blanc thuram 1998
BLanc et Thuram, en 1998 | AFP-BOUYS

Où est passée la France des "Blacks, Blancs, Beurs" ?

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Depuis l'article publié par Mediapart, la polémique autour de la possible mise en place de quotas dans le football français a pris une dimension qui dépasse largement l'entendement. Lilian Thuram, qui se pose en grand sage du football français, n'a fait que jeter de l'huile sur le feu, et l'ancien international s'est fait reprendre de volée par un ancien de 1998, Christophe Dugarry. Mais où est donc passé l'esprit de la France "Blacks, Blancs, Beurs".

Si tout le monde s'accorde à dire que Laurent Blanc n'est pas raciste, pour quelle raison s'acharne-t-on sur ce sujet ? A qui profite cette polémique ? Aux médias ? Aux politiques ? Sans doute, mais sûrement pas à l'esprit qu'ont toujours défendu des hommes comme Thuram, Blanc, ou Dugarry. L'actuel sélectionneur des Bleus n'a-t-il pas précisé à maintes reprises que le sujet de la discussion de la fameuse réunion du 8 novembre dernier, parlait des quotas de joueurs possédant une double-nationalité, qu'ils soient d'origines africaines, d'Europe ou d'un tout autre continent. Quand Mediapart, un site certes sérieux dans ses enquêtes mais moins compétent en matière d'information sportive, récupère de telles données, l'amalgame s'opère. Les dirigeants du football français n'ont-ils pas le droit d'évoquer le fait que la FFF forme pendant des années des joueurs qui, à terme, risque de mettre à profit leur expérience au profit d'une autre équipe, en clair, d'un adversaire (sur le plan sportif) ? Si l'on raisonne d'un point de vue purement sportif, il semble évident que de former un possible futur adversaire, c'est comme si l'on se tirait une balle dans le pied. Mais si l'on extrapole, et que l'on se met à raisonner d'un point de vue politique, sous couvert d'une volonté humaniste, et ce, à un an d'une élection présidentielle, l'affaire prend une dimension qu'elle n'aurait sans doute jamais dû prendre.

Ce qui avait fait la force de cette fabuleuse équipe de France 1998 est en train de se déliter en l'espace de quelques jours, de quelques phrases. Oui, Thuram a raison lorsqu'il lutte contre le racisme, lorsqu'il défend des valeurs humanistes. Mais non, cent fois non, lorsque l'ancien membre du Conseil Fédéral de la FFF se trompe de cible, ne prend pas de recul sur l'interprétation de ladite réunion par Médiapart, et qu'il tacle Laurent Blanc au nom d'une lutte contre l'intolérance. En agissant ainsi, Thuram fait apparaître des clivages, et donne de beaux arguments à l'extrême droite. Même Dugarry, qui rappelle une anecdote où Thuram avait demandé en 1998 aux joueurs noirs de l'équipe de France de faire une photo "tous ensemble", ne devrait pas entrer dans ce jeu. Il en est de même des propos de Yannick Noah qui, plutôt de calmer le jeu sur ce terrain, prend le parti de Thuram. Tout ce qu'ils ont construit ensemble est désormais fragilisé, et risque tout simplement d'imploser. Jusqu'à présent, seul Alou Diarra, à qui Blanc à confié le brassard de capitaine des Bleus s'est montré plus mesuré. "Dans les propos de Laurent Blanc, je ne vois rien de raciste. Je vois un sélectionneur frustré parce que son nombre de joueurs sélectionnables devient limité. 'Grands Blacks', c'est un terme assez courant, il ne faut pas le prendre au premier degré", avait expliqué au micro de Canal + le joueur de Bordeaux, ajoutant que "les quotas, c'est aberrant, il ne faut même par réfléchir à cette idée-là". Il est encore temps que tous s'entendent sur ce sujet, pour le bien du football, mais surtout pour le bien des valeurs qu'ils ont peut-être tendance à mettre de côté.

Romain Bonte