Equipe de France football
Les joueurs de l'équipe de France ont vécu une belle année 2014 | AFP - FRANCK FIFE

Les Bleus ont avancé, mais il reste du travail

Publié le , modifié le

Un an après la qualification au Mondial, l’équipe de France semble dans les clous pour l’Euro 2016. En un an, les Bleus ont grandi, ont retrouvé un collectif, un état d’esprit et ont acquis certaines certitudes. Ils savent désormais qu’ils peuvent compter sur leurs cadres. Mais tout n’est pas parfait, Didier Deschamps et les Bleus ont encore du travail.

Les points positifs

L’état d’esprit

La joie des Bleus après l'égalisation d'Antoine Griezmann contre l'Albanie
La joie des Bleus après l'égalisation d'Antoine Griezmann contre l'Albanie

En arrivant à l’été 2012 après un Euro terminé dans les éclats de voix, les colères et les insultes (Nasri), Didier Deschamps veut une équipe irréprochable. Deux ans plus tard, Knysna semble irrémédiablement faire partie du passé. Le groupe a écarté ceux qui pouvaient gêner sa vie. Samir Nasri n’a pas été retenu pour le Mondial et Franck Ribéry, cadre et "ambianceur" en chef du groupe, mais dont l’aura et l’ombre pouvaient être trop imposantes, se sont effacés d’eux-mêmes. Patrice Evra, capitaine en Afrique du Sud, n’a pas été convoqué pour le dernier rassemblement de l’année. L’ambiance entre jeunes (Varane, Pogba, Digne) et "anciens" (Lloris, Benzema) est saine et les nouveaux sont bien accueillis. Tout aussi important, la relation avec le public français est de nouveau bonne. La rencontre face à l’Ukraine au Stade de France a marqué un tournant, confirmé par la bonne tenue de l’équipe au Mondial.

La colonne vertébrale

Hugo Lloris et Karim Benzema, le premier et le dernier étage de la fusée Bleue
Hugo Lloris et Karim Benzema, le premier et le dernier étage de la fusée Bleue

Après quelques mois de tâtonnements et de tentatives diverses (retour d’Eric Abidal en défense centrale, Olivier Giroud à la place de Karim Benzema), Didier Deschamps a enfin trouvé sa colonne vertébrale : l’inamovible capitaine Hugo Lloris dans les buts, Raphaël Varane, le nouveau patron de la défense, le fantasque mais si talentueux Paul Pogba, accompagné du travailleur et buteur (4 réalisations en 2014) Blaise Matuidi au milieu, et Karim Benzema l’atout numéro 1 de l’équipe de France en attaque. Avoir remis sur pied Karim Benzema aura d’ailleurs été une belle réussite pour "DD". Après une année 2013 compliquée où il aura battu le record d’inefficacité (1222 minutes sans marquer) et où il se sera assis sur le banc des remplaçants, le Madrilène a été le plus décisif en 2014 avec 7 buts, devant Antoine Griezmann (5 buts), Olivier Giroud, Blaise Matuidi et Paul Pogba (4 buts).

Le tweet d’OptaJean

La dynamique

Après une année 2013 où elle avait gagné moins d’un match sur deux (5 victoires en 12 matches), les Bleus ont parfaitement rectifié le tir dans la foulée de leur qualification au Mondial. Ils ont toutefois perdu le match le plus important de l’année – le quart de finale contre l’Allemagne – mais ont eu la bonne idée de ne pas lui donner un écho. En un an, de novembre 2013 à novembre 2014, l’équipe de France n’aura connu que deux fois la défaite (Ukraine en barrage aller et Allemagne) en 17 rencontres. Moribonde, elle a relevé la tête. Deschamps et sa culture de la gagne sont passés par là. La preuve ? Tous les Bleus, malgré une année pleine et éreintante, voulaient la finir en beauté face à la Suède mardi soir au Vélodrome. C’est l’une de plus grandes réussites de Deschamps. Désormais quand les Bleus entrent sur le terrain, c’est pour gagner, non plus pour ne pas perdre. Un dernier chiffre qui montre que les Bleus ont retrouvé l’appétit est leur nombre de buts en 2014 : 34 soit à 6 longueurs de leur meilleur total qui date de 2003.

Le tweet d'OptaJean

Les jeunes se font une place

Dans des proportions moins flagrantes que l’Espagne, qui a tourné une page importante de son histoire après le Mondial, l’équipe de France a entamé sa cure de jouvence en 2013 et la poursuivie en 2014. Le symbole de cette prise de pouvoir de la jeunesse, les deux joueurs ayant disputé le plus de minutes n’ont que 21 ans. Ils se nomment Raphaël Varane (1109 minutes) et Paul Pogba (1066 minutes). Tous les deux ont débuté leur histoire en Bleu le même jour, le 22 mars 2013 contre la Georgie. Depuis, ils ont enchaîné les sélections – 22 pour Pogba (4 buts), 17 pour Varane (1 but) – et se sont imposés dans l’esprit de Deschamps. Ils font partie des noms que le sélectionneur couche systématiquement sur la feuille de match. Dans leur sillage, Antoine Griezmann (14 sélections, 5 buts) semble définitivement s’être imposé, Alexandre Lacazette (5 sélections), Eliaquim Mangala (5 sélections), Lucas Digne (8 sélections), Layvin Kurzawa (1 sélection) font leur trou ou leur apparition. Ils ont tous moins de 23 ans et certains seront des cadres à l’orée de 2016.

Le tweet d'OptaJean

Les points à travailler

Le chantier de l’axe

Les défenseurs français Mamadou Sakho et Raphaël Varane
Les défenseurs français Mamadou Sakho et Raphaël Varane

Pour l’instant, Didier Deschamps a une seule certitude, elle s’appelle Raphaël Varane et s’il ne joue pas régulièrement au Real Madrid, le sélectionneur en a fait son pilier de l’axe central. Déjà deux fois capitaine à 21 ans, il semble avoir signé un long bail avec les Bleus si les blessures le laissent tranquille. Mais à ses côtés, c’est l’inconnu. Si Mamadou Sakho, le héros de Saint-Denis, est son pendant le plus complémentaire et le plus logique – c’était la charnière titulaire de Deschamps durant le Mondial – le joueur de Liverpool est blessé. Et sa situation à Liverpool où il n’est pas régulièrement titulaire pourrait l’handicaper. Pourtant dans l’esprit de Deschamps, il est encore devant Laurent Koscielny, qui lui a beaucoup perdu après le barrage aller manqué en Ukraine. Il s’est fait passé devant par Sakho et sa blessure l’éloigne des terrains depuis le 5 octobre. La surprise – elle serait grande toutefois – pourrait venir de Jérémy Mathieu qui s’est rapidement acclimaté au FC Barcelone, mais à 31 ans et en dépit de deux sélections plutôt réussies contre l’Arménie et la Serbie, il ne symbolise pas l’avenir. Un handicap majeur qui ne touche pas Mapou Yanga-Mbiwa (25 ans), le joueur de l’AS Rome, qui a retrouvé les joies d'une titularisation avec les Bleus contre l’Albanie, deux ans après sa dernière sélection. Mais le Romain part de plus loin, tout comme Loïc Perrin au profil similaire à Varane qui n’a toujours pas joué, malgré des convocations, à cause des blessures notamment. Non, l’ennemi pour Mamadou Sakho joue aussi en Angleterre. Avec son transfert record à Manchester City, Eliaquim Mangala a défrayé la chronique cet été. S’il n’a pas encore signé de prestation majeure avec les Bleus, il a un vrai coup à jouer surtout si le corps de Sakho ne le laissait pas tranquille. Kurt Zouma, 20 ans, symbolise, lui, l’avenir en défense.

Vidéo : Kurzawa, l'invité-surprise de Deschamps

Interrogation  sur les côtés

Sur les côtés de la défense, Didier Deschamps tâtonne moins que dans l'axe, mais n'a pas de certitudes. Mathieu Debuch, titulaire habituel du poste, s’est blessé avec Arsenal et n’a plus joué avec les Bleus depuis le succès contre l’Espagne début septembre. En son absence, Deschamps a rappelé Christophe Jallet et Bacary Sagna, mais l’absence de relève à ce poste soulève des questions. "C'est un poste, peut-être car il y a beaucoup d'étrangers qui l'occupent en L1, où il y a un peu moins de  possibilités et où il n'y pas beaucoup de jeunes", expliquait "DD" en octobre. A priori, les trois joueurs devraient se battre pour les deux places en 2016 à moins d’une révélation (Corchia, Foulquier). A gauche, Deschamps aura moins de soucis puisque derrière Patrice Evra – qui aura 35 ans en 2016 – pousse deux jeunes. Lucas Digne au PSG et Layvin Kurzawa à Monaco continuent leur apprentissage du haut niveau. Le latéral parisien a pris de l’avance, mais la prestation pleine de promesses de Kurzawa face à la Suède, avant sa blessure, laisse penser que le Monégasque n’acceptera pas facilement le rôle de doublure de son cadet (Digne a 21 ans, Kurzawa 22).

Les coups de pied arrêtés

Les Bleus et Raphaël Varane doivent encore songer à ce coup-franc de Toni Kroos sur la tête de Mats Hummels qui les a éliminés du Mondial. Au marquage du défenseur de Dortmund, le jeune Varane avait bien fait âge sur cette action, victime de la roublardise et de la discrète "poussette" de l’Allemand. Sur les sept buts encaissés cette année par l’équipe de France, six l’ont été sur coups de pied arrêtés. Le dernier en date contre l'Albanie il y a une semaine à Rennes. Un défaut que les Bleus vont devoir gommer s’ils veulent voir plus haut. En comparaison, les Allemands n’ont encaissé que 20% de leurs buts sur phase arrêtée. Aux Bleus de mettre plus de cœur à défendre. On peut compter sur Deschamps pour rappeler quelques bases du jeu.

Le tweet de DataRoomCanal

Benoit Jourdain @BenJourd1

Equipe de France