Lukas Podolski Allemagne
Le joueur allemand Lukas Podolski | AFP - CHRISTOF STACHE

Espagne-Allemagne : les lendemains compliqués des champions

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Les deux derniers champions du monde, l'Espagne et l'Allemagne, s'affrontent à Vigo pour un match de prestige. La dernière rencontre d'une année 2014 qui aura vu la Mannschaft détrôner la Roja au Brésil. Elle clôt une saison qui aura vu l'équipe de Del Bosque déclinée jusqu'à toucher le fond au Brésil, alors que celle de Joachim Löw, le lendemain de fête est un peu plus compliqué que prévu.

Il est toujours compliqué de se relever d'une gueule de bois. L'Allemagne en sait quelque chose. Après avoir cousu une quatrième étoile de champion du monde sur son maillot suite à son sacre au Brésil, la sélection de Joachim Löw a eu du mal à enchaîner. Parce que la fête a été folle à Berlin et aussi parce qu'il est est dur de confirmer après un titre mondial. Car depuis cette folle nuit au Maracana et le but de Mario Götze durant la prolongation, l'Allemagne a alterné, le moyen et l'inquiétant. Au lendemain de son sacre contre l'Argentine, elle retrouvait la sélection Albiceleste à Düsseldorf pour un remake de la finale. Avec une toute autre fin cette fois, puisque l'Argentine a pris sa revanche (4-2). Dans la foulée et le début des éliminatoires de l'Euro 2016, la Mannschaft a déjà grillé quelques jokers avec sa défaite en Pologne (2-0) et son match nul sur sa pelouse contre l'Eire (1-1). Ses résultats ont été à peine compensés par le succès 4-0 face à Gibraltar samedi dernier. "Nous voulions jouer comme des champions du monde, donc quatre buts, c'est très peu. Je suis tout sauf satisfait", a déclaré un Joachim Löw remonté contre ses joueurs. Pourtant, l'Allemagne n'a pas hypothéqué ses chances de qualification puisqu'elle est deuxième de son groupe, le D, à trois points du leader, la Pologne (10 contre 7), mais l'impression dégagée n'est pas bonne.

La fatigue du champion

Le sélectionneur de l'Allemagne, Joachim Löw
Le sélectionneur de l'Allemagne, Joachim Löw

Côté espagnol, l'élimination au premier tour en juin dernier a terminé brutalement un cycle vertueux jamais vu dans l'histoire du football : deux Euros (2008 et 2012) entrecoupé d'un Mondial (2010). Pendant quatre ans, l'Espagne était sur le toit du monde. Plus dure a été la chute. Aujourd'hui, l'heure est à la reconstruction. Les cadres Xavi et XAbi Alonso, les cerveaux du système, et David Villa, le dernier étage de la fusée et meilleur buteur de la Roja (97 sélections, 59 buts), sont partis. Place aux jeunes, Isco, Koke, Carvajal ou Azpilicueta. Le retour sur terre est difficile. La Roja s'est inclinée 1-0 contre la France à Saint-Denis (1-0), là où en 2013 elle frappait un gros coup en battant les Bleus (1-0) et reprenait la tête de son groupe de qualification au Mondial. Après un carton contre la Macédoine pour les éliminatoires de l'Euro (5-1), la sélection de Vicente Del Bosque a trébuché en Slovaquie (1-2), leader du groupe C, avant de se reprendre contre la Luxembourg (4-0) et la Macédoine (3-0). La Roja est deuxième de son groupe à trois points des Slovaques. Elle, mieux que quiconque, sait que les lendemains de victoire sont durs.

Avant le Mondial, Iker Casillas avait assuré que sa génération "avait gagné le droit à l'échec", exprimant la lassitude du pouvoir. L'Allemagne est en train de l'apprendre à ses dépens. Surtout après une saison éreintante pour les organismes des joueurs. "Après ce match, il faudra avoir une bonne pause, de longues vacances pour les joueurs et affronter l'année prochaine avec les batteries rechargées", a d'ailleurs reconnu Löw. Le sélectionneur doit aussi faire face à une avalanche de forfaits qui illustrent parfaitement ses propos : Neuer, Boateng, Hummels, Schweinsteiger, Kramer, Özil, Draxler, Reus et Schürrle. "Avec toutes ces absences, c'est normal qu'on ne joue pas avec autant de fluidité. Non pas que ceux qui sont là ne soient pas à la hauteur mais, avant le Mondial, on avait eu du temps pour mettre notre jeu en place. Quand les absents seront de retour, tout reviendra", a avancé Toni Kroos. L'Espagne également est touchée par cette pénurie des cadres puisque Iniesta, Fabregas, Silva et Diego Costa sont absents. L'attaquant Chelsea a du d'ailleurs apprendre la remontrance de Sergio Ramos le défenseur du Real : "on peut dire que c'est (un problème) au pubis, après que tu l'aies ou pas, c'est autre chose. J'aimerais que les joueurs aient le même investissement avec la sélection qu'avec leur club", a lancé Ramos à destination de Costa qui marche sur l'eau avec Chelsea (12 matches, 10 buts) mais souffre plus avec la Roja (7 sélections, 1 but).

Du spectacle quand même

Face à cette cascade de blessés, les deux sélectionneurs ont du ouvrir le groupe aux nouveaux. Des arrivées qui nécessitent une adaptation. Ainsi, Löw a indiqué qu'il donnerait leur chance à Kevin Volland  (Hoffenheim) en attaque et Antonio Rüdiger (Stuttgart) en défense. Del Bosque, lui poursuit sa politique de rajeunissement débutée après le Mondial. Après Isco (qui a marqué son premier but avec la Roja contre le Belarus), Paco Alcacer, le buteur de Valence (3 buts en 5 sélections) ou José Callejon et Alvaro Morata,  qui ont connu leur première sélection en A samedi dernier, le sélectionneur devrait donner sa chance à l'attaquant Nolito (Celta Vigo), le milieu Ignacio Camacho (Malaga) ou encore le gardien de l'Espanyol Kiko Casilla. "Nous essaierons de faire que tout le monde joue. Les joueurs seront  différents (de l'équipe alignée samedi, ndlr) mais le schéma sera le même", a dit Del Bosque.

Les joueurs madrilènes Isco, Casillas et Ramos accompagné de l'ancien joueur du Real Alvaro Morata
Les joueurs madrilènes Isco, Casillas et Ramos accompagné de l'ancien joueur du Real Alvaro Morata

Malgré les résultats en deçà des espoirs, malgré les blessures, cette rencontre reste un sommet du foot mondial et personne n'a envie de gâcher ce rendez-vous. "Nous voulons bien jouer et qu'il y ait du spectacle. Eux voudront se maintenir au haut niveau et nous, nous voudrons garder la dynamique qui est la nôtre depuis que le Mondial s'est achevé et renforcer notre confiance en nous-mêmes", a avoué Del Bosque. "Demain (aujourd'hui, ndlr) s'affrontent les deux derniers champions du monde. Il ne peut pas y avoir de meilleur match", a de son côté estimé Casillas. Mais, comme pour se prémunir d'une nouvelle désillusion qui ferait tâche, Joachim Löw, qui voit dans ce match un "excellent test, a minimisé l'importance d'une éventuelle défaite : "si on perdait, je ne considérerais pas cela comme une défaite hypothéquant nos chances pour l'année prochaine, cela n'a pas d'importance", a-t-il dit. Pour lui, comme pour ses joueurs et l'Espagne, l'essentiel est ailleurs. Il se situe sûrement en 2015.