Nasri-Deschamps
Samir Nasri n'a pas oublié le traitement que lui a réservé le sélectionneur tricolore Didier Deschamps | AFP - FRANCK FIFE

Nasri règle ses comptes avec Deschamps, Lloris et la FFF

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Samir Nasri et les Bleus, l'histoire a rebondi. Une nouvelle fois. Jeudi soir, le milieu de terrain de Manchester City a, lors d'une longue interview pour la chaîne L'Equipe 21, vidé son sac sur le sélectionneur Didier Deschamps et le président de la FFF, Noël Le Graët. Il est également revenu sur l'arrêt de sa carrière internationale, une décision irrévocable et définitive. Une nouvelle sortie polémique dont le joueur est maintenant coutumier.

Nasri et la presse, c'est une histoire à rebondissements. A la veille de la Saint-Valentin, le joueur de Manchester City a rappelé que la haine et l'amour ne sont jamais très loin. Pendant l'Euro 2012, il avait insulté par deux fois des journalistes. D'abord après son égalisation contre l'Angleterre (1-1) en adressant un "ferme ta gueule" à la tribune de presse puis en zone mixte après l'élimination en quarts de finale contre l'Espagne (2-0). Deux épisodes que personne n'a oublié. Mais l'homme est un "bon client", souriant, intelligent, trop dirait ses détracteurs qui décèlent en lui un côté manipulateur, et quand il parle, le discours n'est jamais fade. La longue interview accordée à l'Equipe 21 jeudi soir regorge donc de sorties qui vont faire du bruit. Voici ce qu'il faut retenir de cet entretien.

Sa relation avec Didier Deschamps et Noël Le Graët

Dans cet entretien, l'essentiel des griefs de Nasri sont destinés à un homme : Didier Deschamps. Le sélectionneur, qui a prolongé jusqu'en 2018, n'a jamais voulu expliquer ses choix à Nasri et a préféré l'écarter du groupe juste avant le Mondial au Brésil. Une décision que le Citizen ne comprend pas encore aujourd'hui. "Je lui en veux pour ce qu'il m'a fait. Me priver d'une Coupe du monde alors que, sur le terrain, j'ai tout fait pour y être... Ca je ne l'oublierai pas". "Tu fais ton choix, O.K., je l'accepte mais tu peux me donner une explication. Surtout que j'ai tout fait...". Prêt à prendre l'avion, à se déplacer, à faire une réunion entre lui et son agent Jean-Pierre Bernès - qui est aussi celui de Deschamps et de Ribéry - le sélectionneur et son adjoint, Guy Stephan, Nasri n'a jamais eu la discussion qu'il souhaitait.

A chaque fois, les réponses ont été négatives. "C'est là où je lui en veux. Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu refuses même de me parler? Après c'était : "Non, il est trop intelligent. Il va dire tout ce que j'ai envie d'entendre". Deschamps se méfiait sans doute des talents d'orateur du joueur qui accuse le sélectionneur d'hypocrisie. Avant de lancer cette critique, Nasri pèse chacun de ses mots. "Joker" revient trois fois lorsqu'on lui demande son avis sur "DD". Puis il finit par lâcher : "On ne sait jamais, il pourrait porter plainte... Je lui dirais que c'est un hypocrite... il aurait dû se comporter en tant qu'homme, et assumer ses choix". Noël Le Graët est mis à la même enseigne.

Ses relations avec le groupe

Samir Nasri en équipe de France, c'est aussi des polémiques avec les joueurs. On pense à l'affaire du bus lors de l'Euro 2008 - il avait refusé de laisser sa place à Thierry Henry - et les tensions avec William Gallas. Un comportement qui lui a coûté sa place en Bleu lors du Mondial 2010 et 2014. "A un moment donné, quand cela arrive plusieurs fois, on se remet quand même en question". Son éviction pour le Brésil ? L'incompréhension demeure. "J'en ai discuté avec ceux dont j'étais proche en sélection. Je leur ai demandé si j'avais un comportement qui pouvait amener le sélectionneur à dire telle ou telle chose et j'ai eu confirmation que non, tout allait bien". S'il ne remet pas en cause une chose, c'est son état esprit lorsqu'il est remplaçant. "Quand je ne joue pas, honnêtement, je ne suis pas content, ça, c'est clair, net et précis". Nasri, remplaçant, tire la tronche - ce que lui avait reproché Deschamps - mais ne manipule pas. "Tu peux voir que je ne suis pas content, mais c'est tout. Je ne suis pas un saint, loin de là, mais je ne suis pas non plus le diable, là, dans le vestiaire, en train de tourner la tête à tout le monde ou en train de me prendre la tête avec tout le monde".

Autre point qu'on lui a reproché, ses accointances fortes avec certains membres du groupe France et un faible esprit d'ouverture. Il encaisse, reconnaît, mais contre-attaque aussitôt. "Je ne m'ouvre pas aux gens, moi, déjà, pour commencer". Sa relation avec Franck Ribéry dont il très proche, mais aussi avec Karim Benzema, Eric Abidal et Patrice Evra pouvait faire peur. "Didier Deschamps l'a reproché, ça. Il avait dit à Jean-Pierre Bernès que nous étions trop proches, qu'on devait s'ouvrir aux autres, qu'on intimidait certaines personnes. Hé! Comment ça, on les intimide? On ne parle pas avec eux, on est en train de parler qu'entre nous...". "On dit bonjour à tout le monde, on respecte tout le monde", assure-t-il. Même le capitaine Hugo Lloris qui se serait fait le porte-parole d'un petit groupe auprès du sélectionneur, lui demandant l'éviction de Nasri après le barrage aller en Ukraine? "Je lui ai demandé des explications. Il m'a dit que rien ne s'était passé alors que j'avais eu confirmation par un journaliste qu'il avait été voir Didier Deschamps, envoyé par trois joueurs... Je l'ai appelé et il m'a dit que ce n'était pas vrai".

Son bilan Bleu

"En sélection, il y a un goût d'inachevé". Le constat sort de sa bouche. Cinq buts en 41 sélections, c'est peu. "Je concède ne pas avoir joué mon meilleur football en équipe de France. Je n'ai pas été à la hauteur sur certains matches comme j'ai pu l'être dans des matches décisifs avec mon club... En équipe de France, il y a aussi une certaine attente. Si j'étais positionné derrière l'attaquant, on s'attendait à ce que je fasse du Zidane... Hé, ce n'est pas le même talent quand même". Restera donc deux buts importants, celui contre l'Angleterre à l'Euro 2012, et celui de la qualification à cet Euro contre la Bosnie (1-1) et deux championnats d'Europe peu convaincants (2008 et 2012) marqués par des polémiques.

Sa retraite internationale

"Rater deux Coupes du monde, c'est la plus grande déception de ma carrière". A 27 ans, Samir Nasri ne disputera jamais de Mondial et c'est comme ça. Il ne reviendra pas en Bleu. Au moins jusqu'en 2018 puisque Deschamps a prolongé. Mais après aussi. "Ce n'est pas une coquetterie... Non, je ne me vois pas vraiment retourner en sélection, c'est tout, et là je suis vraiment sincère, quel que soit l'entraîneur". Comme pour son grand pote Franck Ribéry, la page bleue est définitivement tournée.

Les insultes de sa compagne

Anara Atanes, la compagne de Samir Nasri, s'était lâchée sur Twitter en apprenant la non-sélection de Nasri pour le Mondial. Elle avait insulté Deschamps et la France : "Nique la France, nique Deschamps. Quel coach de merde". Une sortie dont les secousses s'étaient fait sentir jusqu'au tribunal. Le joueur est revenu sur cet épisode. "Ce soir-là, j'étais à Abu Dhabi pour fêter le titre avec Manchester City. Au téléphone, elle sent dans ma voix que je ne suis pas bien. Et sa frustration, elle l'a mise sur Twitter. Après je lui ai dit : "Tu veux l'insulter, insulte-le, tu veux insulter l'équipe de France, insulte-la si tu veux, mais n'insulte pas le pays". Et elle s'est excusée. C'est de l'histoire ancienne..."

Benoit Jourdain @BenJourd1

Equipe de France