Démission de Bartomeu : la crise de gouvernance du Barça en 4 actes

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Bartomeu Barcelone
Josep Bartomeu, président du FC Barcelone. | Josep LAGO / AFP

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Josep Maria Bartomeu a démissionné de son poste de président du FC Barcelone ce mardi. C'est l'aboutissement de mois et d'années de crise de gouvernance au sein du club catalan. En voici le déroulé, en quatre actes.

• Acte 1 / Janvier 2014 - juillet 2015 : une présidence née dans la controverse 

Lors de la saison 2013/2014, le FC Barcelone est à un tournant de son histoire. L'âge d'or du mandat de Pep Guardiola, ponctué par deux titres de champion d'Europe et, surtout, par l'aboutissement de son identité de jeu, est terminé. L'heure est au renouvellement, le tout autour du même centre de gravité, Lionel Messi. Le jeune Brésilien Neymar débarque à l'été 2013, et est présenté par le club comme l'avenir très proche du grand Barça. Mais à peine quatre mois plus tard, en janvier 2014, le président de l'époque, Sandro Rosell, qui avait attiré le Brésilien, démissionne.

La justice espagnole avait ouvert une enquête pour abus de biens sociaux concernant le transfert de Neymar. Il est reproché à la direction de n'avoir pas été transparente sur le montant de la transaction. Lors de l’été 2013, le FC Barcelone avait communiqué une somme (57 millions d’euros) démentie quelques semaines plus tard par la presse espagnole, qui évoquait 97 millions d'euros. 

Sandro Rosell.
Sandro Rosell. © Josep LAGO / AFP

C'est là que Josep Maria Bartomeu prend sa casquette de président, lui qui était depuis 2010 vice-président en charge de l'aire sportive. Celui-ci démarre ainsi son mandat en pleine crise institutionnelle. Il tente d'emblée de faire oublier les casseroles en lançant un grand projet de "rénovation" du Camp Nou, dont le budget est de 600 millions d'euros. Mais son volontarisme n'endigue pas la crise, au contraire.

Fin 2014, le Tribunal arbitral du sport (TAS) confirme l'interdiction de recrutement du FC Barcelone jusqu'en 2016. Il est reproché au club des irrégularités sur des transferts de mineurs. Un vrai camouflet pour une institution qui met traditionnellement en avant sa fibre "sociale".

En janvier 2015, la situation de tension au sein du club l'amène à convoquer des élections anticipées pour l'été 2015, alors que son mandat devait se poursuivre jusqu'en 2016. Il est réélu en juillet 2015, notamment grâce à un deuxième triplé championnat-coupe-Ligue des champions après celui de 2009. Mais cette réussite sportive camoufle le mal ; elle ne sera d'ailleurs que temporaire. 

• Acte 2 / Fin des années 2010 : les déconvenues sportives s'enchaînent

Sur le terrain, l'identité du FC Barcelone, si vantée pendant des années, se délite saison après saison. Le triplé de 2015 est historique, mais le Barça ne dégage pas la même impression d'invincibilité que sous Guardiola. Très vite, les résultats, quoique toujours excellents sur le plan national, ne répondent plus vraiment aux ambitions du club sur le plan européen. Surtout, c'est la manière avec laquelle Barcelone s'effondre à chaque fois face à ses plus grands rivaux qui frappe.

De 2017 à 2019, scénario catastrophe identique pour Barcelone dans trois Ligue des champions successives. Contre la Juventus, la Roma, puis Liverpool, les Barcelonais s'inclinent mais, surtout se montrent totalement impuissants. Voire, contre la Roma et Liverpool, d'une fragilité mentale inédite en se laissant remonter après des matchs allers à sens unique en leur faveur. 

Lionel Messi ne peut que constater les dégâts après cette défaite historique
Lionel Messi ne peut que constater les dégâts après cette défaite historique © Manu Fernandez / POOL / AFP

Enfin, le coup fatal a été porté par le Bayern Munich il y a quelques mois à Lisbonne, en quarts de finale. Le FC Barcelone se fait laminer (8-2). L'humiliation est terrible. Elle finit même par entraîner la lassitude du Dieu du stade, Lionel Messi.

• Acte 3 / Eté 2020 : panique à Barcelone, Messi veut partir

Il faut remonter quelques mois en arrière pour comprendre la crise interne que traverse le Barça en 2020 et qui conduira Messi à vouloir plier bagages. En janvier, le Barça perd une demi-finale cruciale de la Supercoupe d'Europe. L'entraîneur Ernesto Valverde est limogé dans la foulée, ce qui inaugure la véritable descente aux enfers pour Bartomeu.

Le mois suivant, la radio Cadena Sar démontre que le Barça a versé un million d'euros en six factures distinctes à l'entreprise I3 Ventures pour calomnier certaines figures du club sur les réseaux sociaux. Les "socios" (supporters-propriétaires du club) sont scandalisés. En avril, six membres du conseil d'administration démissionnent, sur fond de désaccords sur le mode de gestion de Bartomeu.

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Quelques jours après cette élimination, l'Argentin annonce au club qu'il souhaite partir. C'est un véritable coup de tonnerre, tant le joueur a toujours semblé inamovible et symbole par excellence du FC Barcelone des années 2000. C'est le début d'un bras de fer houleux avec Bartomeu, qui refuse et l'oblige à rester selon les termes de son contrat, jusqu'à l'été 2021, en posant un ultimatum à l'Argentin: si Messi dit publiquement que son problème est Bartomeu, alors il démissionnera. 

Messi ne l'avouera jamais publiquement, et se ravisera. Mais l'opinion publique se range à une large majorité derrière "La Pulga", qui critique ouvertement ses dirigeants dans une interview retentissante: "Il n'y a pas de projet, rien. Ils ne font que jongler et boucher des trous au fur et à mesure que les choses arrivent." 

• Acte 4 / Automne 2020 : le coup fatal des socios 

Le jeudi 17 septembre, les opposants à Bartomeu déposent au siège du club 20 731 signatures de socios pour entamer le processus de destitution de la direction actuelle. C'est un coup dur inattendu pour le président, qui se dit "surpris" par l'ampleur de la mobilisation à son encontre. Tout en martelant son intention de poursuivre son travail : "En ce moment personne n'a l'intention de démissionner, nous devons continuer à travailler". 

Les signatures sont validées dans les jours qui suivent, et sa destitution doit être actée lors d'un vote décisif les 15 et 16 novembre. La fin semblait alors approcher... mais Bartomeu a alors exprimé son désaccord avec l'organisation de ce vote, invoquant "l'état d'urgence sanitaire" et proposant un report du vote, sachant que son mandat devait s'arrêter en mars 2021. Les socios l'ont alors accusé de vouloir gagner du temps et de paralyser "un processus démocratique d'une ampleur sans précédent au sein du club". Ils ont ensuite annoncé leur volonté de porter plainte contre la direction du club. 

Après des jours d'incertitude, le 27 octobre, Bartomeu et son comité de direction décident de présenter leur démission ce mardi, qualifiant la posture de leurs opposants d'"irresponsable" et celle du gouvernement régional catalan d'"incompréhensible".

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