Diego Costa
Diego Costa | PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Diego Costa, le patient espagnol

Publié le , modifié le

Longtemps décrié, toujours controversé, Diego Costa (25 ans) a attendu son heure pour faire l’unanimité à la pointe de l’attaque de l’Atlético Madrid. Plus prolifique que Lionel Messi en Championnat, le buteur espagnol s’est placé cette saison au centre de toutes les attentions… et des convoitises. Avant d’affronter le FC Barcelone en quart de finale aller de la Ligue des champions, ce mardi (20h45), le phénomène est à l’aube de son plus grand défi. Et il n’a plus de temps à perdre.

Sur les terrains, Diego Costa a tendance à se faire plus d’ennemis que d’amis. Demandez donc à Sergio Ramos, sur lequel l’attaquant avait craché lors d’un derby madrilène, fin 2012. Ou à Geoffrey Kondogbia, qui sous le maillot de Séville, avait demandé à "Monsieur Costa" de "garder (ses) bruits de singe". Le bad boy à l'engagement rare ne vole pas sa réputation: il l’a forgée à coups de coude, de tacles et de mots doux pour ses adversaires. 

Diego Costa s'embrouille avec Diego Lopez
Diego Costa s'embrouille avec Diego Lopez

"Je devais tuer mes adversaires"

Formé à l’école brésilienne, le battant n’a longtemps connu que le football de rue, dans les favelas de Lagarto (nord-est du Brésil). Là, entre deux rencontres de street face aux équipes des villages voisins, l’adolescent gagnait sa vie en faisant passer des habits du Paraguay au Brésil. De la contrebande. Et quand il enfilait les crampons, la limite de l’illégalité n’était là non plus jamais bien loin. "Sur le terrain, je me battais avec tout le monde, je n’arrivais pas à me contrôler, se souvient-il. J’insultais mes adversaires. Je n’avais pas le moindre respect pour eux. Dans mon esprit, je devais les tuer".

Quelques mois après avoir signé dans son premier club à 16 ans, Diego Costa est repéré par le célèbre agent portugais Jorge Mendes, bluffé par ses qualités physiques et son jeu de tête. Alors que le joueur purge une suspension de quatre mois pour avoir menacé un arbitre, Mendes en profite pour aller à sa rencontre. Il convainc le feu follet de traverser l’Atlantique, à Braga, où le jeune attaquant patientera un an avant de pouvoir jouer, bloqué par des complications administratives. Une longue attente, à l'image de son début de carrière. Mais même en deuxième division portugaise, à Penafiel, Costa ne bronche pas. Quand il est valdingué du Celta Vigo au Real Valladolid en passant par la D2 espagnole, il se tait. Sa frustration ne transparaît que dans les cartons -jaunes (64) et rouge (4)- qu’il enquille pendant quatre ans, plus encore que les buts.

Cette saison, Costa s'est envolé
Cette saison, Costa s'est envolé

La Roja contre l'avis général

En 2011, le provocateur trouve enfin sa place à l’Atlético, qui cesse de le prêter à droite-à gauche pour l’installer dans son onze. Longtemps bloqué par la paire Aguero-Forlan, Costa prend ses marques dans l’ombre de Falcao, où il poursuit sa progression et ses frasques. Pepe a goûté à son poing lors d’une altercation en fin de match ; David Limbersky à son front, à l’occasion d’un magistral coup de boule.

Aujourd’hui, toujours aussi rude mais un peu plus mesuré, l’ennemi public numéro un en Espagne brille moins par ses débordements que par ses exploits sur le terrain. Visiblement libéré par le départ d’El Tigre à Monaco, Costa totalise 7 buts en 5 matches de Ligue des champions (mieux que Lewandowski), mais aussi 25 réalisations en 30 matches de Liga (mieux que Messi), et les Colchoneros caracolent en tête de la Liga avec 76 points (mieux que le Barça et le Real).

Et parce qu’il a le dos large, le buteur caractériel a longtemps fait languir le Brésil avant d’annoncer son choix de changer de sélection : il veut jouer pour la Roja, quitte être pris pour cible par une partie des supporters ibériques. Mais comme il l’a prouvé par le passé, l’homme saura vivre avec, et convaincre tôt ou tard les sceptiques. Car personne ne l’aime, mais tout le monde voudra bientôt Diego Costa.

Vidéo: l'Athlético se prépare avec Diego Costa