Luis Enrique, FC Barcelone
L'entraîneur du FC Barcelone, Luis Enrique | AFP - S. LAU

Luis Enrique : ses réussites, ses échecs, son bilan au FC Barcelone

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Luis Enrique a annoncé son départ du FC Barcelone à la fin de la saison. L’homme de 46 ans se dit usé par la fonction, comme Pep Guardiola avant lui. Après trois saisons sur le banc catalan, quel héritage va laisser l’Asturien ?

Ses réussites

Reconstruire le Barca

Quand Luis Enrique prend les commandes lors de l’été 2014, le FC Barcelone sort de deux saisons chaotiques. Le départ de Pep Guardiola à la fin de saison 2012 a laissé un vide immense. Tito Vilanova, l’adjoint de Pep, a repris le flambeau, mais sa maladie va l’obliger à se mettre en retrait. La saison suivante, Tata Martino, l’Argentin est intronisé mais ne remporte que la Supercoupe d’Espagne. Le jeu est en déliquescence et le Real Madrid, champion d’Europe, vainqueur de la Coupe d’Espagne, avec son superbe trio BBC, est en train de monter en puissance. Luis Enrique arrive dans ce contexte. La greffe met du temps à prendre. Sa relation avec Lionel Messi n’est pas toujours au beau fixe et en janvier 2015 après une défaite contre la Real Sociedad (1-0), où Messi n’est pas titulaire, il est tout près de prendre la porte. Josep Bartomeu aurait offert la tête de son entraîneur à la "Pulga", qui n’aurait pas donné le coup de grâce.

La suite ? Un triplé retentissant (Liga, Ligue des champions, coupe d’Espagne) pour sa première année au Barca. L’année suivante, le Barca échoue en demi-finale de C1 mais réalise le doublé Liga-coupe d’Espagne. Cette saison, le "Mes que un club" est toujours en lice sur tous les tableaux : les Catalans sont en finale de la coupe d’Espagne, sont leaders de Liga – le Real a un match en retard – et toujours en lice en Ligue des champions. Même si la déroute face au PSG (4-0) en 8e de finale aller paraît insurmontable. Ce désastre a sans doute précipité sa décision. "Il nous reste trois mois passionnants", a souligné Luis Enrique mercredi. Mais il est d’ores et déjà, le troisième entraîneur le plus titré du Barca avec 8 trophées derrière les deux légendes Pep Guardiola (14) et Johan Cruyff (11).

La MSN, sa réussite

Lionel Messi et Luis Enrique après la victoire en Ligue des champions en 2015
Lionel Messi et Luis Enrique après la victoire en Ligue des champions en 2015

Luis Enrique regrettait que son apport ne soit pas reconnu à sa juste valeur par les médias et les socios. La scène après la défaite au Parc des Princes est symbolique de sa relation avec les journalistes catalans. "Je pense qu’utiliser le sujet de l’intensité est un peu facile, non? S’il y a un responsable, c’est moi, je l’assume. Mais quand on gagne, j’aimerais être traité de la même manière. Le traitement que tu me réserves actuellement et le ton que tu emploies… j’aimerais avoir le même après les victoires", a-t-il balancé au journaliste Jordi Grau qui l’interviewait. Dans les travées du Parc, il avait même dû être retenu pour ne pas en venir aux mains. Pourtant, Luis Enrique a réussi une belle prouesse, faire jouer ensemble les trois stars offensives Neymar, Messi et Suarez alors que chacune d’entre elles pourrait tenir le premier rôle dans n’importe quel club.

"C'est la preuve que le Barça est en état de grâce. Que trois idoles de cette envergure s'entendent si bien sur et en dehors du terrain est juste magique. C'est assez difficile de voir une entente si parfaite. Avec Neymar, ça a pris un peu de temps, mais avez Suàrez ce fut quasi immédiat", avait salué Jorge Valdano. Enrique est à la base du basculement du jeu du Barça : le milieu de terrain tout-puissant sous Guardiola est désormais au service de cette MSN qui cannibalise le jeu catalan depuis trois saisons. Interrogé sur le départ de son ami, Pep Guardiola lui a rendu un très bel hommage : "Ma première réaction est en tant que supporter de Barcelone, le club de mon coeur. Je suis très triste. Nous allons regretter un entraîneur qui avait le profil idéal pour Barcelone, du fait de sa personnalité et de son caractère".

Ses échecs

La Masia, cette source tarie

Johan Cruyff et Pep Guardiola ont réussi à faire triompher le Barca avec des joueurs du cru. Cette fameuse Masia, source de talents, semblait inépuisable. Le 25 novembre 2012, Tito Vilanova réussissait une première historique : le onze qui terminait la rencontre face à Levante était uniquement composé de joueurs issus du centre de formation après le remplacement de Daniel Alves par Martin Montoya. Certes Pep et Tito ont bénéficié d’un alignement des planètes exceptionnel : des talents extraordinaires issus de générations qui se suivaient. Contre Léganès le 20 février dernier, Luis Enrique n'avait aligné qu'un seul Espagnol formé au club (Sergi Roberto). Pourtant, il aurait pu faire confiance aux jeunes talents. Il n'en manquait pas : Sergi Samper, Gerard Delofeu ou Alen Halilovic au milieu de terrain, Munir El-Haddadi et Sandro en attaque.

Ces cinq-là sont désormais éparpillés à Grenade, Milan, Las Palmas, Valence et Malaga. Peut-être ceux-ci n’avaient pas le niveau des "anciens" comme Pedro, Iniesta, Busquets ou Thiago Alcantara, dernier top joueur à être sorti de La Masia et qui fait aujourd’hui les beaux jours du Bayern, mais la comparaison était forcément trop dure à tenir. Non, le tort de Luis Enrique est sans doute d’avoir oublié la culture formatrice d’un club qui a grandi et gagné avec ses jeunes. La Masia est l’une des fiertés de la Catalogne. Elle est aujourd’hui en crise. "Ces derniers temps, ils cherchent des joueurs forts, sans vraiment de talent. Le Barça B joue pour gagner et ils le font grâce à des joueurs plus vieux que leurs adversaires, c'est de la triche", a déclaré un ancien entraîneur de la pépinière.

A la place de ses jeunes, ce sont d’autres jeunes achetés à coup de millions (Paco Alcacer, André Gomes) qui jouent. Et qui ne donnent pas satisfaction. Joan Laporta, ancien président du FC Barcelone a résumé la situation après la victoire contre Léganès (2-1). "L'équipe est en souffrance, le public est divisé et la Masia démantelée. Le meilleur aujourd'hui, les trois points", a-t-il twitté.

Un recrutement raté

André Gomes, Arda Turan, Paco Alcacer… tous achetés à prix d’or et autant de fiasco. Cette liste pourrait encore s’allonger si on évoque les cas Aleix Vidal ou encore Lucas Digne. C’est simple, la seule recrue récente qui échappe encore aux critiques est Samuel Umtiti. Pour les autres, c’est plus compliqué. Arda Turan et Aleix Vidal ont attendu six mois avant de pouvoir jouer avec leur nouveau club au début de l’année 2016. Le Turc est plus souvent remplaçant et le latéral droit après des mois au placard s’est blessé pour une longue durée. Le milieu portugais convaincant à Valence ne s’est pas acclimaté au jeu et à chaque fois qu’il est aligné, il perd des points. Le jeune attaquant espagnol, lui, a bien marqué mercredi soir contre Gijon mais il doit se contenter des infimes miettes laissées par la MSN. Ces hommes étaient tous désirés par Luis Enrique. Aucun ne s’est fait une place claire dans la rotation. Le cas du latéral droit est symptomatique de la mauvaise gestion : Alves n'a jamais été remplacé et Enrique a dû aligner Roberto, milieu de formation pour pallier l'absence d'un latéral droit de métier. Depuis trois saisons, l’ossature est la même et la fatigue et l’usure se ressentent forcément.

Une philosophie égarée

Luis Enrique sera resté trois saisons sur le banc catalan
Luis Enrique sera resté trois saisons sur le banc catalan

En donnant les clés du jeu à Lionel Messi et aux deux autres monstres de l’attaque, Luis Enrique a sans doute sauvé le Barca. Mais au fil des saisons, ce jeu de passes et de possession qui faisait l’identité du FC Barcelone a été dilapidée. En 2017, le pourcentage moyen de possession durant une rencontre est "tombé" à 64,5%, quand il était à 72,7% en 2012 sous Guardiola. Les critiques de Sergio Busquets après la débâcle parisienne – le milieu de terrain avait déclaré que le match n’avait pas été assez préparé tactiquement – renvoient l’image d’un coach limité.

Là encore comparer avec Guardiola, dont le cerveau bouillonnait en permanence et arrivait à trouver des solutions en cours de match, est douloureux. Mais Enrique avouait lui-même récemment devant les micros qu’en "ce moment nos adversaires nous pressent haut, nous devons trouver des solutions pour dépasser cela et nous améliorer". Le match face au PSG est le meilleur exemple. Ce soir-là,  le trio du milieu Matuidi-Rabiot-Verratti avait anéanti celui du Barca. Au nom du pragmatisme et de la victoire, Enrique a changé l’équipe pour la façonner "à (sa) façon". "Je ne vais pas faire ce que tout le monde me conseille de faire. Les résultats diront si j’ai raison ou si je suis fou", avait-t-il lancé dès son arrivée. Il a eu raison un temps, mais aujourd’hui, le message semblait ne plus passer auprès des joueurs.