Avec Ancelotti, le Real est flamboyant

Avec Ancelotti, le Real est flamboyant

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Nommé entraîneur du Real Madrid l'été dernier, Carlo Ancelotti, adepte d'un jeu offensif et spectaculaire, a imposé sa patte au sein de la Maison Blanche, rompant avec le football ultra-tactique de José Mourinho. Dans le même temps, au Barça, Tata Martino joue sur la continuité mais avec moins de réussite que Tito Vilanova ou Pep Guardiola. Et si cette année, le Real Madrid jouait mieux que le FC Barcelone ?

José Mourinho a toujours fait très attention à tout. Un look très travaillé, des études tactiques chiadées; le Lusitanien est un homme très méticuleux, qui ne laisse rien au hasard. En cela, Carlo Ancelotti, adepte du costume trois pièces et de la coupe en brosse, lui ressemble beaucoup. Techniciens loués pour leurs compétences tactiques, "The Special One" et le coach transalpin différent toutefois sur des points essentiels, relatifs au métier d'entraîneur. En première ligne, la philosophie de jeu et la gestion des hommes. 

En face, Tata Martino. Arrivé en provenance des Newell's Old Boys en juillet dernier, le coach argentin s'attire les foudres de la presse hispanique depuis quelques mois, laquelle lui reproche notamment des choix tactiques douteux. Il y a près de 3 semaines, avant le 8e de finale aller en C1 opposant les Blaugrana et Manchester City, Manuel Pellegrini, le coach des Citizens, avait assuré que le Barça de Martino "n'est plus le Barça d'il y a trois saisons". Avec raison.  

Des réajustements tactiques à la psychologie affective: la méthode Ancelotti

Certains se gargarisent du jeu proposé par le PSG de Laurent Blanc, arguant à tout va que le "Président" a réussi là ou Ancelotti a échoué, à savoir la mise en place d'un football spectaculaire, léché, fait de passes courses. Ceux-ci, les mêmes qui s'étaient insurgés contre les déclarations d'Ancelotti à propos des joueurs français (il avait pointé la fainéantise de certains de ses joueurs au PSG), feraient bien de regarder ce qu'il se passe du côté du Real Madrid. Lorsqu'il arrive au PSG en décembre 2011, le technicien italien reprend une équipe presque totalement dépourvue d'automatismes, et assiste à l'éclosion de l'ogre parisien, lorsque Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva (entre autres) débarquent à l'inter-saison 2012. Durant 18 mois au sein du club de la capitale, Ancelotti s'est évertué à apprendre à ses poulains à jouer ensemble. Lorsque Laurent Blanc arrive à l'été 2013, le travail est déjà pré-mâché. Et l'effectif encore amélioré (signatures de Cavani, Digne et Marquinhos). 

Une fois passé la porte de la Maison Blanche, Carlo Ancelotti a littéralement transfiguré le jeu de son équipe. Le technicien transalpin, qui a perdu Ozil en août mais a "gagné" Gareth Bale, a procédé à une profonde refonte tactique. Ronaldo, très fréquemment titularisé à la pointe de l'attaque sous la houlette de Mourinho, retrouve le couloir gauche, tandis que l'onéreux Gallois (recruté pour 91M€) s'amuse à martyriser ses vis à vis sur l'aile droite. Benzema, lui, est systématiquement aligné à la pointe du trident dévastateur madrilène, et le rend bien au coach italien (15 buts en 27 de matches de Liga). Au milieu, Ancelotti a fait de Xabi Alonso sa pierre angulaire. L'ancien joueur de Liverpool est accompagné de Di Mario, régulièrement aligné dans le couloir gauche sous Mourinho, et Modric, qui a enfin retrouvé son niveau de Tottenham. L'ancien coach de l'AC Milan a su redonner confiance au meneur croate, qui illumine le jeu du Real, délivrant des passes décisives à la pelle. Car là est la force de Carlo Ancelotti: savoir tirer le meilleur de ses joueurs en les accompagnant quotidiennement.

Tata Martino, la continuité en moins bien 

En juillet 2013, le choix de l'entraîneur argentin, appelé à remplacer Tito Vilanova démissionnaire pour des raisons de santé, avait étonné. Qui est donc Tata Martino ? Quatre titres de champion du Paraguay, un titre de champion d'Argentine : le palmarès de l'Argentin ne laisse pas vraiment rêveur. Au Barça, on martèle que Martino a le profil idéal pour entraîner le club le plus titré d'Espagne: "Tata est un entraîneur qui s'adapte à notre manière de jouer et qui est doté d'une richesse tactique", avait assuré Zubizarreta, le directeur sportif du FC Barcelone. Huit mois plus tard, techniciens et observateurs s'accordent tous pour dire que le Barça est moins fort. Quel rôle joue Martino dans la régression - encore relative - des Blaugrana ? Taillé en pièces par la presse sportive, l'ancien coach des Newell's est accusé de choix sportifs on ne peut plus douteux. Lors de la défaite du Barça face à la Real Sociedad (1-2) le 23 février dernier, les médias espagnols avaient pointé des incohérences dans les déclarations de Martino, lequel avait initialement promis d'aligner l'équipe type contre les Basques, pour finalement procéder à six changements majeurs dans le onze de départ. Depuis, Barcelone s'est qualifié pour les quarts de la C1 (contre Manchester City), mais le coach argentin n'a pas été loué pour autant. 

Si le style de jeu n'a pas été bouleversé sous la houlette de Martino, les Blaugrana paraissent globalement moins dangereux que les saisons précédentes. Ils s'attachent toujours à conserver une possession de balle outrancière, mais pêchent, au contraire des dernières années, dans la finition. La méforme de Xavi, toujours gêné par un genou douloureux, n'est évidemment pas étrangère à la régression du Barça. La blessure de Messi, absent au mois de décembre, a aussi considérablement handicapé sa formation, tandis que Neymar, qui alterne le très bon et le moins bon, n'a pas encore trouvé son rythme de croisière. 

Du côté de la Masia, il se murmure même que Martino pourrait être invité à faire ses bagages en cas de défaite face au Real Madrid. Carlo Ancelotti, premier entraîneur du Real à pouvoir se targuer - depuis bien des années - de faire mieux jouer les Madrilènes que le FC Barcelone, ne se gênera pas pour lui mettre une valise.  

Jean Charbon