Griezmann, Valverde, Messi, "Barçagate"... L'annus horribilis du FC Barcelone

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
Antoine Griezmann en grande discussion avec Lionel Messi
Antoine Griezmann en grande discussion avec Lionel Messi | MAXPPP - ALEJANDRO GARCIA

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Leader avec deux points d'avance sur le Real Madrid avant l'arrêt des compétitions, le FC Barcelone a perdu sa couronne d'Espagne jeudi soir, au profit de son grand rival. Champions 2018 et 2019, les Catalans ne réaliseront pas la passe de trois. Cet échec symbolise surtout une saison faite de soubresauts et d'accrocs à tous les étages. Mais l'édition 2019-2020 peut encore être sauvée, pour ne pas aboutir à une première sans le moindre titre depuis 2008.

Antoine Griezmann, la face immergée d'une mauvaise saison

Y avait-il déjà des symptômes lors des tractations pour son transfert ? Son faux-départ de l'Atlético Madrid, et sa vidéo d'annonce de son maintien à Madrid juste avant la Coupe du monde 2018 avait été mal vécue dans les deux camps. Lorsque le FC Barcelone annonce, en juin 2019, avoir payé les 120 millions de sa clause libératoire, le destin d'Antoine Griezmann bascule. Pas vraiment dans la dynamique dont il rêvait. Le plus cher transfert de l'histoire du club barcelonais a beaucoup couru après une entente avec le duo Lionel Messi-Luis Suarez.

9 buts et 4 passes décisives en 35 matches (dont 31 en tant que titulaire), ce n'est pas infamant, mais cela n'est pas à la hauteur de son standing (il n'avait aussi peu marqué que lors de ses deux premières saisons à la Real Sociedad) ni à celle de l'investissement des Blaugrana. Troisième du Ballon d'Or en 2018, il dégringole à la 18e place l'année suivante. Son doublé lors de son premier match au Camp Nou le 25 août dernier semblait bien loin, il y a 15 jours, lorsqu'il s'est contenté d'une entrée en jeu de deux minutes en toute fin de match. Chose très rare, cela n'a pas manqué de faire réagir son père et son frère sur les réseaux sociaux. Encore une preuve d'un certain mal-être, et d'une intégration loin d'être aboutie.

Mais la faute n'en revient pas qu'au Français, loin de là. Lionel Messi a, par exemple, inscrit 23 buts en 32 matches de Liga, soit son plus faible total depuis la saison 2007-2008. Luis Suarez a été longuement blessé, tout comme Ousmane Dembélé ou Samuel Umtiti. Les finances du club exsangues ont limité ses capacités, comme le prouve le recrutement de Martin Braithwaite, qui a laissé pantois de nombreux observateurs.

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Ernesto Valverde, le limogeage révélateur

Champion d'Espagne 2018 et 2019, vainqueur de la Coupe d'Espagne 2018, de la SuperCoupe d'Espagne 2018. Ernesto Valverde avait un palmarès plaqué or. Mais à Barcelone, la qualité du jeu produit peut se révéler aussi importante que les titres. Et le début de saison des Barcelonais n'a pas convaincu. L'élimination en demi-finale de SuperCoupe d'Espagne, mi-janvier, a fait basculer son destin. Limoger un coach à Barcelone, c'est un fait rare depuis de nombreuses années. Il faut en effet remonter à 2003 pour trouver trace d'un précédant (3 entraîneurs en une saison). La méthode a même été réprouvée par l'un des glorieux anciens, Andres Iniesta : "Ce que fait Barcelone est un peu moche", avait-il dit sur la radio espagnole Onda Cero. "Ils devraient faire preuve de respect pour leur entraîneur. La manière de faire est ce qui choque le plus." Car avant de le renvoyer, les dirigeants barcelonais ont tenté de convaincre un autre ancien, Xavi, de revenir à la maison pour prendre en main la destinée  de l'équipe. Des tractations éventées et qui se sont révélées infructueuses. Ce départ, et le remplacement par Quique Setien, ont provoqué des ondes de choc à tous les niveaux.

Messi-Abidal, l'accrochage inhabituel par médias interposés

"Les responsables de la direction sportive doivent eux aussi prendre leurs responsabilités et surtout assumer les décisions qu'ils prennent". C'est un vrai missile que lâche Lionel Messi le 5 février dernier dans une interview à Sport. L'Argentin préfère généralement faire parler ses pieds qu’inonder la presse de paroles. Mais ce jour-là, il s'en prend vertement à Eric Abidal, directeur sportif du club. Ambiance. En cause : l'ancien international français avait justifié dans la presse le limogeage de Valverde par le fait que "beaucoup de joueurs n'étaient pas satisfaits et ne travaillaient pas beaucoup, et en plus il y avait un problème de communication interne." Une phrase que n'avait pas apprécié le N.10 : "Je crois que quand on parle des joueurs, il faudrait donner des noms, parce que sinon cela nous nuit à tous et alimente des choses qui se disent et qui ne sont pas exactes".

"Barçagate", la "grande famille" n'est plus

Comme pour les entraîneurs, le FC Barcelone n'alimente pas souvent les chroniques par des soubresauts en interne. "Més que un club" (plus qu'un club), sa devise, a pourtant connu un sacré coup de canif cette année. Début avril, six membres de sa direction démissionnent. Parmi eux, Emili Rousaud, vice-président et présenté comme possible successeur de Josep Maria Bartomeu, l'actuel président. A l'origine de cette décision : le "Barçagate". La presse divulgue un supposé recours par la direction du Barça à l'entreprise I3Ventures pour discréditer sur les réseaux sociaux les opposants au conseil d'administration, joueurs compris. En outre, le contrat aurait été fractionné en plusieurs pour éviter son passage devant le comité d'attribution. "Si les auditeurs nous disent que le coût de ces services est de 100.000 euros et que nous avons payé un million d'euros, cela signifie que quelqu'un a pioché dans la caisse", accuse même Rousaud.

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La sortie médiatique de Lionel Messi, capitaine, leader, emblème, à l'issue de la défaite de son équipe à Osasuna le 16 juillet et du sacre du Real Madrid, montre également bien des fissures au sein d'un groupe : "On a été une équipe très irrégulière, très faible, battue à l'intensité ou à l'envie, qui encaisse facilement. On a perdu beaucoup de points là où on n'aurait pas dû en perdre. (...) Il faut faire une autocritique, à commencer par les joueurs, mais une autocritique globale. C'est bien que le Real gagne tous les matches, et il a son mérite. Mais nous sommes le Barça et nous avons l'obligation de gagner tous les matches."

 

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Le Real Madrid, un adversaire plus prompt à redémarrer

Au redémarrage de la saison après la pandémie de Covid-19, le Real Madrid possédait deux points de retard sur le FC Barcelone. Mais 10 victoires en autant de rencontres ont placé l'équipe de Zinédine Zidane devant. Car dans le même temps, les Catalans ont enregistré trois matches nuls et une défaite pour six victoires. Ce titre de champion d'Espagne s'est envolé avec la crise sanitaire.

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0 titre ? Vers une première depuis 2008

Pour le moment, le FC Barcelone n'a ajouté aucun trophée dans sa vitrine cette saison. Eliminé en quarts de finale de la Coupe du Roi, en demi-finale de la SuperCoupe d'Espagne, 2e de la Liga, il ne lui reste qu'une compétition pour se sauver d'un zéro pointé très rare. Car depuis la dernière saison sur le banc de Frank Rijkaard, en 2007-2008, prédécesseur de Pep Guardiola, l'équipe catalane a toujours décroché au moins un titre. Pour éviter cet affront, il lui reste un parcours de gladiateur : un 8e de finale retour de la Ligue des champions contre Naples (1-1 à l'aller) le 8 août au Camp Nou, puis en cas de qualification, il y aurait pour adversaire le vainqueur de Chelsea-Bayern, avant une demi-finale face soit au Real Madrid ou Manchester City, soit contre la Juventus ou Lyon. Et bien sûr la finale, sa première depuis la saison 2014-2015. Et Lionel Messi a prévenu ses coéquipiers après la perte du titre de champion d'Espagne : "Je l'ai déjà dit il y a un moment, mais si on continue de cette manière, ce sera très difficile de gagner la Ligue des champions. Ça s'est vérifié aujourd'hui pour la Liga, mais il va falloir que l'on change en profondeur si on veut se battre pour la Ligue des champions, parce que sinon, le match contre Naples, on le perdra aussi". Il reste quatre matches couperets, quatre matches pour sauver une saison 2019-2020 décevante.