U20 équipe de France
Les U20 français sont champions du monde | AFP - OZAN KOSE

Un titre mondial... et maintenant?

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Les U20 français se sont assis sur le toit du monde samedi soir en Turquie. Une consécration pour toute une génération, celle 1993, dont certains vont devoir confirmer les espoirs placés en eux. Car après ce titre, le 4e sacre mondial pour les équipes de France, le plus dur commence : confirmer, durer, se faire une place en clubs pour certains, avant de viser la poursuite de l’aventure bleue chez les "grands".

La déclaration est drôle et symbolique de cette génération. "J'avais peur que quelqu'un tente une panenka, ça aurait été trop bête de rater sur un coup de folie donc je leur ai dit d'appuyer leur frappe et de tirer au sol". Les doutes de Pierre Mankowski au moment de la séance de tirs au but décisive face à l’Uruguay étaient légitimes face à des "gamins", à un âge où épater la galerie est un passe-temps, presque autant qu’une obligation. Prouver, montrer qu’on sait faire. Après le tir au but victorieux de Dimitri Foulquier – à mi-hauteur –, le sélectionneur pouvait exulter : "On est content et l’image qui a été donnée par ces jeunes joueurs a été excellente, exemplaire". Les Thauvin, Pogba, Sanogo n’étaient encore que des adolescents en 2010, mais l’histoire, ils la connaissent. On leur a rabâchés les oreilles avec. Et ils ont retenu la leçon. Respecter les consignes lors d’une séance de tirs au but fait partie de l’apprentissage et prouve qu’ils n’ont rien des fanfarons qu’on associe parfois aux jeunes Bleus. "C'est bien pour la jeunesse, ils sont bien et on a quelquefois tendance à cause d'un ou deux qui déconnent d'en faire des  généralités. Eux sont biens", a assuré Mankowski dans la foulée du triomphe. L’image, le nouveau crédo des instances dirigeantes du foot français, sort gagnante de cette compétition. Autant que ces joueurs pour qui cette carrière débute sous les meilleurs auspices.

Jouer, confirmer

En 2001, la bande à Le Tallec et Sinama-Pongolle était sacrée championne du monde des U17. Douze ans plus tard, cette génération s’est un peu perdue, signe qu’un titre mondial n’est pas un passeport vers d'autres sommets. Samedi soir, à Istanbul, l’heure était plutôt à la joie et à la satisfaction plus qu’à envisager le futur. Pourtant, ils vont se confronter à cette réalité avec une pression supplémentaire. Être champion du monde change tout (demandez aux joueurs de France 98). Ce n’est "qu’un" titre chez U20, mais tout de même, et si les Kondgobia, les Pogba, les Thauvin étaient attendus de par leur talent, ils le seront désormais encore plus de par cette nouvelle ligne au palmarès. Florian Thauvin, flamboyant en demi-finale qui a fait des pieds et des mains pour quitter Lille va retourner dans le Nord auréolé d’une nouvelle aura. Il devra convaincre dirigeants, coéquipiers et supporters après avoir clamé qu’il ne voulait plus jouer sous le maillot lillois.

Sa route croisera celle de Lucas Digne, le latéral gauche, qui lui va faire le grand saut dans un club "huppé" de Ligue 1 (PSG, Monaco). Là-bas, il découvrira la concurrence. Une nouvelle étape pour grandir. Encore. Le héros de la finale, Kevin Aréola, quatrième gardien au PSG, ne va plus pouvoir se contenter de matches de CFA. Avec une aventure pareille et un titre naît l’ambition. Celle de jouer plus. L’avenir à court terme pour le jeune gardien passe sûrement par un prêt loin de Paris, avant d’y revenir conquérant. Pour les tauliers du milieu, Pogba et Kondogbia, pensionnaires de grands clubs européens, les attentes vont être énormes. Sanogo, lui aussi, va découvrir l’exigence du haut niveau chez Arsenal. Mais, encore une fois, les têtes étaient à la fête. "On va rentrer avec la Coupe du  monde à la maison. On voit défiler toute notre jeunesse, notre formation. On est récompensé par notre titre, ce sera gravé toute notre vie et on parlera de  nous dans le futur", ainsi estimé Areola. Un futur que tous, inconsciemment ou pas, espèrent voir en Bleu.

Objectifs : les "Euros"

Parmi les 20601 spectateurs du Stade Ali-Sami-Yen, deux yeux attentifs. Ceux de Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France et champion du monde il y a 15 ans. Gagner devant lui a marqué Paul Pogba, le capitaine des U20. "Didier Deschamps nous a félicités, il était fier de nous. Ca fait bizarre parce que joueur de la Juve, capitaine, champion du monde, c'est beau quand même, ça fait une petite relation, un petit exemple", a-t-il déclaré. Pas encore un passage de témoin, mais une passerelle entre deux générations qui ne devraient pas tarder à cohabiter en équipe de France. Deschamps a déjà appelé Varane et Pogba, mais d’autres devraient suivre. C’est attendu et souhaité. "J'espère pour eux qu'on va en retrouver quelques-uns (chez les A, ndlr). Il faudra être patient mais quelques-uns vont y arriver. Didier Deschamps était là, c'était  bien, c'était un beau coup de pouce", a indiqué Mankowski. "Ils grandissent, progressent. On a une  belle équipe qui a beaucoup de talent au niveau individuel. Ils se sont bien comportés humainement et sportivement. Ils seront présents pour 2016 (l'Euro en  France) et au-delà", a de son côté prophétisé Noël Le Graët, le président de la FFF.

L’Euro 2016, c’est dans 3 ans. Il ne faudra pas perdre de temps en route pour ne pas rater le wagon qui y mènera. Varane et Pogba, les symboles, ont déjà les pieds dedans, ils pourraient même goûter au Mondial dans un an. Une des étapes avant le grand-rendez vous en France pour cette génération pourrait être l’Euro Espoirs 2015 en République Tchèque. L’objectif que leur fixe Guy Ferrier, leur ancien entraîneur, ce dimanche dans les colonnes de L’Equipe. "Laissons-les digérer ce titre, car ça aussi c’est un problème : ce serait la pire des choses qu’ils arrêtent de travailler. Qu’ils gagnent l’Euro Espoirs, ce serait déjà un bel exploit !". Car, le chemin qui mène aux A est encore long, il serait utile de ne pas brûler les étapes. Le technicien prévient : "Attention, il leur reste une grande marche à franchir au niveau de la maturité !". Mais si on se réfère aux épisodes des tirs au but, dans ce domaine, ils ne partent pas de si loin.