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Fernand Duchaussoy (président de la FFF) | AFP - BERTRAND LANGLOIS

Quotas : les réactions se multiplient

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La bombe lâchée par Mediapart jeudi soir sur les possibles "quotas discriminatoires" dans le football français n'en finit plus de susciter des réactions. Après la ministre des sports, Chantal Jouanno, c'est Fernand Duchaussoy, le président de la FFF qui monte au créneau. Directement visé par les accusations du journal en ligne, Laurent Blanc s'est lui aussi défendu d'avoir donné son accord à une telle sélection ethnique. L'enquête de la FFF se poursuit.

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La révélation des quotas ethniques en centre de formation, c'est l'affaire qui dérange en ce moment les plus hautes sphères de la Fédération française de football. Si Mediapart n'a pas encore fourni de preuves concrètes des accusations portées, le journal en ligne s'est montré suffisamment crédible par le passé pour être pris au sérieux. "Toute la lumière sera faite sur cette affaire, j'ai une confiance absolue en mes collaborateurs, a annoncé Fernand Duchaussoy, président de la FFF dans une conférence de presse vendredi au siège de la FFF. Nous allons faire une enquête interne, peut-être avec une direction du ministère de la Jeunesse et des Sports et peut-être avec une personne incontestable du monde du football". Noël Le Graët, vice-président de la Fédération française de football a indiqué de son côté qu'il était "insensé de penser qu'il y ait pu y avoir une telle discussion".

Laurent Blanc : "Qu'on me reproche ce type de discrimination, ça me dérange"

Mediapart a rapporté jeudi que que des "quotas discriminatoires officieux" auraient été approuvés par "plusieurs dirigeants de la Fédération française de football, dont le sélectionneur Laurent Blanc". Ces derniers ont démenti. "Un tel projet ne verra jamais le jour", a souligné Blanc. "Depuis une quinzaine d'années, le projet de jeu a été discriminatoire pour un certain nombre de joueurs, les critères athlétiques et physiques ayant été retenus essentiellement", a surtout fait remarquer l'ancien défenseur de l'équipe de France. "En ce moment, les +petits+ (gabarits) sont pénalisés, ce qui est discriminatoire", a-t-il détaillé en faisant une analyse des pôles Espoirs et des centres de pré-formation. "Je veux permettre à ces jeunes joueurs qu'on ne soit pas radical", a-t-il ajouté. "Ce qui me dérange le plus, c'est qu'on y ajoute des couleurs. Qu'on me reproche ce type de discrimination, ça me dérange", a-t-il martelé.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, s'est déclaré vendredi sur RMC "viscéralement opposé à toutes les formes de quotas". "Sauf peut-être pour les handicapés pour des raisons très spécifiques et puis je veux bien admettre que la parité a fait faire quelques progrès à la société française", a-t-il précisé. "Mais à part ça, je suis contre tous les quotas, et a fortiori les quotas ethniques", a insisté ce proche de Nicolas Sarkozy. Selon lui, "faire des quotas c'est la fin de la République".

Blanc soutenu par Didier Deschamps

La Ligue 1 se soude elle aussi derrière Laurent Blanc. Son ancien camarade de jeu en équipe de France, Didier Deschamps, aujourd'hui entraîneur de l'OM ne croit pas une seconde que le "Président" aurait pu soutenir une telle démarche. "Cela me paraît impossible de tenir de tels propos. Je connais bien Laurent  Blanc aussi, et je ne peux pas croire à de telles réunions et décisions, a t-il partagé devant la presse. On met en cause l'OM. Mais regardez notre équipe. Nos  joueurs viennent d'Afrique du nord, d'Afrique noire, d'Amérique du sud... Le  sport est universel, il n'est pas question de discrimination", a t-il poursuivi. Et d'ajouter, philosophe : "Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je vois, il est très  grave de tenir de telles accusations. Je ne peux pas penser que Laurent (Blanc, ndlr) puisse être associé à de  telles décisions", a encore affirmé Deschamps , rappelant que le groupe France 98, dont Blanc était l'un des piliers, était "fier" de cette "identité  multiraciale".

Toutes les réactions :

FRANCOIS BLAQUART (directeur technique national) : "Aucune directive dans ce sens n'a été donnée. On a fait un état des lieux sur la binationalité. 45% de nos jeunes qui sont en sélection ont une double nationalité et la question que l'on s'est posée est 'est-ce que le rôle de la Fédération est de former les joueurs des autres pays. Une large réflexion s'est engagée sur la sélection et la formation mais je démens les accusations de Mediapart. Aucune consigne n'a été donné aux centres de formation ni aux pôles espoirs."
OLYMPIQUE DE MARSEILLE (communiqué): "Selon le site Mediapart, le centre de formation de l'Olympique de Marseille aurait instauré des quotas raciaux dans ses effectifs. Extrêmement choqués par ces accusations, l'ensemble des dirigeants de l'Olympique de Marseille refuse d'entrer dans cette polémique totalement infondée. Comme le déclare José Anigo (directeur sportif, 'c'est honteux de porter pareilles accusations contre notre club (...) J'invite celui qui le souhaiterait à venir jeter un oeil sur nos effectifs. A l'OM, on a toujours considéré que cette mixité est une richesse."
OLYMPIQUE LYONNAIS (communiqué) : "L'Olympique Lyonnais dément avec la plus grande fermeté les allégations de Mediapart l'accusant d'avoir mis en place un principe de quota discriminatoire dans son centre de formation. L'Olympique Lyonnais s'indigne de cet odieux procès d'intention, sans aucun fondement, qui lui est fait, et informe qu'il a immédiatement demandé à ses conseils d'étudier les voies de recours pour défendre son honneur ainsi bafoué sur ses valeurs les plus fondamentales."
LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) : "Si ces informations s'avéraient exactes, cette politique discriminatoire, contraire à la Constitution française et constitutive d'un délit, relèverait de la justice devant laquelle la Licra n'hésiterait pas à porter l'affaire (...). Il est indéniable que ces éventuelles pratiques s'inscrivent dans un contexte qui dépasse largement le sport (...). Le sport était jusqu'alors relativement épargné par la discrimination puisqu'il donnait la prime au mérite et au talent des pratiquants. Cette affaire démontre clairement que le football ne l'est plus."