José Mourinho
José Mourinho, l'entraîneur portugais | AFP - JAVIER SORIANO

Mourinho au Real, des coups et dégoût

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Après trois ans passés dans la capitale espagnole et trois titres, José Mourinho quitte donc le Real Madrid avec un bilan mitigé. Arrivé en conquérant après son passage triomphal à l'Inter Milan, il laisse derrière lui une équipe enfin équilibrée et capable de rivaliser avec le FC Barcelone sur la scène nationale. Mais il a échoué en Ligue des Champions malgré trois demi-finales consécutives et a surtout laissé une image détestable entre coups de sang, coups de gueule et a finalement réussi à faire l'unanimité contre lui, même au sein de son vestiaire, là où d'habitude il fédérait.

"Je veux être là où l'on m'aime". Après l'élimination en demi-finale de Ligue des Champions contre Dortmund, José Mourinho n'avait pas laissé guère de doutes sur son avenir. Celui-ci s'écrivait loin de Madrid. C'est officiel depuis lundi soir. C'est Florentino Pérez, le président du Real, l'homme qui l'a fait venir, qui l'a lui-même annoncé lundi en conférence de presse. "Après des entretiens avec notre entraîneur José Mourinho nous avons conclu un accord pour mettre fin à notre contrat à la fin de la saison", a-t-il déclaré. Accueilli en héros le lendemain de son triomphe à Santiago Bernabeu en finale de C1 en 2010 avec l'Inter Milan, trois ans plus tard, son départ sonne presque comme un soulagement pour le "Madridisme". Il était celui qui devait ramener la gloire à la "Casa Blanca", et même s'il a partiellement réussi, il est surtout celui qui a assombri l'image du Real Madrid. Club seigneur, grand dans la victoire, digne dans la défaite, le Real ne pouvait plus supporter la pression que Mourinho lui infligeait au quotidien. Après Chelsea (2004-2007), l'Inter (2008-2010), le Portugais confirme son timing : avec lui, l'amour dure trois ans.

Sportivement, du bon et du moins bon

Mourinho a débarqué en Espagne avec deux objectifs en tête : mettre fin à la domination du Barca et remporter la "Decima", cette fameuse 10e Coupe d'Europe qui fait rêver tout Madrid. Il était celui qui avait fait chuter le Barca de Guardiola en demi-finale de C1 en 2010 avec l'Inter. Ill mettra un an avant de faire plier les Catalans en Liga. Il y était déjà arrivé en 2011 en finale de Coupe du Roi. Mais, sa saison la plus aboutie sera la suivante (2011-2012). Un titre de champion, le premier pour le Real depuis 2008, et des records à la pelle : celui du nombre de victoires (32), de points (107) et de buts inscrits (121). Il est alors le 3e entraîneur à remporter le titre national dans quatre pays différents (après l'Italien  Trapattoni et l'Autrichien Happel). Son deuxième échec de suite aux portes de la finale de la Ligue des Champions est encore porteur d'espoirs. En effet, grâce à lui, le Real a enfin passé le cap des 8e après 6 échecs d'affilée à ce stade de la compétition. Et surtout, il a réalisé la première partie de son objectif.

L'Espagne reconquise, il pouvait partir à l'assaut de l'Europe. Les ultimes retouches du début de saison (Modric) devaient le mener au titre suprême. Ce troisième échec de rang face à Dortmund a sonné le glas des ambitions européennes de Madrid cette saison. "The Special One" aurait pu se consoler avec une seconde Coupe du Roi (après celle de 2011), mais le voisin madrilène a gâché la fête, mettant un terme à "la pire saison" de la carrière du "Mou", selon lui. "Cette saison, nous devons nous contenter d'une Supercoupe d'Espagne, d'une deuxième place en championnat et d'une demi-finale de Ligue des Champions". Un bilan qui a fait dire au journaliste de As, Alfredo Relaño, que "Mourinho laisse peu de titres et beaucoup de bruit".

Du doigt dans l'œil au cas Casillas

Cette finale de Coupe de Roi contre l'Atletico sera sans doute son dernier match sur le banc madrilène. Le "Mou" s'est en effet offert une sortie à son image : une expulsion, rajoutant un peu plus d'eau au moulin de ses détracteurs. Pérez le savait en l'engageant, mais Mourinho est un personnage controversé. Charismatique, fin psychologue, tacticien, il a aussi sa part sombre, se construisant dans les polémiques, agissant en paratonnerre pour ces joueurs, concentrant les critiques et les pressions. A Madrid, il a d'abord attaqué le FC Barcelone, par les mots, puis physiquement. L'œil de Tito Vilanova se souvient encore de cette finale retour de Supercoupe d'Espagne où il a vu le doigt de Portugais d'un peu trop près. Fidèle à son schéma d'unir son vestiaire devant l'adversité, il avait débarqué à Madrid avec l'idée de construire un commando près à aller à la guerre avec lui, comme à Chelsea et l'Inter. Ca a fonctionné les deux premières saisons.

Mais déjà des dents commençaient à grincer. Celles des Espagnols. A Chelsea et l'Inter, Mourinho avait pris des vestiaires de "losers" (Inter) ou de joueurs vierges de tout palmarès (Chelsea), à Madrid, Ramos, Casillas, Ronaldo, Alonso avaient gagné sans lui ou avec d'autres. La brouille avec le gardien, symbole et pilier du club, a fini de mettre Mourinho dans une position intenable. Un sondage officieux était même sorti ces dernières semaines dans les colonnes d'El Pais, déclarant que 15 joueurs dont "5 importants" espéraient le départ du Portugais en fin de saison. Le fédérateur est donc devenu l'homme à abattre. Ces 15 là peuvent désormais sourire. Comme tous les socios du Real qui l'ont copieusement sifflé lors des derniers matches à Bernabeu. A force de vouloir gagner seul contre tous, le "Mou" est désormais tout seul. Madrid l'avait réclamé, il en a fait une overdose. L'amour l'attend désormais du côté de Chelsea.