du domaine sportif, cette absence marque surtout la fin d’une époque, étant donné l’aura de Thiney, internationale depuis 2007. 

Elle était l'une des images de l'équipe de France. A 34 ans et après treize années en Bleues (163 sélections), c’est peu dire que Gaëtane Thiney est une joueuse avec de la suite dans les idées. Un rapide coup d’œil au tableau de chasse de l’attaquante française suffit à comprendre son sens des valeurs, elle qui joue pour Juvisy (devenu le Paris FC) depuis 2008, sans jamais avoir cédé aux sirènes du tout puissant Olympique Lyonnais ou du PSG. Une fidélité exemplaire, quitte à sacrifier son armoire à trophées. En effet, plutôt que de rejoindre Lyon pour empiler les titres, Thiney a préféré consacrer sa carrière à un club, après avoir été formée à Saint-Memmie et joué deux ans à Compiègne. Autrement dit, on parle bien là d’une joueuse avec des convictions. Et qui les assume.

Une remise en cause du staff

A la tête de l’équipe de France depuis 2017, et auparavant membre du staff entre 2007 et 2013, Corinne Diacre a pu s’en rendre compte au fil des années. Mais ces dernières semaines, la sélectionneuse des Bleues en a fait les frais, directement. Interrogée par l’AFP mi-février, Gaëtane Thiney a tiré à boulets rouges sur le staff des Bleues, sans viser explicitement la sélectionneuse, l’invitant notamment à "moderniser" son management et à "s'inspirer" de Didier Deschamps, un technicien qui "protège ses joueurs, les aime, les fédère". Avant d’ajouter : "A chaque fois on échoue et on a l'impression que l'approche reste la même" et "aujourd'hui, les joueuses ne s'expriment pas à la hauteur de leur potentiel". Ou l'art des sous-entendus. 

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En réponse, la sélectionneuse a d’abord enfilé le bleu de chauffe dans les colonnes de l’Equipe la semaine dernière : "Il y a beaucoup de déception après la Coupe du monde. Et toutes les polémiques qui ont suivi sont à la hauteur de cette déception. Après, ses propos lui appartiennent. Je trouve cela dommage et regrettable qu'elle agisse comme ça. Mais c'est son droit". Surtout, la sélectionneuse a décidé de se passer de Gaëtane Thiney pour les trois prochains matches des Bleues. Une décision qui ne peut être anodine puisqu’elle concerne une joueuse de 34 ans, forte de 58 buts en 163 sélections. 

Déjà écartée en 2015-2016

Sixième joueuse la plus capée (Sandrine Soubeyrand, première, compte 198 sélections), et quatrième meilleure buteuse (58 buts contre 81 pour Marinette Pichon) de l’histoire des Bleues, Gaëtane Thiney n’est pas une internationale comme une autre. Son palmarès est certes plus que maigre (Euro U19 en 2003, meilleure joueuse de D1 en 2012 et 2014) du fait de sa fidélité à Juvisy, mais son passé en équipe de France en impose. Internationale depuis 2008, Thiney a non seulement pris part à toutes les épopées des Bleues, mais en a souvent été une actrice principale. Un véritable pilier.

Gaëtane Thiney (numéro 7) était titulaire lors du quart de finale de Coupe du monde contre les Etats-Unis.
Gaëtane Thiney (numéro 7) était titulaire lors du quart de finale de Coupe du monde contre les Etats-Unis. © AFP

Ainsi, elle a brillé lors de la Coupe du monde 2011, inscrivant notamment un doublé en huitième de finale contre le Canada, mais aussi aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Machine à marquer, elle a par ailleurs porté l’équipe de France lors des phases de qualification de différents tournois. Hormis les Jeux de 2016, l’attaquante n’a loupé aucune compétition majeure. En dehors des terrains, Gaëtane Thiney occupe même un poste de conseillère technique nationale à la FFF, chargée du développement des pratiques du football chez les jeunes. Bref, on parle bien d’une cador du football français.

Un choix sportif assure Diacre

Une cador dont les Bleues se passeront donc pour le Tournoi de France, à cause de tensions nées des déclarations de l’attaquante du Paris FC. Mais pas que, selon Corinne Diacre, qui a justifié ainsi sa décision après l'annonce de sa liste : "J'ai rencontré Gaëtane fin novembre pour lui signifier que je pourrai me passer de ses services à l'avenir. Je n’ai pas été non plus ferme et catégorique, puisque seules les compétitions du week-end me guident dans mes choix. J’ai trouvé qu’après la Coupe du monde, ses performances étaient en deçà de ce qu’elle peut faire. C'est ce qui explique ma décision". Relancée quelques minutes plus tard, Diacre a assuré "être têtue mais pas fermée ni obtus, et prendre en compte les critiques" tout en rappelant "qu'on ne peut pas plaire à tout le monde".

De quoi pousser Gaëtane Thiney vers la retraite internationale, comme sa coéquipière de toujours en Bleue, Elise Bussaglia ? Pas sûr. Car si Thiney a 34 ans, elle a déjà connu une mise au placard en équipe de France. C’était sous Philippe Bergeroo, en 2015-2016, ce qui l’avait privée des Jeux de Rio. A la faveur d’un changement de sélectionneur, elle était revenue dans le groupe et même dans le onze titulaire dès septembre. Alors, bis repetita ?