Géorgie
Les Géorgiens Zurab Khizanishvili (à gauche) et Otar Martsvaladze (à droite) | AFP PHOTO JOHN MACDOUGALL

Les Géorgiens anonymes

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Aucun - ou presque - des Géorgiens convoqués par le sélectionneur Temuri Ketsbaia pour le match contre la France ne joue dans l'un des six gros championnats européens. Les "Croisés", qui appartiennent en grande majorité à des clubs d'Europe de l'Est, sont quasiment tous inconnus au bataillon.

"La Géorgie est une équipe qui cherche à jouer. Ils ont des joueurs très rapides et vifs sur les côtés", avait déclaré Didier Deschamps en conférence de presse. En tant que coach des Bleus, la "Dèche" a certainement vu, et revu, toutes les performances de l'équipe géorgienne de ces derniers mois. Nous non. On ne connaît pas grand chose à la sélection de Temuri Ketsbaia. Et pour cause, à part Georgi Makaridze, deuxième gardien au Mans, aucun des Géorgiens figurant vendredi sur la feuille de match ne joue en Europe occidentale. Ce n'est pas que notre connaissance du football soit géographiquement délimitée - enfin si, un peu -, c'est surtout qu'aucun joueur convoqué pour ces deux matches éliminatoires ne joue en France, en Italie, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, ou même au Portugal. Eux privilégient la Russie, la Turquie, l'Ukraine, et bien évidemment la Géorgie. 

Il y a bien Zurab Khizanishvili, joueur le plus capé de cette sélection géorgienne (86 matches). Il y a deux ans, lorsque le légendaire Kaladze décide prendre sa retraite internationale, il est chargé, par le sélectionneur Ketsbaia de reprendre le flambeau et de s'imposer comme le nouveau leader des Rouges et Blancs. Et pour cause : le joueur de 32 ans est l'un des rares "footeux" de cette sélection à avoir joué en Europe de l'Ouest. Formé dans un des clubs de Tbilissi, il quitte le championnat géorgien en 2001 et rejoint l'Ecosse (à Dundee FC, puis chez les Glasgow Rangers). En 2006, il troque les cornemuses contre les chips au vinaigre et rejoint le club anglais de Blackburn Rovers, où il joue assez fréquemment (62 matches en 3 saisons), mais ne sera jamais considéré comme un titulaire indiscutable. Même chose à Newcastle, Bolton, et Kayserispor (Turquie) les années suivantes. 

Jano Ananidze, le "Modric" géorgien

Mais pour les Bleus, le danger viendra d'ailleurs. On parle d'un joueur, capable de faire lever des stades d'un seul coup de patte. Jano Ananidze, 20 ans, est l'un d'eux. En Géorgie, le numéro 10 des Rouges et Blancs est considéré comme un véritable génie. Il faut dire qu'il est précoce, le garçon. A 12 ans le Dinamo Tbilissi, le plus gros club du pays, le recrute. Deux plus tard, direction le Dinamo Kiev, puis, à 16 ans, le Spartak Moscou. Depuis la capitale Russe, le jeune prodige attire les regards. Il faut dire que le petit meneur de jeu (1m70, 61 kg) possède un profil plutôt atypique, couplé à un talent énorme : un vista évidente, un coup de rein dévastateur, une technique bien au dessus de la moyenne, et une frappe de balle à couper le souffle. En somme, la palette complète du parfait N°10. A tel point qu'on le dépeint partout comme le "nouveau Modric", la belle gueule en plus. A 17 ans, Arsenal et Liverpool lui font les yeux doux. Tout semble alors lui sourire.

Mais assez vite, il s'est aperçu que le monde du foot et celui des bisounours sont bien distincts. Lorsque Karpin, l'entraîneur du Spartak qui avait fait de Jano son petit protégé, est licencié, c'est l'Espagnol Emery qui prend place sur le banc moscovite en 2012. Interrogé au sujet du petit Géorgien, le nouveau coach est prudent :"je n’exclus pas de mettre Jano à l’écart du groupe pro. Pour autant que je sache, il n’a pas commencé la saison avec une place garantie dans le onze de départ. Nous l’observons, nous l’aidons, je me réjouis de le voir progresser. Mais nous lui donnons assez de temps de jeu. Jano manque encore de stabilité, de régularité". Résultat, il joue très peu. Victime des résultats en berne, l'entraîneur espagnol sera licencié en début 2013, juste avant le début de la deuxième phase du championnat Russe. L'occasion peut-être pour Ananidze, de passer du statut d'espoir génial à celui de génial tout court. Et ça commence demain soir, contre la France. 

Espagne - Géorgie, leur match référence

Il y a donc, pour Deschamps, suffisamment matière à se méfier. S'ils étaient sortis vainqueurs de leur dernier match contre les "Croisés" en mars dernier (3-1), les Bleus se souviennent certainement à quel point la première période avait été poussive. Hugo Lloris avait dû s'employer à de multiples reprises pour maintenir son équipe à flot. Et puis, tous les Géorgiens se souviennent de cette défaite, néanmoins héroïque, contre l'Espagne fin 2012 (0-1). Les troupes de Temur Ketsbaia, arc-boutées en défense, n'avaient cédé qu'à la 86e minute sur un but de Soldado et étaient passées tout près d'une véritable prouesse. Contre les Bleus, dont aucun des joueurs ne joue dans un club d'Europe de l'Est, la Géorgie tentera de montrer que de l'autre côté du Vieux Continent, en plus d'avoir des tripes, on sait aussi jouer au ballon. 

 

Jean Charbon